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 Tyler Durden on my mind

Synopsis:

Harry Ambrose enquête sur un accident de voiture mortel dans le nord de l'État de New York et découvre derrière cet accident un cas beaucoup plus important et inquiétant.

The Sinner Saison 3 Derek Simonds Screenshooter

Mon avis:

Créé en 2017 par Derek Simonds, The Sinner nous place aux côtés du détective Harry Ambrose. Ce représentant de la loi aux méthodes atypiques, déontologiquement douteuses voir suicidaires s’occupe d’enquêtes en apparence classique mais profondément complexes et tortueuses.
Pour cette troisième saison, notre homme s’intéresse à un accident de la route et les circonstances ayant amené au drame.

Passé un premier épisode nous présentant les protagonistes, l’auteur reprend sa formule déjà éprouvée lors des précédentes aventures. Nous suivons parallèlement la trajectoire du policier et du suspect. La question n’étant pas de savoir si la personne est coupable mais plutôt de comprendre les circonstances pouvant expliquer l’acte tragique.
C’est en cette approche que la série est passionnante et pertinente. Chaque saison s’apparente à l’exploration d’un iceberg où chaque épisode nous emmène plus profondément dans la partie immergée de ce bloc de glace. La lumière ne pouvant se faire que lorsque nous atteignons les abysses.

Au fil du récit, nous découvrons la personnalité de Jamie Burns. Nous comprenons lentement le mal rongeant notre homme. Ce dernier est ancré dans une routine répondant au modèle social de réussite de notre époque. Malheureusement cette vie morose va le pousser à renouer avec ses vieux démons afin de se sentir de nouveau vivant.
Dans sa vision du monde et sa déconstruction des dogmes modernes, ce père en devenir nous fait penser au Narrateur de Fight Club. Tous deux sont ancrés dans des habitudes assommantes et trouvent leur salut dans l’adrénaline procurait par le chaos. Un point de départ identique pour une trajectoire diamétralement différente.
En effet, là où nous avions un point de vue unique dans l’œuvre de Fincher, nous alternons ici entre différents protagonistes afin d’avoir une compréhension totale de la situation tragique qui se joue. On évite ainsi toute iconisation d’un être ou un mode de pensées. Chacun exprime son opinion et son mode de vie sans qu’il n’y ai de jugement moral de la part de l’auteur. Cet espace d’expression permet de générer de l’empathie pour les différents protagonistes. Ces ressentis sont mis à profit lors des nombreuses confrontations ponctuant cette saison.

The Sinner Saison 3 Derek Simonds Screenshooter

Outre Jamie Burns et son microcosme, la vie privée d’Harry Ambrose continue d’être développé. La relation avec sa fille et son petit-fils fait partie des intrigues annexes du récit. À l’opposé de la figure du représentant de la loi solitaire et aigri, notre détective est son exact opposé. C’est un être altruiste bien que très secret sur lui-même. Les instants auprès de sa famille sont l’occasion pour le spectateur de mieux le cerner. Sa difficulté à séparer sa vie privée et professionnelle est d’autant plus flagrante lors de cette enquête et les conséquences n’en seront que plus désastreuses. Nous ressentons beaucoup de tendresse pour cet être meurtrie par son passé et peinant à trouver la quiétude dans son Monde.

Lors des deux précédentes saisons notre détective avait déjà été impacté par ces enquêtes. Derek Simonds pousse encore plus loin dans ce nouveau récit en exposant d’avantage encore notre homme. Le danger est palpable dans chaque confrontation et la tension ne cesse de croitre au fil des épisodes.
L’auteur prouve qu’il maitrise sa formule : un fil rouge sur toute la série reposant sur le devenir du policier et de tragiques histoires ressemblant à de périlleuses thérapies pour notre homme. Comme à chaque conclusion, nous avons hâte de découvrir la future enquête d’Harry Ambrose et les chemins tortueux devant être empruntés pour connaitre la vérité.




The Sinner Saison 3 de Derek Simonds

mardi 23 février 2021

 White power

Synopsis:

Découvrez un réseau complexe mêlant des cartels et l’armée au Mexique, le crime organisé en Italie, une famille de brokers corrompus aux Etats-Unis, tous liés par une livraison hors du commun et s’affrontant pour le contrôle de la drogue la plus distribuée au monde : la cocaïne.

ZeroZeroZero Stefano Sollima Mauricio Katz Leonardo Fasoli Screenshooter

Mon avis:

Auteur italien réputé pour avoir longuement écrit sur l’emprise de la mafia en Italie, Roberto Saviano sort en 2013 Extra Pure. L’œuvre se voit transposer en série par Stefano Sollima, Mauricio Katz et Leonardo Fasoli.
Composé de huit épisodes, l’unique saison narre parallèlement trois trajectoires : les vendeurs, les acheteurs, les courtiers. Se focalisant sur la gestion d’une commande, les créateurs nous montrent les mécanismes de ce commerce à travers le monde et les différents organismes participant à son fonctionnement.

Le premier épisode est un modèle d’exposition. Les différents protagonistes sont présentés dans leur environnement respectif. Chaque parti se prépare pour remplir son rôle. On comprend rapidement qu’en dehors du fil rouge qu’est la transaction, des enjeux propres à chaque secteur va parasiter une mission initialement finement orchestrée.
Outre le décor parfaitement dressé, ce prologue annonce sa structure scénaristique. L’œuvre reposent sur des destins croisés et les conséquences d’actes individuelles sur les enjeux communs. Chaque épisode se concentre sur une temporalité restreinte et navigue à tour de rôle entre les différents points de vue.

