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 American Dream

Synopsis:

En 1950, les états du sud des États-Unis ont connu des vagues migratoires depuis le début du siècle précédent. À Kansas City, dans le Missouri, deux syndicats du crime instaurent une paix difficile. Le premier est d'origine italienne, le second est afro-américain. Ensemble, ils contrôlent l'économie souterraine qui repose sur la corruption, l'exploitation et la drogue.

Fargo saison 4 Noah Hawley Screenshooter

Mon avis:

Créé en 2014 par Noah Hawley, Fargo était initialement une adaptation du film éponyme des frères Coen. Par la suite, la série a muté en anthologie reprenant les codes scénaristiques établis dans la première saison.
Cette quatrième itération s’intéresse aux conflits entre familles mafieuses.

Le premier épisode dresse efficacement le cadre du récit. Nous suivons les différentes vagues d’émigrations aux Etats-Unis durant le XXème siècle par le prisme de la criminalité. Cette introduction nous permet de comprendre les rituels en place et découvrir les protagonistes dans leur environnement.
Comme lors des précédentes saisons, nous allons assister à une succession de mauvais choix entrainant des situations dramatiques. Il est toujours stimulant d’observer comment les actions individuelles deviennent des problèmes pour un collectif.

L’histoire fait la part belle à ses personnages. Nous naviguons entre un policier ayant des TOCs, un Marshall mormon, une infirmière ayant oublié son serment d’Hippocrate et bien d’autres encore. Cette diversité vertigineuse forme une base scénaristique solide où les interactions entre ces individus redéfinis les enjeux constamment.
Cette galerie de protagonistes empêche toute anticipation des actions à venir. La trajectoire dramatique de certains d’entre eux n’en est que plus dramatique voire pathétique.
Leur instant final en est souvent le reflet de leur identité, leur vécu. Le lâche sera assassiné sans avoir pu répliquer. L’impulsif périra par précipitation. Le renégat tombera dans l’oubli et ainsi de suite.


Fargo saison 4 Noah Hawley Screenshooter


Au-delà de sa forme, cette saison plus encore que les précédentes tisse un tableau intéressant sur tout un pan de l’Histoire des États-Unis. Bien que nous assistons à un affrontement entre deux clans distincts, ils font pourtant partie d’une même famille : les parias.
En effet, lors de nombreux moments, l’auteur nous rappelle les discriminations subies par ces générations d’immigrés. Entre la ségrégation et les préjugés racistes, il est difficile pour eux de réaliser leur Rêve Américain tant espéré. De ce fait, emprunter les voies de l’illégalité pour atteindre cet objectif tient autant de la facilité que de la nécessité.
Une facilité se traduisant par un refus de se battre contre l’injustice subie mais plutôt de sortir des horizons bouchés pour s’emparer d’autres amoraux.
Une nécessité étant donné que les perspectives d’avenir en tant qu’opprimés dans une société raciste sont minces. L’accès à cette alternative devient donc le seul espoir pour survivre.
Ce sujet de fond est instillé discrètement tout au long de la saison à travers le comportement des individus ou des lieux qu’ils visitent. Il n’est pas le thème principal de cette histoire mais plutôt la base de celle-ci.

Avec cette quatrième saison, Fargo continue de se renouveler tout en reprenant une recette efficace. Le casting est toujours aussi qualitatif. Le rythme est soutenu et les situations aussi diverses qu’imprévisible. L’humour est mordant et la tragédie est percutante.
On ne peut qu’espérer avoir la chance de découvrir de nouveaux récits issus de cet univers Coennien.

 


 

Fargo saison 4 de Noah Hawley

mercredi 2 juin 2021

 Nightwatch

Synopsis:

New York, Brooklyn. Après avoir fui sa communauté juive orthodoxe, Yakov accepte contre son gré d'assurer la veillée funèbre d'un membre décédé de celle-ci. Désormais seul avec le corps dans une maison délabrée, il se retrouve confronté à des phénomènes étranges et de plus en plus inquiétants…

The Vigil Keith Thomas Screenshooter
 

Mon avis:

Débutant sa carrière avec le court-métrage Arkane, Keith Thomas enchaine deux années après avec son premier long, The Vigil.

L’auteur nous place aux côtés de Yakov. Ce jeune homme de confession juive tente de se reconstruire après un événement tragique. L’introduction se déroule lors d’une séance d’entraide. Elle nous permet de comprendre la situation de notre protagoniste. Nous cernons rapidement sa personnalité via ses interactions lors de cette session de groupe.
Une fois la réunion terminée, nous sommes directement plongés au cœur du sujet. Le cadre et les raisons amenant à cette veillée funèbre sont ainsi établis à travers l’action des différents personnages. Ces informations nous sont transmises lors du trajet entre les deux bâtisses. Nous avons ensuite une présentation sommaire de la maison du défunt ainsi que du couple y logeant. Le manque d’informations participera à la génération de tensions lors des événements à venir.

The Vigil Keith Thomas Screenshooter
 

L’œuvre nous offre de beaux moments de tensions. L'environnement calme à la lumière tamisée de cette demeure est un terrain fertile pour exploiter les mécanismes horrifiques. Le peu d’informations sur ce lieu renforce notre peur de l’inconnu.
L’intelligence de l’auteur est de nous placer au même niveau que son protagoniste. Ses découvertes quant aux résidents de cette bâtisse sont les nôtres. Nous sommes entièrement impliqués dans cette volonté de comprendre la cause de ces manifestations.  Nous ressentons ainsi plus facilement la tension des événements traversés. Le moindre de ses déplacements s’accompagnent d’une anxiété quant aux nouvelles découverte que nous pourrions faire.
Nous sommes plongés dans un huis-clos anxiogène. Pour autant, le récit est ponctué de courts flashbacks afin de mieux comprendre les différents personnages. Loin d’être des bouffées d’air, ces moments évoquent les traumatismes de ces individus. Nous en apprenons plus sur nos compagnons sans pour autant trouver une lueur d’espoir dans tout cet univers.
Nous n’avons que très peu de répits durant cette veillé
funèbre. L’auteur relance constamment son intrigue via des manifestations surnaturelles tout en fournissant de nouvelles informations.

