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 Evil is in my blood

Synopsis:

Procureur adjoint d'une petite ville du Massachusetts, Andy Barber est confronté à un terrible dilemme lorsque son propre fils de 14 ans est accusé du meurtre d'un camarade de classe. Alors qu'il tente d'innocenter son garçon, le procureur découvre certains secrets, qui sèment le doute. Acculé, quel choix fera-t-il face à cet insoluble dilemme entre son devoir de défendre la justice et son amour inconditionnel pour son enfant ?

Defending Jacob Mark Bomback Screenshooter Jaeden Martell

Mon avis:

Œuvrant principalement en tant que scénariste pour des projets à la qualité variable, Mark Bomback revient à la création de série pour la deuxième fois avec Defending Jacob.

L'univers est efficacement défini lors du premier épisode. Nous découvrons la famille de l’adolescent, leur quotidien, leur métier et les liens les unissant. Une fois ces éléments assimilés, la découverte de la victime va remettre en question ce socle de prime abord solide.
La majorité des événements sont vécus à travers le parcours d’Andy. Sa position de père du présumé coupable et son poste de procureur adjoint nous permettent d’avoir une vue d’ensemble sur l’enquête sans s’éloigner du drame familial qui va éclore.

Au sein de cette investigation, nous observons les rouages de cet engrenage sur différentes strates : judiciaire, policière ou encore médiatique. L’alternance de ces environnements permet de suivre l’avancement des recherches. Nous comprenons ainsi comment chaque information est extirpée, traitée, diffusée et manipulée.
Jacob étant rapidement inculpé pour ce crime, la série n’a pas pour intention de traquer un tueur mais plutôt d’interroger sur la responsabilité de ce suspect. La volonté de l’œuvre n’est donc pas de nous entrainer dans une enquête policière. Elle nous propose de suivre une bataille judiciaire où deux convictions s’affrontent.
L’auteur bâti son récit sur une succession de duels où deux convictions s’affrontent faisant parfois fi de la réalité des événements. Nous avons par exemple la confrontation entre Andy et Neal pour des raisons éthiques mais aussi carriéristes.

Le patriarche est la pierre angulaire entre ce milieu et sa famille. Il est le seul parmi les siens à comprendre l’impact de chaque action. Il sait que le moindre secret est une bombe à retardement. Il est l’interlocuteur principal au sein de ces strates mais aussi pour le spectateur. Il nous apporte l’ensemble des éléments nous permettant de comprendre les enjeux en cours.
Nous nous immisçons ainsi dans sa sphère intime. Il en découle une analyse développée sous deux angles par le prisme de l’enquête et par la portée des non-dits.

Defending Jacob Mark Bomback Screenshooter Michelle Dockery
 

Dans un premier temps, l’auteur se focalise sur l’investigation et l’inculpation de Jacob. Nous observons comment la famille affronte ces événements. Mark Bomback a eu l’intelligence de créer une symbiose crédible entre les protagonistes. Leurs réactions semblent donc naturelles et en accord avec le caractère qui leur a été défini. Il est intéressant de voir comment ces individus affrontent un tel événement.
Il est ainsi plus facilement compréhensible et acceptable de voir ces membres s’engouffrer dans leur mensonge au détriment de la raison. Les raisons avancées leur sont personnelles mais font écho à nos propres secrets. 

En effet, la quête de vérité à l’égard de la victime va profondément se répercuter au sein de la famille Barber. Le processus consistant à faire la lumière sur l’affaire judiciaire implique de braquer les projecteurs sur l’entourage du suspect.
La démarche n’est pas simplement d’analyser le passage à l’acte meurtrier mais surtout de comprendre les circonstances ayant amené à un tel drame.
Nous abordons ainsi la trame de fond abordé par l’auteur : les secrets enfouis. Mark Bomback reprend à son compte l’adage selon lequel "L’enfer est pavé de bonnes intentions".  Il démontre ainsi comment est cimenté le socle familial entre dévouement, compromis et omission.
Au fil de la série, nous voyons le vernis de ce foyer se craqueler et révéler la nature profonde de ses membres. Chacune de ces nouvelles informations redéfinie nos aprioris à leur égard.
Il est intéressant d’observer le jeu d’équilibre qui s’opère entre la volonté d’être transparent vis-à-vis de la procédure judiciaire et celle de conserver uni son logis.

