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 Hey, I’m a good guy !

 

Synopsis: 

Tout le monde s’entendait pour dire que Cassie était une jeune femme pleine d’avenir…jusqu’à ce qu’un évènement inattendu ne vienne tout bouleverser. Mais rien dans la vie de Cassie n’est en fait conforme aux apparences : elle est aussi intelligente que rusée, séduisante que calculatrice et mène une double vie dès la nuit tombée.

Promising Young Woman Emerald Fennell Screenshooter Carey Mulligan

Mon avis:

Débutant sa carrière en tant qu’actrice en 2010, Emerald Fennell passe à la réalisation en 2018 avec le court-métrage Careful How You Go.
En 2021, la réalisatrice revient avec Promising Young Woman. Ce long-métrage a remporté l’Oscar du Meilleur scénario original et deux prix au BAFTA (Meilleur film britannique, Meilleur scénario original). Des distinctions prestigieuses pour son premier long ne faisant qu’alimenter notre curiosité quant à cette première œuvre.

En quelques scènes, la réalisatrice dresse efficacement son décor. Nous adopterons uniquement le point de vue de Cassie. Nous l’accompagnons durant un fragment de sa vie. Une courte période terriblement charnière pour son existence.
Le spectateur est appelé à rassembler les pièces du puzzle de son passé afin de comprendre son parcours. Les interactions auprès d’autres individus nous permettent de mieux cerner notre protagoniste et les raisons de sa situation.
Pendant que cette jeune femme oscille entre quête vengeresse et l’espoir d’une paix salutaire, nous sommes amenés à nous interroger sur nos rapports avec notre entourage. Le récit est composé d’une galerie de personnes toxiques à un degré variable. Cette diversité permet d’avoir un tableau complet sur les différents êtres permettant à ce que des actes destructeurs puissent être perpétrés en toute impunité.
L'autrice évite pour autant tout manichéisme en montrant les failles de chacun et les possibles tentatives de rédemption de certains.

Promising Young Woman Emerald Fennell Screenshooter Carey Mulligan
 

Pour aborder un sujet aussi dense et tragique, l’autrice opte pour une tonalité douce-amère. La personnalité de Cassie est détonante. Ses traumatismes l’ont autant détruit socialement que renforcer grâce à des mécanismes de défense. En ressort une irrévérence constante dans ses interactions auprès d’autrui. Cette attitude contextualisée avec son passé permet de générer de l’empathie pour cette personne.
Cette approche permet de suivre les tourments internes de la jeune femme sans avoir à les expliciter. Nous comprenons ses agissements et ses hésitations car nous avons suivi au plus près ses instants.
À travers son parcours, Emerald Fennell dresse le portrait d’une femme traumatisée par son passé et laissée pour compte dans son processus de reconstruction. Bien qu’entouré dans son quotidien, il en ressort une profonde solitude dans ses errances. L’incompréhension des autres ne fait que renforcer son isolement.
Nous nous retrouvons donc dans une posture double. La première en tant que témoin des événements de sa vie et son combat. La seconde en tant qu’unique confident capable de comprendre sa démarche. En effet, que nous cautionnons ou non ses actes, nous ne pouvons pas nier la douleur et le désespoir qui l’anime.
En ce sens, la trajectoire émotionnelle de notre héroïne est riche et l’autrice n’hésite pas à nous malmener face aux situations qu’elle doit traverser.

Une fois le générique de fin amorcé, nous sommes partagés entre une profonde tristesse et l’admiration pour ce parcours. Il est stupéfiant de constater que Promising Young Woman n’est que la première réalisation d’Emerald Fennell tant l’œuvre est maîtrisée de bout en bout.
Il est certain que la carrière de cette artiste est à suivre de près afin de découvrir la diversité de son univers en devenir. Son prochain projet est Zatanna où elle officie en tant que scénariste.



Promising Young Woman d'Emerald Fennell

mardi 13 juillet 2021

 Martyrs

Synopsis:

Les extraterrestres ont envahi la Terre. Occupée, la ville de Chicago se divise entre les collaborateurs qui ont juré allégeance à l’envahisseur et les rebelles qui les combattent dans la clandestinité depuis dix ans.

Captive State Rupert Wyatt Screenshooter Ashton Sanders


Mon avis:

Réalisateur à la carrière aussi discrète qu’inconstante, Rupert Wyatt s’est fait connaitre du grand public avec le reboot de La planète des singes en 2011.
Sept années plus tard, il retrouve le chemin des salles obscures avec Captive State.

Ouvrant sur une scène d’évacuation à la conclusion tragique, l’auteur nous présente efficacement la sédition de la Terre au profit de l’envahisseur. Nous comprenons ainsi rapidement l’environnement dans lequel évolue Gabriel. Le suivi de son quotidien nous permet d’observer l’ordre et la répression établie.
En parallèle, nous voyons les actions d’autres individus. Ces personnes offrent une vision complète sur la refonte de la société terrienne autant pour les civils que pour les organismes “étatiques”.
Sur le fond, la thématique est donc plutôt convenue. Nous avons une situation d’oppression et le parcours d’individus souhaitant mettre fin à cette terreur.

L’intérêt du film réside dans sa construction narrative. En effet, nous débarquons dans un récit où une opération inconnue est en cours de préparation. Les personnes que nous suivons connaissent pour la plupart leur rôle à jouer dans ce pan de l'Histoire. Notre seul point d’ancrage est Gabriel. Ce dernier devient un maillon tardif au sein de cette mission. Il nous permet ainsi de glaner certaines informations pour avoir une esquisse de l’action à venir. Nous sommes ainsi invités à analyser les scènes pour comprendre les relations entre les protagonistes et deviner leurs réelles intentions.

