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 By any mean necessary


Synopsys:

Le fils d'un juge réputé de La Nouvelle-Orléans est impliqué dans un délit de fuite. Tout se complique pour le père et le fils lorsqu'il s'avère que la victime était le fils d'un parrain de la pègre.

Your Honor Peter Moffat Screenshooter

Mon avis:

Œuvrant depuis de nombreuses années pour la télévision, Peter Moffat a notamment été scénariste pour l'excellente série The Night Of. Avec Your Honor il poursuit son travail de transposition américaine de créations étrangères en s'offrant les services de Bryan Cranston et Michael Stuhlbarg.

En un premier épisode frolant la perfection, l’auteur expose son univers, ses personnages ainsi que les bases de son intrigue. Nous situons facilement les différents partis impliqués. Les ébauches des personnalités nous permettent déjà de visualiser les conséquences du drame.
La suite des événements permet de sonder l’âme humaine et ses tourments. La perte de sa progéniture ou du moins sa mise en danger redéfini nos priorités. Il met surtout à mal les valeurs que nous avons érigées pour bâtir notre statut social. De tels événements sont de cruels rappel à une réalité universelle : nul n'échappe à la Mort.
Cette trame de fond est doublée d’une inversion des rôles. L’homme de loi franchi la ligne morale non pas pour réparer un affront mais au contraire pour éviter que la justice rattrape sa famille. L'homme du Milieu découvre que le pouvoir n’est rien lorsqu’on est meurtri au plus profond de sa chair.
Cette approche altère aussi notre empathie. Nous cherchons toujours à nous positionner du bon côté, de la cause la juste. Dans cette situation il est difficile de trouver sa place entre ces deux êtres. Il faudra plutôt se tourner vers les individus en périphérie pour avoir un point d'attache émotionnel.
Nous sommes ainsi amenés à suivre leur chemin de croix respectif : une lente déconstruction de leur conviction parcourue de rencontres les éprouvant.
Ces deux trajectoires ne s’effectuent aucunement en parallèle. Au contraire, leur route ne fera que se croiser jusqu’à se joindre de façon chaotique.

 Your Honor Peter Moffat Screenshooter

Outre leur parcours respectif, nous observons aussi l’impact de cette tragédie sur divers individus gravitant autour d’eux. En effet, entre l'enquête policière et la quête vengeresse, une course poursuite est amorcée afin de découvrir la vérité en interrogeant chaque individu impliqué de près ou de loin dans cet événement. Nous obtenons ainsi une galerie de personnages en interaction constante de façon direct ou indirecte.
Cette structure permet d’éviter une linéarité de la trajectoire. Les actions individuelles redéfinissent les prises de positions établies précédemment. On obtient ainsi un engrenage meurtrier pour quiconque tentent de s’interposer.
Ces autres protagonistes ne sont pas de simple faire-valoir semant simplement des embûches face aux initiatives de ce duo antagoniste. L’auteur leur accorde l’espace nécessaire pour développer leur personnalité ainsi que leurs motivations. Nous comprenons mieux leur choix et les conséquences occasionnées. Nous pouvons aussi nous attacher à leur parcours et sommes impactés par le dénouement de leur vie.
Nous sommes d'ailleurs plus surpris par les actions des êtres en périphérie. Ils apportent une instabilité dans la progression linéaire de ces deux hommes.
Le récit met ainsi en exergue les répercussions des intérêts individuels sur le bien commun. En s’obstinant à protéger sa famille à tout prix, notre juge détruit indirectement celle des autres. Il entre dans une spirale infernale où chaque tentative d’apaisement occasionne une réaction opposée.

Sans être surprenant dans la trajectoire adoptée, l’œuvre développe efficacement ses personnages. Leur évolution est source de tension car chacun souhaite mener à bien son objectif personnel. Nous sommes ainsi affectés par les dangers pris par certains.
Outre l’empathie ressentie pour cette galerie de protagonistes, nous avons aussi une vision d’ensemble complète des enjeux et leurs répercussions.
Your Honor est donc une série remplissant aisément ses objectifs et réussit à nous tenir en haleine de bout en bout. Une seconde saison est en préparation afin de dévoiler plus encore l'enfer personnel vécu par ses personnages.




