SOCIAL MEDIA

 The smart ass, the old men and the crippled 


Synopsis :

Un shérif, un vieillard un peu déboussolé et un cowboy partent à la recherche d'un groupe tombé aux mains d'une bande de cannibales. 

Bone Tomahawk S. Craig Zahler Screenshooter Skull

Mon avis:

Genre passé en désuétude depuis la fin des années 80, le western continue de hanter nos écrans notamment grâce aux frères Coen.
Sortie discrètement dans nos contrées en 2015, Bone Tomahawk est la première réalisation de l’écrivain S.Craig Zahler.

Ouvrant sur l’exécution et le pillage d’un camp, l’auteur opte pour une immersion d’en un Ouest sauvage et désolé. L’introduction passée, nous sommes amenés à découvrir les habitants d’un bourg. L’environnement calme, en totale opposition avec les événements précédents, va nous permettre de faire connaissance avec les différents protagonistes.
Au fil des situations, nous comprenons les liens régissant les individus entre eux et leur insertion dans ce microcosme social. Un élément frappant est le recours à une touche d’humour se reposant principalement sur le duo formé par le shérif et son adjoint. On développe rapidement de l’empathie pour ces habitants. Ainsi lorsque leur paisible existence vient être perturbée par la venue d’un étranger, nous sommes prêts à les suivre dans leur périple pour réclamer justice.

Un élément frappant dans la construction de cette œuvre réside dans sa gestion du temps. En effet, dans une course contre la montre, il est courant de retranscrire l’urgence des enjeux via une frénésie dans l’enchainement des séquences. Ici, le réalisateur préfère laisser vivre ses situations. Ce choix nous permet d’apprécier l’univers dans lequel évolue ses personnages. Il a pour conséquence aussi de transformer son postulat de départ en épopée intimiste.
Une fois sortie de leur environnement social, les protagonistes dévoilent plus profondément leur nature. Le périple est lent mais n’est pas dénué de péripéties. Chaque étape dans ce voyage est jonchée de rencontres permettant de mieux cerner l’âme de ces hommes. Le fait de suivre des personnes lambda plutôt que les figures archétypales du genre permet de créer une proximité et de nous reconnaitre dans le comportement de ces individus.
Le rythme lancinant n’enlève rien à l’urgence des enjeux. Plus nous avançons dans ces contrés isolées et plus nous ressentons la proximité du danger.

Bone Tomahawk S. Craig Zahler Screenshooter Kurt Russel Matthew Fox
 

Outre ce travail narratif captivant, l’autre élément détonnant est sa représentation de la violence des conflits. Dans la majeure partie de l’œuvre, l’auteur prend une certaine distance pour filmer ces instants. On ressent donc la brutalité de l’affrontement sans pour autant en mesurer entièrement l’impact qu’elle occasionne pour les personnes touchées. Progressivement, nous allons être amenés à suivre de plus près ces rixes jusqu’à un final tétanisant de tension.
L’oppression que l’on ressent lors de cette dernière bataille est autant liée à ses enjeux qu'à sa retranscription du combat. Alors que jusqu’ici nous étions amenés à imaginer les blessures subies, cette conclusion nous présente frontalement les chairs meurtries. Sur cet aspect, l’auteur embrasse le bis italien des années 80 où la rencontre entre des êtres dit civilisés et d’autres primitifs se paie d’un lourd tribut. Ce changement graphique ne dessert aucunement le drame qui se joue.
Au contraire, en plongeant entièrement dans l’horreur de la situation, le réalisateur offre ainsi une conclusion parfaite à son récit. Il met à contribution l’empathie que l’on ressent pour ses personnages tout en nous surprenant dans la retranscription de ces derniers instants.

Depuis la sortie de Bone Tomahawk, S. Craig Zahler a réalisé les excellents Section 99 et Trainé sur le bitume. Son prochain projet sera une collaboration avec Park Chan-wook où il occupera le poste de scénariste. 