Captive State Rupert Wyatt Screenshooter Vera Farmiga
 

L’ensemble baigne dans une atmosphère paranoïaque et conspirationniste. Bien que nous soyons dans un film traitant d’une présence extraterrestre, les entités aliens sont peu visibles. Leur faible présence renforce le réalisme des situations. L’œuvre dégage une atmosphère plus proche des films abordant des complots en période de guerre froide plutôt qu’un film de science-fiction.
La différence réside dans le rapport de force. Les long-métrages tels que Les trois jours du Condor ou Les hommes du président avaient pour enjeux de déjouer une menace contre le système en place. Captive State est tout le contraire. Nous observons les instigateurs d’une opération visant à renverser l’Ordre établi. Cet objectif mis de côté, les mécanismes déployés sont similaires.
L’approche est pertinente et stimulante. Nous sommes captivés par la découverte des préparatifs bien que nous n’en connaissons pas la finalité.

Outre cette structure narrative judicieuse. Rupert Wyatt met à profit sa galerie de personnages pour dynamiser son récit. Nous sommes très proches de Gabriel pour suivre le déroulement des évènements. Pour autant, il est courant de changer de point de vue afin d’avoir une vision plus complète de ce qui se trame.

En somme, Captive State est un film intelligent et savamment orchestré. Sa conclusion offre toutes les réponses à nos interrogations et permet de mieux comprendre où se situe ce récit dans la chronologie de son univers. Une fois assimilé, il est difficile de ne pas faire de parallèle entre cette œuvre et le Planète des singes du même auteur.
Le long-métrage ne plaira pas forcément à tout le monde de par son approche quelque peu hermétique mais ravira les amateurs de soft science-fiction et de thrillers politiques.

 


 

Captive State de Rupert Wyatt

jeudi 1 juillet 2021

 The serenity beyond the disability

Synopsis:

Ruben et Lou, ensemble à la ville comme à la scène, sillonnent les Etats-Unis entre deux concerts. Un soir, Ruben est gêné par des acouphènes, et un médecin lui annonce qu'il sera bientôt sourd. Désemparé, et face à ses vieux démons, Ruben va devoir prendre une décision qui changera sa vie à jamais.

Sound of metal Darius Marder Screenshooter

Mon avis:

Réalisateur du documentaire Loot et scénariste de A place beyond the pines, Darius Marder retourne derrière la caméra pour mettre en scène sa première fiction : Sound of metal. Le projet puise sa genèse dans l’expérience de sa grand-mère devenue sourde à l’âge adulte.
Le film a fait une tournée fructueuse des festivals avec notamment les Oscars du Meilleur Montage et Meilleur Son lors de cette 93éme édition.

Comme tout récit initiatique, l’œuvre se découpe implicitement en chapitres représentant les différentes étapes d’acceptation de ce changement.
La première partie apporte les bases nécessaires pour comprendre les différents enjeux. Nous suivons le jeune couple dans leur mode de vie peu commun se résumant à prendre la route et s’arrêter le temps d’une représentation. Le metteur en scène opte pour des plans rapprochés pour nous partager ce quotidien et rendre l'immersion plus sensitif. Ainsi, lorsque les premiers signes de défaillance apparaissent, nous comprenons instantanément l’impact que ce bouleversement provoque dans les habitudes du jeune homme.
La suite des événements adopte une trajectoire bien moins pessimiste que le synopsis peut laisser supposer. Le point de départ est un terreau idéal pour analyser les processus autodestructeurs d’un individu perdant le contrôle de son corps. L'auteur préfère présenter comment une altération de notre enveloppe biologique n’est pas une fatalité mais une opportunité pour se renouveler.
Ce choix audacieux nous permet de découvrir sous un angle différent le quotidien des personnes malentendantes.
Comme l’indique l’un des protagonistes, le but de ce voyage n’est pas de se réparer mais de se redéfinir. Ce mode de pensées imprègne l’ensemble du récit. Notre jeune batteur, Ruben, lutte constamment entre sa volonté de retrouver sa vie de musicien itinérant et la nécessaire acceptation d’un tournant majeur dans son existence.

Sound of metal Darius Marder Screenshooter
 

Pour retranscrire ce périple, l’auteur opte pour une immersion sonore quasi-totale. Dans la majeure partie de l’œuvre, nous entendons l’environnement de la même façon que Ruben. Lorsque nous redevenons omniscients, cela nous permet d’assimiler des informations complémentaires. Le son est ainsi un moteur d’empathie pour les protagonistes autant qu’un outil pédagogique pour notre compréhension des mécanismes d’échanges avec des personnes sourdes.
La disparition de l’environnement sonore de la première partie est un excellent moyen pour le spectateur de comprendre les chamboulements s'opérant dans le quotidien de Ruben. Darius Marder nous positionne ainsi au même niveau que son personnage et permet de justifier son comportement à venir.
L’absence de voix nécessite de développer le langage corporel. En ce sens, diverses informations sur les relations entre les personnages ou les sentiments qui les traversent se lisent plus qu’ils ne s’expriment oralement.
Ces différents éléments permettent de créer un environnement réaliste. Nous acceptons et comprenons mieux la trajectoire de Ruben. Nous apprenons autant que le jeune homme sur les moyens de communication adoptés par les personnes malentendantes.

Durant deux heures, le réalisateur nous aura invité dans une expérience immersive et émouvante. Loin de l’œuvre nihiliste que son synopsis pouvait présager, Sound of Metal est au contraire un voyage lumineux nous apprenant à trouver le meilleur dans chacune des situations traversées.



Sound of metal de Darius Marder

dimanche 13 juin 2021