Your Honor saison 1 de Peter Moffat

mercredi 15 septembre 2021

 American’s psychosis 


Synopsis:

Une famille noire emménage dans un quartier blanc de Los Angeles. Elle devra affronter des forces maléfiques, venues de leur voisinage et d'ailleurs, qui vont tenter de les détruire.


Mon avis:

Série anthologique en devenir, Them est une création de Little Marvin et est notamment produite par Lena Waithe. Cette première saison intitulée Covenant nous positionne aux côtés d’une famille afro-américaine tentant de se reconstruire après un évènement traumatique.

Le premier épisode est une exposition efficace de son univers. Nous appréhendons l’ensemble des éléments nécessaires pour s’immerger dans ce milieu.
Chaque chapitre correspond à une journée au sein d’East Compton. Loin d’être une retranscription linéaire des évènements, l’œuvre mêle les enjeux présents avec la trajectoire passée de nos protagonistes.
Au fil du temps, nous obtenons ainsi un tableau complet sur le profil des individus et comprenons mieux leurs mécanismes de défense.
De même, bien que nous évoluons du côté de Lucky et sa famille, il n’est pas rare de les délaisser aux profits d’autres groupes pour mieux comprendre la trajectoire des évènements.
L’avancement du récit lève le voile sur la personnalité des protagonistes tout en développant une menace opaque autour de ces nouveaux arrivants.
Cette structure narrative permet d’avoir une meilleure compréhension des comportements individuels tout en créant une tension constante via la présence latente d’un danger autant surnaturelle que physique.

 

La thématique explicite du récit est l’observation du racisme institutionnalisé aux États-Unis durant sa seconde phase ségrégationniste. Nous voyons comment des individus afro-américains subissent un harcèlement constant tout au long de leur vie quotidienne autant dans des lieux publics que privés. Nous constatons la pression que ces actes représentent à l’égard des opprimés mais aussi comment cette répression est mise en place et est alimentée.
L’originalité de l’œuvre est d’aborder le sujet des conséquences psychiques profondes qu’occasionnent ces sévices. Sans en formuler les termes scientifiques ou médicaux, les auteurs retranscrivent le développement de maladies mentales. Ces dernières sont présentées comme des mécanismes de défense pour cette famille perdant pied face à une réalité bien trop violente et inégale.
La structure des épisodes permet de se concentrer sur chacun des membres de la famille. Leur problème de santé est personnifié par une entité maléfique faisant aussi écho à l’histoire des États-Unis.

Les enjeux sont donc doubles. Il y a un combat interne à mener pour s’émanciper de mécanismes toxiques développer suite à des évènements traumatisants. Il y a aussi une lutte commune pour déjouer un système politique et social construit pour perdurer cette ségrégation d’une façon plus insidieuse.
Les auteurs évitent de tomber dans un manichéisme et tente de dresser des portraits d’individus denses pour mieux refléter les dilemmes moraux de ses personnages.
Cette complexité influe sur la trajectoire scénaristique. Certains événements de prime abord linéaires se voient parasiter par des initiatives individuelles. L’issue de cette saison n’en est que plus incertaine.

Outre ses qualités d’écriture, la réalisation est à la hauteur de son sujet. L’oppression ressentie par la famille est palpable. La retranscription de cette époque facilite l’immersion. La caractérisation des entités maléfiques est fascinante. Chacun de ces éléments est traité avec soin et permet d’obtenir une œuvre cinématographique captivante.
Nous plongeons entièrement dans ce cauchemar éveillé. L’alternance des points de vue apporte une variété d’ambiance dans cet univers et casse ainsi l’uniformisation du quartier résidentiel où réside notre famille. Cette diversité permet de garder un rythme constant sur les dix épisodes de cette saison.

En somme, Them est une belle découverte alliant une forme fascinante à un fond pertinent. Le format s’accorde ainsi parfaitement à son récit.
C’est donc avec curiosité et impatience que nous attendons les prochaines saisons de cette nouvelle anthologie.


 

Them : Covenant de Little Marvin

mardi 10 août 2021

 Tell me a story

Synopsis:

Fred, un rédacteur frustré, s'installe dans une cabane pour commencer enfin son premier roman. Il rencontre Fanny, une jeune auteure d'horreur à succès et pleine de suffisance. Lors d'une panne de courant, Fanny met Fred au défi de raconter une histoire effrayante...