Bone Tomahawk de S. Craig Zahler

mardi 17 novembre 2020

Everything gonna be alt-right  

Synopsis : 

Des inconnus se réveillent bâillonnés en pleine nature. Ils découvrent rapidement qu'ils sont les candidats d'une chasse à l'homme grandeur nature orchestrée par de riches Américains qui ne désirent qu'une seule chose : chasser et abattre, par snobisme ou mépris de classe, des citoyens pauvres issus d'états ruraux comme des animaux. Mais cette partie dégénère lorsque l'une des proies, Crystal, décide de lutter pour sa vie en tuant les chasseurs.

The Hunt Craig Zobel Screenshooter Betty Gilpin


Mon avis :

La nouvelle Le Plus dangereux des gibiers de Richard Connell est notamment connu grâce à son adaptation cinématographique Les Chasses du comte Zaroff. The Hunt reprend sa thématique mais avec une approche plus corrosive.

Ouvrant sur une exécution dans un avion, l’auteur nous présente les instigateurs derrière cette compétition sadique. Entre la sécheresse de la mise à mort et la caractérisation des protagonistes nous cernons rapidement la tonalité de l’ensemble.  
La trajectoire des événements adoptée n’est guère surprenante. On retrouve l’ensemble des mécanismes propres au genre entre la proie inversant le rapport de force et le boss final psychotique. L’ensemble est bien rythmé et est ponctué de confrontations efficaces.

L’originalité de l’œuvre réside principalement dans la caractérisation des personnages et leur conviction politique. En effet, bon nombre des films reprenant cette thématique opposent des nantis à des personnes issues de classe populaire. Il est courant que ce rapport de force soit mis en évidence via la différence de milieu social dans lequel évolue les deux parties. Il est moins fréquent que cet aspect soit verbalisé et incorporé dans la dynamique du récit.
Dans The Hunt, la genèse même de cette chasse est justifiée comme un acte militant, un combat idéologique. L’œuvre est entièrement ancrée dans notre époque et met en exergue, souvent de manière caricaturale, les différents maux de la société américaine. Pour facilité notre immersion dans cette compétition, Craig Zobel adopte un second degrés constant et tourne en dérision l’ensemble de ces courants de pensées et les incohérences qui en découlent. Notre capacité d'empathie s’en retrouve parasitée.

The Hunt Craig Zobel Screenshooter Emma Roberts

En effet pour faciliter l’attachement, il est fréquent d’avoir recours à des valeurs universelles pour présenter les protagonistes. Il permet de se reconnaitre en eux sans avoir à dévoiler leurs convictions profondes sur leur modèle de société idéal.
The Hunt prend à contre-pied ce procédé. Les différentes discussions mettent en avant la vision utopique du Monde de ces personnages. Cette approche a pour conséquence d’être amené à suivre des individus en opposition totale avec nos valeurs. Une position déroutante où l'on peut se retrouver en accord avec une de ces personnes sans pour autant cautionner ses agissements. De plus, en grossissant le trait de ces individus, il nous est d'autant plus difficile de s'en attacher.
Au sein de cette galerie de personnages, seules deux femmes ne sont pas tournées en dérision : “l’héroïne” Crystal et sa Némésis Athena. Elles permettent de garder un point d’ancrage dans notre réalité.
Le fait d’évoluer aux côtés de Crystal et de la voir verbaliser les incohérences des personnes l’entourant renforce autant l’absurdité des comportements qu’elle crédibilise cet univers. Nous nous retrouvons donc dans sa lecture des événements sans pour autant apprécier sa personnalité. En effet, notre jugement à son égard est biaisé par le tableau dressé par les chasseurs. Tout comme le slasher le fait depuis des décennies, l'auteur nous pousse à suivre les actions d'une personne à laquelle nous ne nous reconnaissons pas. La définition de son identité est d'ailleurs parfaitement gérée jusqu'au dénouement final.

En somme, The Hunt est une expérience grisante et surprenante. Avec cette relecture de la chasse à l’homme, le réalisateur offre un divertissement foncièrement détonnant.