En somme, The vigil se trouve être une bonne surprise. Son faible éclairage est un atout indéniable pour jouer sur la peur des ténèbres tout en renforçant le réalisme des situations exposées. L’incursion dans les rites judaïques permettent d’explorer une autre culture de l’épouvante. L’une des seules faiblesses de l’œuvre réside dans son final bien trop expéditif et trop timorée comparé à la tension accumulée tout au long de cette nuit.
Le prochain projet de Keith Thomas est une adaptation de Firestarter, un roman de Stephen King.


 

 

The Vigil de Keith Thomas

mercredi 12 mai 2021

 White Demons

Synopsis:

1825, au cœur de la colonisation de l’Australie. Après le massacre de toute sa famille, une jeune irlandaise traverse les terres tasmaniennes et rumine sa vengeance contre les soldats britanniques responsables de son malheur.

The nightindale Jennifer Kent Screenshooter

Mon avis:

Après la découverte de Mister Babadook en 2014, le deuxième film de Jennifer Kent aura mis à du temps à arriver dans notre contré. Sorti en 2018 en Australie, The Nightindale a reçu le prix du Jury lors de la Mostra de Venise en cette même année ainsi que le prix du jury lyonnais lors de la 13éme édition des Hallucinations Collectives.

Commençant dans une bourgade isolée en pleine nature, nous découvrons le quotidien de Clare au sein d’une compagnie d’infanterie où elle en est la commise. Nous comprenons rapidement le quotidien harassant qu’elle subit. Bien évidemment, notre arrivée dans son univers signifie le début d’un calvaire à venir. Nous assistons donc aux agressions qu’elle endure jusqu’au point de non-retour. Cet instant fatidique amorce un voyage initiatique motivé par la vengeance.
La suite du récit est une traque en pleine nature. Nous naviguons entre les deux parties, chacun d’eux ayant des objectifs bien distincts. Les différentes rencontres effectuées sur leur chemin viendront mettre à mal leur plan respectif.

La réalisatrice s’empare ainsi des codes du Rape&Revenge pour retracer une part sombre de l’Histoire australienne. À travers le parcours de cette jeune femme, nous découvrons les conditions de vie des opprimés. Il est intéressant et intelligent d’avoir créé un tandem antinomique représentant le destin des minorités sur ces terres.
Le périple initié par ces deux personnes nous permettra de mieux comprendre leur histoire. On retrouve des mécanismes narratifs classiques dans la rencontre entre des inconnus. Nous passons ainsi de la méfiance et du rejet à la découverte de l’autre. Ce processus permet de développer de l’empathie pour ces individus. L'autrice évite de tomber dans le manichéisme primaire en créant des êtres imparfaits.
L’exemple le plus flagrant concerne Clare. Nous la découvrons en tant qu’individu soumis à une autorité oppressive et développons donc de la compassion à son égard. Pour autant, lorsqu’elle se mettra en chemin pour réclamer vengeance, elle adoptera des comportements de dominant envers son guide. La définition de ce personnage représente parfaitement la complexité des rapports au sein de nos société.
L’ensemble des rencontres se produisant lors de leur périple permettra à l’autrice de dresser un tableau complet de l’Australie à cette époque.

The nightindale Jennifer Kent Screenshooter
 

Ce sujet de fond est distillé dans l’œuvre et permet de dynamiser le récit sur toute sa longueur. Sur un plan fictionnel, ces différentes interactions évitent au film de sombrer dans un rythme de croisière où seule compte la progression des deux équipes L’intervention d’éléments externes a donc autant un intérêt historique que scénaristique.
Outre le soin apporté à l’écriture des protagonistes, Jennifer Kent adopte aussi un format d'images obligeant l’œil du spectateur à se focaliser sur les individus dans le cadre. Ce choix est cohérent avec la démarche de la réalisatrice. Le but n’est pas de suivre ces êtres dans l’immensité de cette nature sauvage mais au contraire de mettre en avant la nature de ces êtres et leur sauvagerie.
Ce ratio renforce l’impact des scènes les plus dures. En effet, ce travail de mémoire intègre évidemment les plus viles exactions perpétrées par les colons. Lors de sa tournée des festivals, des retours faisaient état d’une violence pouvant être insupportable pour les spectateurs. La mise en images et la volonté de montrer frontalement et cliniquement les méfaits sont à l’origine de ces réactions. Ces instants sont dépeints de façon frontale certes mais toujours dans une démarche de réalisme vis-à-vis de l’époque investie.
Une mise en scène intelligente donc se mettant au profit de son récit sans chercher à l’altérer.

En somme, le deuxième long-métrage confirme le talent de la réalisatrice. Sa capacité à s’emparer d’un genre et de le mettre au profit d’un sujet est passionnant. Nous pourrions simplement avoir des réserves sur la durée de l’œuvre. Certains moments auraient pu être écourtés au profit d’un rythme plus soutenu. Il n’en reste que la proposition est pertinente et percutante à plusieurs niveaux.
Le prochain projet de Jennifer Kent semble être dans la lignée de ses précédents puisqu’il sera une adaptation du roman d’Alexis Coe intitulé Alice + Freda Forever. L’histoire s’intéresse à la romance entre deux femmes à la fin du XIXéme siècle.

 




The nightingale de Jennifer Kent

mercredi 21 avril 2021