Scare me Josh Ruben

Mon avis:

L’univers horrifique nous berce depuis des décennies avec des anthologies que ce soit sous forme de comics avec Creepshow, de séries avec American Horror Story ou de films avec The Mortuary Collection.
Dans le septième art, il est courant de se retrouver avec des œuvres à la qualité variable et au fil rouge inexistant. Certains assument le délaissement de leur trame de fond pour se concentrer sur les sketches uniquement. C’est le cas de la saga V/H/S.
Il est par contre difficilement concevable qu’une anthologie se concentre sur son fil rouge plutôt que sur ses récits annexes. C’est pourtant ce que propose Josh Ruben.

Dans cette œuvre, nous sommes placés aux côtés de Fred. Le trajet le menant jusqu’au chalet donne la tonalité de l’œuvre. Nous avons un mélange d’humour et de références cinématographiques ponctuant les échanges entre la conductrice et notre protagoniste.
L’auteur prend ensuite le temps de nous présenter les lieux et les raisons amenant à ce huis-clos. Une fois ces éléments acquis, l’œuvre prend une tournure peu conventionnelle en nous invitant à plonger pleinement dans une joute verbale imagée et imaginative.
En effet, le récit reste ancré dans son lieu d’origine, le chalet et ses environs. Les histoires narrées ne sont en aucun cas des moments d’évasions. Leur présence est toute autre. Elles sont des dynamiques entre les protagonistes.

À travers les contes se jouent un combat d’égo entre deux individus diamétralement opposés.
D’un côté nous avons Fred. Il occupe un emploi quelconque en tant que cadre et rêve d’être un écrivain à succès.
De l’autre nous avons Fanny. Elle a connu la renommée suite à un livre horrifique et travaille sur son futur projet.
Cette rencontre entre deux trajectoires antagonistes provoque une confrontation riche en faux-semblants.
L’homme tente de prouver qu’il a les capacités nécessaires pour devenir romancier tandis que la femme offre une démonstration de son talent à cet auditoire réduit.
Le récit alterne donc entre ces récits et des moments d’analyse de la performance proposée. Au fil du temps, les enjeux évoluent et la frontière entre création et réalité se brouille afin d’accentuer la tension entre les personnages.

Scare me Josh Ruben Screenshooter Aya Cash
 

Afin de compenser son unité de lieu et de temps, l’auteur se repose entièrement sur sa mise en scène.
Plus que de simples narrateurs, le duo joue les différents rôles au sein de leurs contes. Il est captivant d’assister à leur performance. L’environnement est mis à profit afin de faciliter l’immersion. De même, bien que se déroulant dans le chalet, les effets sonores se synchronisent avec les fictions contées.
À défaut de nous montrer l’adaptation visuelle de leurs propos, nous avons la possibilité de nous imaginer les scènes en nous basant sur ces éléments.
Le spectateur devient ainsi l’audience privée de sketchs qui ne verront jamais le jour. Il est attendu de sa part une certaine implication afin de se projeter dans ces fictions.
De par cette approche, Scare Me adopte une posture théâtrale dans sa mise en scène : l’unité de décors, les artifices visuels et sonores, le jeu d’acteur haut en couleur. Nous avons ainsi une structure hybride où la cinématographie laisse place au spectacle vivant à différents instants. Une approche paradoxale sachant que le cinéma est considéré comme un spectacle mort.
Les entractes entre les différentes scènes permettent d’évaluer la prestation offerte et l’impact sur la dynamique entre les personnages. Cette alternance entre les représentations donne un rythme à l’œuvre. De même, l’auteur injecte de nouveaux éléments constamment afin d’éviter une monotonie dans les évènements.
Une fois le concept assimilé et accepté, le récit ne cesse de se renouveler et se diversifier.

En somme, l’œuvre repose l’ensemble de son univers sur le concept énoncé. Le ressenti du spectateur vis-à-vis de cette expérience dépendra de son acceptation au concept.
On retrouve dans tous les cas des qualités de mise en scène indéniables. Le film est une excellente carte de visite pour Josh Ruben. Sa proposition horrifique est pertinente et montre sa parfaite compréhension des mécanismes inhérents au genre.
On espère que son prochain projet, Werewolves within, permettra de confirmer les promesses esquissées dans ce premier long. 



Scare me de Josh Ruben

lundi 26 juillet 2021