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 Belief

Synopsis:

Dans les montagnes de l'Atlas, Abdellah, un jeune berger, et son père sont bloqués par la neige dans leur bergerie. Leurs bêtes dépérissant, Abdellah doit s'approvisionner en nourriture dans un village à plus d'un jour de marche. Avec son mulet, il arrive au village et découvre que celui-ci est déserté à cause d'un curieux événement qui a bouleversé tous les croyants.

Qu'importe si les bêtes meurent Sofia Alaoui Screenshooter

Mon avis:

Remarqué dans divers festivals à travers le monde, notamment Sundance où il reçut le Grand Prix du Jury, Qu’importe si les bêtes meurent est le dernier court-métrage en date de Sofia Alaoui.

L’autrice nous place aux côtés d’Abdellah. Ce jeune éleveur en chemin pour soigner une de ses bêtes malades va être confronté à une situation inattendue. Cet événement va pousser le jeune homme à éprouver ses croyances. L’ensemble du périple adopte son point de vue. Les diverses rencontres qu’il fait sur son chemin permettent d’opposer ses convictions à celles des autres. On peut ainsi se retrouver à travers les paroles de certains individus dans leur analyse de la situation et leur façon de l’appréhender. La paradoxale quiétude de l’environnement permet de nous concentrer sur ces interactions et leur portée.
Afin que la forme ne parasite pas le propos développé, la réalisatrice opte pour une retranscription anti-spectaculaire de son récit. L’incursion de l’élément science-fictionnel n'est qu’un outil pour mieux développer son sujet. Cette approche s’accorde autant au format court qu’à un budget qu’on imagine peu propice pour un déferlement d’effets spéciaux.

Qu'importe si les bêtes meurent Sofia Alaoui Screenshooter

Pour autant, l’œuvre n’est pas dénuée de qualité formelle. Tout au long de ce voyage, la réalisatrice nous offre de magnifiques plans mettant en valeur son environnement désertique. On découvre ainsi un paysage nord-africain méconnu dans nos contrées. Ces instants s’accordent parfaitement avec le sujet tant la Terre et le Ciel semblent avoir fait scission. Il se dégage une sensation d’irréelle lors de ces moments.
Ces scènes permettent aussi de mesurer l’avancée de la menace. Dans cette expédition dépourvue de repère temporel, ces traînées dans le ciel officient comme un compte à rebours inquiétant. Une tension constante est ainsi instillée permettant de retranscrire l’urgence des enjeux.

En moins de trente minutes, Sofia Alaoui nous livre une œuvre captivante. Le recours au surnaturel pour questionner nos croyances sonne juste. Bien que réduit en une menace latente et lointaine, cette présence indicible se ressent dans chaque plan autant dans ces rues désertiques que dans ces étendues sauvages étrangement illuminées. À cela s’ajoute un souci du détail dans l’écriture et une conclusion autant surprenante que pertinente.
Il n’est donc guère étonnant que l’œuvre rencontre un tel succès à travers sa tournée des festivals et qu’elle soit nominée pour les César 2021 dans la catégorie Meilleur Film de Court Métrage.


Jusqu’au 17 mars, il est possible de visionner gratuitement le court-métrage sur la plateforme France TV : https://www.france.tv/france-2/histoires-courtes/2292285-qu-importe-si-les-betes-se-meurent.html   


Qu'importe si les bêtes meurent de Sofia Alaoui

mercredi 3 mars 2021

 Tyler Durden on my mind

Synopsis:

Harry Ambrose enquête sur un accident de voiture mortel dans le nord de l'État de New York et découvre derrière cet accident un cas beaucoup plus important et inquiétant.

The Sinner Saison 3 Derek Simonds Screenshooter

Mon avis:

Créé en 2017 par Derek Simonds, The Sinner nous place aux côtés du détective Harry Ambrose. Ce représentant de la loi aux méthodes atypiques, déontologiquement douteuses voir suicidaires s’occupe d’enquêtes en apparence classique mais profondément complexes et tortueuses.
Pour cette troisième saison, notre homme s’intéresse à un accident de la route et les circonstances ayant amené au drame.

Passé un premier épisode nous présentant les protagonistes, l’auteur reprend sa formule déjà éprouvée lors des précédentes aventures. Nous suivons parallèlement la trajectoire du policier et du suspect. La question n’étant pas de savoir si la personne est coupable mais plutôt de comprendre les circonstances pouvant expliquer l’acte tragique.
C’est en cette approche que la série est passionnante et pertinente. Chaque saison s’apparente à l’exploration d’un iceberg où chaque épisode nous emmène plus profondément dans la partie immergée de ce bloc de glace. La lumière ne pouvant se faire que lorsque nous atteignons les abysses.

Au fil du récit, nous découvrons la personnalité de Jamie Burns. Nous comprenons lentement le mal rongeant notre homme. Ce dernier est ancré dans une routine répondant au modèle social de réussite de notre époque. Malheureusement cette vie morose va le pousser à renouer avec ses vieux démons afin de se sentir de nouveau vivant.
Dans sa vision du monde et sa déconstruction des dogmes modernes, ce père en devenir nous fait penser au Narrateur de Fight Club. Tous deux sont ancrés dans des habitudes assommantes et trouvent leur salut dans l’adrénaline procurait par le chaos. Un point de départ identique pour une trajectoire diamétralement différente.
En effet, là où nous avions un point de vue unique dans l’œuvre de Fincher, nous alternons ici entre différents protagonistes afin d’avoir une compréhension totale de la situation tragique qui se joue. On évite ainsi toute iconisation d’un être ou un mode de pensées. Chacun exprime son opinion et son mode de vie sans qu’il n’y ai de jugement moral de la part de l’auteur. Cet espace d’expression permet de générer de l’empathie pour les différents protagonistes. Ces ressentis sont mis à profit lors des nombreuses confrontations ponctuant cette saison.