Cette double approche est passionnante. Le développement du drame familial se jouant en parallèle de l’enquête policière est pertinent. Il est intéressant de comparer cette trajectoire à celle de Your Honor. Les deux séries prennent un point de départ proche : la progéniture du personnage principal est impliquée dans la mort d’autrui. Bien que les intentions soient différentes, nous pouvons observer qu’entre la fuite et l’affrontement de la vérité les conséquences sont différentes mais tout autant dommageables. Les deux œuvres partagent cette double vision de l’affaire d’un point de vue judiciaire et intime. La différence majeure réside dans l’approche sur cette même thématique.
D’un côté Your Honor est un thriller opposant deux hommes de pouvoirs. De l’autre, nous avons un drame familial interrogeant la source du Mal et sa portée génétique notamment.

En somme, Defending Jacob est une mini-série captivante. L’auteur réussit à maintenir une tension tout au long de ses huit épisodes. Le prochain projet de Mark Bomback sera White Bird où il intervient en tant que scénariste sur cette adaptation de la bande dessinée éponyme.



Defending Jacob de Mark Bomback

jeudi 28 octobre 2021

 Aim the whale, catch the fish

Synopsis:

En Iran, la sanction pour possession de drogue est la même que l’on ait 30 g ou 50 kg sur soi : la peine de mort. Dans ces conditions, les narcotrafiquants n’ont aucun scrupule à jouer gros et la vente de crack a explosé. Bilan : 6,5 millions de personnes ont plongé. Au terme d'une traque de plusieurs années, Samad, flic obstiné aux méthodes expéditives, met enfin la main sur le parrain de la drogue Nasser K. Alors qu’il pensait l'affaire classée, la confrontation avec le cerveau du réseau va prendre une toute autre tournure...

La Loi de Téhéran Saeed Roustayi Screenshooter Payman Maadi


Mon avis:

Après avoir réalisé en 2016 Life and a day, Saeed Roustaee quitte la sphère familiale iranienne pour s’intéresser à un pan de la société à travers le trafic de crack.

L’œuvre ouvre directement sur une opération de terrain. Nous découvrons les protagonistes à travers leurs actions. Le fiasco qui s'ensuit et les informations glaner nous permettent de comprendre à quel stade nous arrivons dans l’enquête visant à démanteler ce business illégal.
Nous prenons donc un train lancé à pleine vitesse. Pour autant, nous ne sommes aucunement gênés par le manque de contextualisation. Les interactions entre les individus et l’avancée de la traque nous permettent rapidement de prendre nos repères.
Une fois les différents éléments assimilés, l’auteur change la trajectoire scénaristique pour s’engouffrer dans le cœur du sujet.
En effet, plus qu’un affrontement entre l’axe du Bien et du Mal, l’œuvre décortique le système pénal iranien. Nous entrons dans l’antre d’une bête étatique appliquant implacablement sa sentence au moindre écart de conduite.
Le fait que la détention d’une faible quantité de drogue soit passible de mort impacte fortement la dynamique des personnages et leurs motivations.

Bien que nous suivons deux protagonistes spécifiques, le réalisateur inclut dans cette confrontation la trajectoire de différentes personnes tentant de s’extirper de cette spirale infernale. Ces individus permettent de densifier le récit et d’offrir un aperçu plus complet de l’engrenage mis en place.
Certaines de ces histoires annexes sont bouleversantes tandis que d’autres flirtent avec l’absurde. Cette diversité de tonalité renforce la volonté de se rapprocher au maximum de la réalité. Il permet de nuancer le propos en montrant différentes mise en situation.
Cette structure narrative apporte aussi une dynamique. La multiplication des points de vue permet de faire des ellipses dans l’avancement de l’enquête sans pour autant perdre en cohérence.

La Loi de Téhéran Saeed Roustayi Screenshooter  Navid Mohammadzadeh

Au sein du fil rouge, nous pouvons d’ailleurs observer un découpage par chapitre. Dans un premier temps nous avons la traque aux côtés de Samad puis ensuite une confrontation entre ce dernier et Nasser pour finalement se focaliser sur ce présumé baron de la drogue.
La transition entre chacune de ces étapes est fluide. Il n’y a pas d’explicitation de ce mécanisme narratif. L’évolution n’en est que plus grandiose.
Il influe fortement sur notre empathie. L’auteur joue sur notre code moral pour lentement le remettre en question à travers les actions de ses individus.
En agissant ainsi, le réalisateur prend à contre-pied les attentes du spectateur. Son apparent thriller urbain cache un drame social terrible. L’action musclée est ainsi remplacée par des confrontations verbales se jouant des rouages administratifs. Nous découvrons comment peut être instrumentalisé la Loi pour arriver à ses fins.
Ces moments sont tout autant intenses au vu des enjeux. Survivre à la procédure judiciaire est tout aussi ardu que lors d’une fusillade et le dénouement reste identique : mourir ou en ressortir libre.