The Hunt de Craig Zobel

mercredi 11 novembre 2020

 Cursed

 

Synopsis:

Lorsqu’Edna, la matriarche et veuve de la famille, disparaît, sa fille Kay et sa petite-fille Sam se rendent dans leur maison familiale isolée pour la retrouver. Peu après le retour d’Edna, et alors que son comportement devient de plus en plus instable et troublant, les deux femmes commencent à sentir qu’une présence insidieuse dans la maison. Edna refuse de dire où elle était, mais le sait-elle vraiment…

Relic Natalie Erika James Screenshooter

 

Mon avis:

Tout en poursuivant son exploration des peurs profondes voire indicibles, Natalie Erika James passe au long-métrage avec Relic.
Ouvrant sur une situation intrigante, l’autrice dévoile instantanément l'atmosphère de son univers. Une ellipse s'ensuit nous amenant directement au cœur du récit. Les événements seront ensuite principalement narrés à travers la perception de la fille et petite-fille de l’hôtesse des lieux.  

Adoptant une forme horrifique convenue, la réalisatrice brasse diverses thématiques captivantes.
La première réside évidemment dans les conflits générationnels au sein de la cellule familiale. Chaque protagoniste incarne une époque et un mode de vie. Leurs interactions permettent autant à cerner la situation présente que de comprendre leur passif. Bien que parfois trop explicitée, la vision de chacune sur cette cellule familiale est un atout indéniable au sein de l'intrigue. La situation initiale les pousse à prendre des décisions en accord avec leur philosophie amenant invariablement des confrontations.
Le deuxième sujet est la démence. La perte de notion sur la réalité qui nous entoure est un terreau fertile pour les œuvres fantastiques. Sur ce plan, Natalie Erika James joue intelligemment sur la frontière entre événements résultant d’un accès de folie et manifestation surnaturelle. Dans la première partie du récit, les péripéties ont cette double lecture. Ce refus d'expliciter la nature de la menace permet de créer une tension latente car imprévisible. Il faudra attendre le dernier tiers pour que la réalisatrice embrasse entièrement l’une des deux voies.
Avant de plonger dans les tréfonds de la demeure avec cet ultime acte, l’œuvre déroule les différentes pathologies propres à la maladie de la grand-mère. En résulte l’accentuation du gouffre qui sépare la matriarche à sa descendance. Les échanges sont constamment parasités par le comportement changeant de la maîtresse des lieux.

 

Relic Natalie Erika James Screenshooter


Le dernier axe de lecture est notre rapport à la Mort. Cette entité imprègne depuis longtemps les murs de la demeure et in fine celles et ceux qui y ont logé. Ici la faucheuse se rappelle aux protagonistes à travers l'accumulation des souvenirs de personnes disparues. Plus qu’un lieu vivant, cette maison isolée est un sanctuaire, une stèle commémorative où les cartons accumulés recèlent les vestiges d’un mode de vie en voie d'extinction. La bobine est parcourue de situations poussant à se remémorer un passé totalement révolu. La peur de la Mort se retranscrit aussi dans les rêves poisseux de Kay. Chacune des protagonistes a son propre rapport avec cet aspect de la vie. De part les écarts d'âge, leur vision de ce passage inéluctable se retranscrit dans leur façon d'évoluer au sein de la demeure.

La trame de fond du récit est donc dense et fascinante. Le rythme lent permet d'explorer ces thématiques tout en développant les personnages. De l'empathie naît pour ce trio de femmes au vu des situations vécues. Cette proximité créée sera grandement mise à profit lors du dernier tiers de l’œuvre.
Malheureusement, au moment où la vérité éclate sur la nature de la menace, Natalie Erika décide de clore son film. Certes le plan final est beau et chargé d’émotions. Pour autant, on a la sensation de n’avoir qu’effleurer le cœur du sujet. La tension accumulée culmine sur un enchaînement de situations anxiogène efficace. Pour autant, sur l’aspect narratif, ces derniers événements apportent plus de questions que de réponses sur le mystère entourant cette famille.

Au final, Relic est pertinent dans son analyse des conflits générationnelles au sein de la cellule familiale et à quel point la Mort réunit autant qu’il nous sépare. Par contre, en temps qu’œuvre de genre, elle est une expérience particulièrement frustrante tant la fin est abrupte et nous laisse sur la fin.




Relic de Natalie Erika James

jeudi 22 octobre 2020