Cette construction a plusieurs avantages. Sur un plan fictionnel, elle est motrice de tensions. Chaque itération sur un même segment narratif complète notre compréhension de la situation donnée. Nous prenons conscience des enjeux et des risques encourus pour chacun. Elle permet aussi d'alterner facilement entre les différents protagonistes tout en leur laissant le temps de s’exprimer dans leur environnement. Nous avons ainsi le temps de comprendre chaque individu, d’évoluer à ses côtés et de développer de l’empathie à leur encontre.
Dans sa retranscription du réelle, ce découpage permet de délimiter différentes étapes dans le transport de la “Blanche”. En plus de faire évoluer les relations de notre trio de départ, chaque épisode offre une vue d’ensemble sur l’emprise qu’à cette drogue au sein de notre société. Elle est un levier politique et économique pour ceux en capacité de la contrôler. Elle est un moyen de financer leurs activités principales, d’enrichir leur communauté. À ce titre, elle devient un enjeu pour dominer leurs adversaires. Sa présence ou son absence détermine la potentielle puissance d’un groupe car synonyme de richesse en devenir.

ZeroZeroZero Stefano Sollima Mauricio Katz Leonardo Fasoli Screenshooter

Les auteurs se focalisent uniquement sur les instigateurs de ce commerce pour mieux mettre en lumière les motivations respectives de chacun. Pour certains il s’agit d’une quête de pouvoir, de domination géographique. Pour d’autres, il représente simplement un business plus lucratif que ceux s’effectuant en toute légalité.
La morale n’a pas de mise ici. Les actions sont uniquement déterminées par la réussite de l'opération. Tous les moyens doivent être employés pour assurer sa réussite. Les conséquences sont souvent dramatiques et démontrent la cruauté du milieu.

En huit épisodes, notre empathie pour certains protagonistes aura été mise à rude épreuve. Malgré la noirceur de l’environnement, les auteurs réussissent à incorporer quelques touches de lumière dans chacune des trames rendant d’autant plus dramatiques les trajectoires.
Zerozerozero dresse un tableau vertigineux de ce commerce illégal alors même que nous avons l’impression de n’effleurer que le sujet. En termes de fiction, la série est stimulante et parfaitement maitrisée. Dans son état des lieux de la situation géopolitique, elle est glaçante de nihilisme.




ZeroZeroZero de Stefano Sollima, Mauricio Katz & Leonardo Fasoli

lundi 15 février 2021

 Silent Witness

Synopsis:

Victoria, espagnole fraîchement débarquée à Berlin, rencontre un groupe d'amis. Elle décide de les suivre se laissant entraîner par la fête jusqu'au dérapage.

Victoria Sebastian Schipper Screenshooter

 Mon avis:

Récompensé par six prix lors de la 65e édition du Festival international du film de Berlin, Victoria est le quatrième film de Sebastian Schipper. La particularité de l’œuvre est d’être un seul plan-séquence. Contrairement à certains films comme The Revenant ou 1917 où le montage donne l’illusion d’une prise de vue unique, le réalisateur germanique relève le défi pour nous narrer son récit de deux heures.

Auprès de la protagoniste éponyme, nous déambulons dans les rues de Berlin accompagné de ses amis de fortune. La première partie nous permet de comprendre le parcours de la jeune femme, les raisons l’ayant amené jusqu’à la capitale allemande. Le fait de suivre sa rencontre avec ce groupe d’inconnus permet de présenter les différents protagonistes tout en respectant la contrainte technique. L’absence de préambule aux événements est compensée par la lente découverte mutuelle entre ces personnages.
En optant pour la captation du récit via une caméra à l’épaule, le réalisateur choisit de nous faire vivre la séquence de la façon la plus réaliste possible. Nous avons l’impression d’être le témoin silencieux de cette histoire. Nous sommes invisibles aux yeux de tous et pour autant présent dans chaque décision prise. Cette proximité est moteur d'empathie. Nous prenons plaisir à connaitre ces personnes et à errer auprès d'eux. L'immersion est donc totale.

Victoria Sebastian Schipper Screenshooter
 

Lorsque le point de bascule intervient, un changement de registre s’opère. La rencontre fortuite de ces êtres nocturnes échangeant leur passif se transforme en compagnon de fortune dans une entreprise périlleuse. C’est lors de cette seconde partie principalement que nous ressentons les limites de la mise en scène.
En effet, l’absence de montage impacte le rythme. La progression de l’histoire est lente. Lors de la première moitié de l’œuvre, l’aspect lancinant du tempo s’adapte parfaitement à la déambulation nocturne du groupe. Nous ressentons la suspension du temps dans ces moments où la rencontre de l’autre nous déconnecte de nos impératifs routiniers. Nous nous retrouvons auprès d’individus profitant de cet instant d’accalmie qu'est à la nuit pour s’autoriser d’agir de façon insouciante.
Dans la seconde partie, les situations vécues sont imprégnées d’une urgence et d’un danger constant. À l’opposé de la première heure, celle-ci est un cruel rappel à la réalité, aux responsabilités à assumer. Malheureusement, la mise en scène ne réussit pas à nous faire ressentir pleinement cette course effrénée pour sa vie. Certes les situations vécues nous font comprendre le drame qui se déroule sous nos yeux. Pour autant, les sensations sont trop diluées pour être tétanisée par cette descente en enfer.

Malgré ce bémol quant aux limites du plan-séquence d’un point de vu émotionnel, l’œuvre de Sebastian Schipper nous offre une proposition intéressante et stimulante sur un thème éculée. Nous prenons plaisir à suivre Victoria dans cette nuit berlinoise. Les péripéties vécues transforment une rencontre ordinaire en véritable rollercoaster.


Victoria de Sebastian Schipper

mardi 26 janvier 2021