Au final, La loi de Téhéran est une excellente surprise tant il nous amène dans un terrain peu exploité et captivant. Derrière sa façade de polar urbain âpre se cache une analyse sociale déchirante et nihiliste.
Il nous tarde découvre les prochains projets de Saeed Roustaee. À travers son objectif vit et péri l’Iran, difficile d’y rester insensible.


La loi de Téhéran de Saeed Roustaee

dimanche 26 septembre 2021

 By any mean necessary


Synopsys:

Le fils d'un juge réputé de La Nouvelle-Orléans est impliqué dans un délit de fuite. Tout se complique pour le père et le fils lorsqu'il s'avère que la victime était le fils d'un parrain de la pègre.

Your Honor Peter Moffat Screenshooter

Mon avis:

Œuvrant depuis de nombreuses années pour la télévision, Peter Moffat a notamment été scénariste pour l'excellente série The Night Of. Avec Your Honor il poursuit son travail de transposition américaine de créations étrangères en s'offrant les services de Bryan Cranston et Michael Stuhlbarg.

En un premier épisode frolant la perfection, l’auteur expose son univers, ses personnages ainsi que les bases de son intrigue. Nous situons facilement les différents partis impliqués. Les ébauches des personnalités nous permettent déjà de visualiser les conséquences du drame.
La suite des événements permet de sonder l’âme humaine et ses tourments. La perte de sa progéniture ou du moins sa mise en danger redéfini nos priorités. Il met surtout à mal les valeurs que nous avons érigées pour bâtir notre statut social. De tels événements sont de cruels rappel à une réalité universelle : nul n'échappe à la Mort.
Cette trame de fond est doublée d’une inversion des rôles. L’homme de loi franchi la ligne morale non pas pour réparer un affront mais au contraire pour éviter que la justice rattrape sa famille. L'homme du Milieu découvre que le pouvoir n’est rien lorsqu’on est meurtri au plus profond de sa chair.
Cette approche altère aussi notre empathie. Nous cherchons toujours à nous positionner du bon côté, de la cause la juste. Dans cette situation il est difficile de trouver sa place entre ces deux êtres. Il faudra plutôt se tourner vers les individus en périphérie pour avoir un point d'attache émotionnel.
Nous sommes ainsi amenés à suivre leur chemin de croix respectif : une lente déconstruction de leur conviction parcourue de rencontres les éprouvant.
Ces deux trajectoires ne s’effectuent aucunement en parallèle. Au contraire, leur route ne fera que se croiser jusqu’à se joindre de façon chaotique.

 Your Honor Peter Moffat Screenshooter

Outre leur parcours respectif, nous observons aussi l’impact de cette tragédie sur divers individus gravitant autour d’eux. En effet, entre l'enquête policière et la quête vengeresse, une course poursuite est amorcée afin de découvrir la vérité en interrogeant chaque individu impliqué de près ou de loin dans cet événement. Nous obtenons ainsi une galerie de personnages en interaction constante de façon direct ou indirecte.
Cette structure permet d’éviter une linéarité de la trajectoire. Les actions individuelles redéfinissent les prises de positions établies précédemment. On obtient ainsi un engrenage meurtrier pour quiconque tentent de s’interposer.
Ces autres protagonistes ne sont pas de simple faire-valoir semant simplement des embûches face aux initiatives de ce duo antagoniste. L’auteur leur accorde l’espace nécessaire pour développer leur personnalité ainsi que leurs motivations. Nous comprenons mieux leur choix et les conséquences occasionnées. Nous pouvons aussi nous attacher à leur parcours et sommes impactés par le dénouement de leur vie.
Nous sommes d'ailleurs plus surpris par les actions des êtres en périphérie. Ils apportent une instabilité dans la progression linéaire de ces deux hommes.
Le récit met ainsi en exergue les répercussions des intérêts individuels sur le bien commun. En s’obstinant à protéger sa famille à tout prix, notre juge détruit indirectement celle des autres. Il entre dans une spirale infernale où chaque tentative d’apaisement occasionne une réaction opposée.

Sans être surprenant dans la trajectoire adoptée, l’œuvre développe efficacement ses personnages. Leur évolution est source de tension car chacun souhaite mener à bien son objectif personnel. Nous sommes ainsi affectés par les dangers pris par certains.
Outre l’empathie ressentie pour cette galerie de protagonistes, nous avons aussi une vision d’ensemble complète des enjeux et leurs répercussions.
Your Honor est donc une série remplissant aisément ses objectifs et réussit à nous tenir en haleine de bout en bout. Une seconde saison est en préparation afin de dévoiler plus encore l'enfer personnel vécu par ses personnages.




Your Honor saison 1 de Peter Moffat

mercredi 15 septembre 2021