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PIFFF 2022 : Courts-métrages français

PIFFF 2022 : Courts-métrages français

L’homme à la Mercedes pourpre de Marine Levéel : Suivant le parcours d’une sexagénaire, l’autrice retranscrit le poids d’une douleur longuement étouffée. Nous observons les conséquences d’un événement tragique dans son quotidien.Ici, le fantastique s’ancre subtilement dans le réel. La menace planante n’a d’abstrait que son 

Bull de Paul Andrew Williams

Bull de Paul Andrew Williams

Découvert en 2007 avec l’éprouvant London to Brighton, Paul Andrew Williams s’est lentement forgé une carrière discrète mais de bonne facture. Au fil des années, l’auteur a navigué entre différents genres : la comédie horrifique, le home invasion, la romcom ou encore le thriller urbain.L’homme 

The Sadness de Rob Jabbaz

The Sadness de Rob Jabbaz

Projet développé en pleine pandémie, le premier long-métrage de Rob Jabbaz s’inscrit pleinement dans son époque entre virus en pleine mutation et défiance face aux institutions étatiques.

Amorçant son récit sur le doux réveil d’un couple, nous prenons le temps de connaître ces individus pendant une accalmie que l’on devine de courte durée. Cet instant nous suffit pour comprendre leur relation. Durant ce moment, des éléments disruptifs ne tardent pas à apparaître présageant le chaos à venir. Nous devinons facilement le contexte social et sanitaire dans lequel nous allons évoluer.
Une fois que le virus commence à impacter notre duo, nous sommes projetés dans une course effrénée pour se mettre à l’abri.

Durant plus d’une heure, le réalisateur alterne les points de vue de Jim et Kat. Nous observons leur progression respective au sein d’une ville en plein chaos. La bascule entre ces deux protagonistes permet d’effectuer des ellipses constantes et d’éviter tout moment de flottement. Nous sommes constamment plongés dans des situations riches en tension.
Outre le fait qu’il soit le fil rouge du récit, leur séparation alimente aussi sa dynamique. Elle permet de multiplier les confrontations et d’avoir un tableau plus vaste sur la chute de la société taïwanaise. Bien que se focalisant sur leur parcours, nous découvrons ce qui se déroule en dehors de leur environnement via des retransmissions radio et télévisuelle. Ces différents éléments nous facilitent l’immersion et décuplent le sentiment de désolation émanant de leurs errements au sein de la ville.
L’œuvre joue sur cette détresse inhérente au déroulement d’un événement incontrôlable. Les organismes étatiques sont inexistants ou totalement débordés. Les rues sont emplies de cris de désespoir ou d’un silence morbide. La menace peut provenir autant des personnes infectées que celles dites saines. Les nerfs sont donc mis à rude épreuve.

The Sadness Rob Jabbaz Screenshooter

Les divers affrontements sont riches en hémoglobines. L’auteur met à profit son environnement pour délivrer des mises à mort aussi variées que brutales. Nous nous retrouvons avec des exécutions sanglantes façon splatter mais avec une approche très réaliste. La sensation de désolation n’en est que renforcée face à la cruauté des actes perpétrés. La désinhibition induite par le virus donne lieu à un déferlement de violence et de sadisme. Pour autant, nous ne sommes pas dans une compilation d’actes abjects. Il y a une montée en tension lors des prémices d’affrontements. L’échéance est retardée au maximum avant que la confrontation ne démarre. L’impact n’en est que décuplé.
De même, le réalisateur choisi par moment d’opter pour un hors-champ in-extremis. Loin d’amoindrir les sévices perpétrés, notre imagination prend le relai pour notre plus grand (dé)plaisir.
Il est aussi intéressant de voir comment l’auteur puise dans le genre zombiesque sans avoir à respecter ses codes à la lettre. Nous nous retrouvons donc avec des infestés évoluant en meute en quête de sang. Pour autant, leur capacité à communiquer et la conservation de leur identité individuelle permettent d’obtenir des interactions plus développées entre personnes contaminées et saines. La présence d’un antagoniste poursuivant inlassablement Kat en est le parfait exemple. Bien que tardif et partiellement inutile, l’explication scientifique fournie légitime d’autant plus cette approche.

Nous obtenons ainsi une œuvre tendue multipliant les confrontations sanglantes pour rythmer un fil rouge pour le moins convenu. The Sadness n’est certes pas un film apportant un renouveau dans le genre ni une originalité dans sa mise en scène. Pour autant, il se pose comme un divertissement efficace et généreux. Rob Jabbaz s’offre une jolie carte de visite qu’il a su présenter dans le monde via son passage dans divers festivals. Il ne reste plus qu’à espérer de futurs projets plus ambitieux scénaristiquement.

In sound, we live forever de Joshua Giuliano

In sound, we live forever de Joshua Giuliano

Présenté lors de la 9éme édition PIFFF, au sein de la compétition internationale de courts-métrages, In sound, we live forever est le septième projet de Joshua Giuliano.  Cette nouvelle production tire sa spécificité dans la construction, ou plutôt la reconstitution, des événements en effaçant les personnages 

The mortuary collection de Ryan Spindell

The mortuary collection de Ryan Spindell

Après avoir réalisé une petite dizaine de courts-métrages en une décennie, Ryan Spindell développe son premier long avec The Mortuary Collection.  L’auteur opte pour un film à sketches. Un choix étonnant puisqu’habituellement ces projets sont affectés à plusieurs metteurs en scène. Pour autant, l’approche est 