The Sinner Saison 3 Derek Simonds Screenshooter

Outre Jamie Burns et son microcosme, la vie privée d’Harry Ambrose continue d’être développé. La relation avec sa fille et son petit-fils fait partie des intrigues annexes du récit. À l’opposé de la figure du représentant de la loi solitaire et aigri, notre détective est son exact opposé. C’est un être altruiste bien que très secret sur lui-même. Les instants auprès de sa famille sont l’occasion pour le spectateur de mieux le cerner. Sa difficulté à séparer sa vie privée et professionnelle est d’autant plus flagrante lors de cette enquête et les conséquences n’en seront que plus désastreuses. Nous ressentons beaucoup de tendresse pour cet être meurtrie par son passé et peinant à trouver la quiétude dans son Monde.

Lors des deux précédentes saisons notre détective avait déjà été impacté par ces enquêtes. Derek Simonds pousse encore plus loin dans ce nouveau récit en exposant d’avantage encore notre homme. Le danger est palpable dans chaque confrontation et la tension ne cesse de croitre au fil des épisodes.
L’auteur prouve qu’il maitrise sa formule : un fil rouge sur toute la série reposant sur le devenir du policier et de tragiques histoires ressemblant à de périlleuses thérapies pour notre homme. Comme à chaque conclusion, nous avons hâte de découvrir la future enquête d’Harry Ambrose et les chemins tortueux devant être empruntés pour connaitre la vérité.




The Sinner Saison 3 de Derek Simonds

mardi 23 février 2021

 White power

Synopsis:

Découvrez un réseau complexe mêlant des cartels et l’armée au Mexique, le crime organisé en Italie, une famille de brokers corrompus aux Etats-Unis, tous liés par une livraison hors du commun et s’affrontant pour le contrôle de la drogue la plus distribuée au monde : la cocaïne.

ZeroZeroZero Stefano Sollima Mauricio Katz Leonardo Fasoli Screenshooter

Mon avis:

Auteur italien réputé pour avoir longuement écrit sur l’emprise de la mafia en Italie, Roberto Saviano sort en 2013 Extra Pure. L’œuvre se voit transposer en série par Stefano Sollima, Mauricio Katz et Leonardo Fasoli.
Composé de huit épisodes, l’unique saison narre parallèlement trois trajectoires : les vendeurs, les acheteurs, les courtiers. Se focalisant sur la gestion d’une commande, les créateurs nous montrent les mécanismes de ce commerce à travers le monde et les différents organismes participant à son fonctionnement.

Le premier épisode est un modèle d’exposition. Les différents protagonistes sont présentés dans leur environnement respectif. Chaque parti se prépare pour remplir son rôle. On comprend rapidement qu’en dehors du fil rouge qu’est la transaction, des enjeux propres à chaque secteur va parasiter une mission initialement finement orchestrée.
Outre le décor parfaitement dressé, ce prologue annonce sa structure scénaristique. L’œuvre reposent sur des destins croisés et les conséquences d’actes individuelles sur les enjeux communs. Chaque épisode se concentre sur une temporalité restreinte et navigue à tour de rôle entre les différents points de vue.

Cette construction a plusieurs avantages. Sur un plan fictionnel, elle est motrice de tensions. Chaque itération sur un même segment narratif complète notre compréhension de la situation donnée. Nous prenons conscience des enjeux et des risques encourus pour chacun. Elle permet aussi d'alterner facilement entre les différents protagonistes tout en leur laissant le temps de s’exprimer dans leur environnement. Nous avons ainsi le temps de comprendre chaque individu, d’évoluer à ses côtés et de développer de l’empathie à leur encontre.
Dans sa retranscription du réelle, ce découpage permet de délimiter différentes étapes dans le transport de la “Blanche”. En plus de faire évoluer les relations de notre trio de départ, chaque épisode offre une vue d’ensemble sur l’emprise qu’à cette drogue au sein de notre société. Elle est un levier politique et économique pour ceux en capacité de la contrôler. Elle est un moyen de financer leurs activités principales, d’enrichir leur communauté. À ce titre, elle devient un enjeu pour dominer leurs adversaires. Sa présence ou son absence détermine la potentielle puissance d’un groupe car synonyme de richesse en devenir.

ZeroZeroZero Stefano Sollima Mauricio Katz Leonardo Fasoli Screenshooter

Les auteurs se focalisent uniquement sur les instigateurs de ce commerce pour mieux mettre en lumière les motivations respectives de chacun. Pour certains il s’agit d’une quête de pouvoir, de domination géographique. Pour d’autres, il représente simplement un business plus lucratif que ceux s’effectuant en toute légalité.
La morale n’a pas de mise ici. Les actions sont uniquement déterminées par la réussite de l'opération. Tous les moyens doivent être employés pour assurer sa réussite. Les conséquences sont souvent dramatiques et démontrent la cruauté du milieu.

En huit épisodes, notre empathie pour certains protagonistes aura été mise à rude épreuve. Malgré la noirceur de l’environnement, les auteurs réussissent à incorporer quelques touches de lumière dans chacune des trames rendant d’autant plus dramatiques les trajectoires.
Zerozerozero dresse un tableau vertigineux de ce commerce illégal alors même que nous avons l’impression de n’effleurer que le sujet. En termes de fiction, la série est stimulante et parfaitement maitrisée. Dans son état des lieux de la situation géopolitique, elle est glaçante de nihilisme.




ZeroZeroZero de Stefano Sollima, Mauricio Katz & Leonardo Fasoli

lundi 15 février 2021