I see you d’Adam Randall

I see you d’Adam Randall

Après avoir réalisé IBoy pour le compte de Netflix, Adam Randall poursuit son exploration du genre par le prisme du thriller dans I see you.
Ouvrant sur le cheminement aboutissant à la disparition d’un jeune garçon, l’auteur en profite pour installer son univers. Nous découvrons les lieux communs de cette ville typiquement américaine à travers le parcours de l’enfant. On s’immerge ainsi rapidement dans cet environnement. L’introduction est efficace et permet de capter l’attention du spectateur dès lors que cette séquence se clos.
Nous basculons ensuite dans le cœur du récit : l’enfant perdu et ses points communs avec des affaires passées. L’évolution de l’enquête nous permet de découvrir l’histoire de la localité ainsi que celle de l’officier en charge.
Le réalisateur
se concentre sur la vie de famille de ce dernier. Leur quotidien est mis en parallèle de l’avancée des recherches. Au fil des discussions au sein de cette cellule dysfonctionnelle, nous apprenons la raison de toutes ces tensions.
Outre ces protagonistes, nous suivons aussi deux adolescents adeptes d’une pratique peu commune.
 I see you Adam Randall
L’intelligence de l’auteur est d’aborder un sujet complexe via un traitement des plus anodin. On s’installe sur un rythme de croisière où les informations nous sont amenées à travers les interactions entre les individus. Les situations s’enchaînent ainsi pendant la première moitié du récit.
Au fil de la bobine, des éléments disruptifs poussent le spectateur à s’interroger sur les événements qui lui sont présentés. Ces derniers cassent nos aprioris concernant la trajectoire adoptée par l’auteur.
Plus que les twists scénaristiques, l’aspect le plus bluffant réside dans la manière dont est narrée cette histoire. La gestion de l’ellipse est magistrale et permet de fournir une double lecture des évènements.
De ce fait, une fois la vue d’ensemble obtenue, on ne peut s’empêcher de repenser à diverses séquences et la façon dont l’auteur a réussi à nous duper.
La construction de son intrigue compense des parties pris scénaristiques un peu trop frileux.
En somme, I see you est de ces œuvres suffisamment conscientes du genre qu’elle investit pour jouer avec les codes. L’exercice est d’autant plus remarquable sachant que l’auteur l’a réalisé en une vingtaine de jours. Une sacrée surprise qui a conquis le jury de la 9éme édition du PIFFF en repartant avec le prix Ciné+ Frisson.
 

PIFFF 2019 : Courts-métrages français

PIFFF 2019 : Courts-métrages français

Mass de Fu Le et Adrien Gontier: Composé comme un seul plan-séquence, nous assistons à un ballet de douze minutes. La mise en scène est maîtrisée, la caméra est fluide et suit parfaitement les mouvements de la foule. Les auteurs réussissent à varier le rythme, les 

Boustifaille de Pierre Mazingarbe

Boustifaille de Pierre Mazingarbe

Le concept des rednecks, consanguins, amateur de viandes humaines, a donné naissance à bons nombres d’œuvres américaines : La colline a des yeux, Massacre à la tronçonneuse, Détour mortel, …. Dans l’Hexagone, les exemples sur le sujet se font bien plus rares. Frontières et Girls With 

Dibbuk de Dayan D. Oualid

Dibbuk de Dayan D. Oualid

Co-fondateur de l’Association Des Jeunes Cinéastes Indépendants et de Trois jours de marches, Dayan David Oualid a fait ses armes sur divers clips, publicités et coréalisation de courts-métrages. Avec Dibbuk, l’auteur aborde un sujet classique dans le genre, la possession démoniaque. L’originalité tient ici dans la religion dans laquelle elle puise ses racines : le judaïsme. En effet, cet axe n’est que trop rarement étudié ou, du moins, trouve difficilement accès jusqu’à nos plateformes de distributions nationales.
Hormis
Unborn et Possédée, les grosses productions s’évertuent à aborder ce sujet via le prisme du christianisme et donc à nous resservir constamment la même soupe.
Pour narrer son récit, l’auteur passe par une approche anti-spectaculaire. Nous sommes invités à suivre le parcours d’un jeune homme pieu sollicité par une femme de la communauté dont le compagnon est “souffrant”. Nous suivons chacune des étapes qui vont être entreprise par Dan, de la première consultation à l’intervention finale.
En prenant le temps d’exposer ces divers instants, nous nous sentons impliqués par la démarche entreprise. De même, le fait de ne pas expliciter les actions du protagoniste, nous pousse à la réflexion tout en conservant une part de mystère sur l’univers exploré. On s’immerge ainsi rapidement, d’autant que l’environnement urbain n’est composé que de lieux communs : métro, tour d’immeubles, ..
Dibbuk Dayan D. Oualid
Une fois ce contexte assimilé, l’auteur amorce sa seconde partie : l’exorcisme. La particularité de cette opération réside dans l’angle adopté. En effet, de la phase de recrutement des intervenants à son exécution, le réalisateur filme cela comme une opération militaire. Il renforce ainsi le réalisme de la situation et permet de garder l’humain au centre des enjeux.
En agissant ainsi, il permet de faire intervenir l’aspect surnaturel du récit par petites touches et conserver une crédibilité tout du long. Lorsque l’œuvre bascule dans sa part fantastique, le croisement des deux Mondes est d’autant plus frappant.
En somme, l’approche de la thématique confère une aura mystique sur les actions entreprises tout en réussissant à rester en terrain connu. Les individus, bien que brièvement présentés, sont crédibles. On ressent de l’empathie vis-à-vis des épreuves qu’ils traversent. L’ensemble est donc une belle réussite, sobre dans sa mise en scène et justement souligné par la musique du compositeur YOM. Le public du PIFFF ne s’y est pas trompé en lui décernant son prix : l’œil d’or.