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 Seeking Aiden

Synopsis:

Bull s’en revient au bercail après dix ans d’absence, bien décidé à solder les comptes. Dans son collimateur, ses anciens partenaires criminels et surtout leur boss, qui se trouve être son beau-père. Bull veut récupérer son fils, peu importe le nombre d’hectolitres de sang versé.

Bull Paul Andrew Williams Screenshooter Neil Maskell

Mon avis:

Découvert en 2007 avec l’éprouvant London to Brighton, Paul Andrew Williams s’est lentement forgé une carrière discrète mais de bonne facture. Au fil des années, l’auteur a navigué entre différents genres : la comédie horrifique, le home invasion, la romcom ou encore le thriller urbain.
L’homme renoue avec cette dernière catégorie avec sa nouvelle réalisation.

Ouvrant sur une lente scène figée en pleine nature où des individus s’éloigne du premier plan, le réalisateur nous offre une bouffée d’air frais. Ce moment calme tranchera avec la scène suivante où nous assistons à l’exécution d’un homme. Le cadre est ainsi posé. La quiétude et les grands espaces ne feront pas parti de l’environnement dans lequel vont évoluer nos personnages. Nous sommes amenés à suivre le parcours d'un homme sillonnant les rues d’une bourgade anglaise afin de mener un bien une mission qu'il s'est donné.
L’absence d’exposition aux événements actuels nous force à être attentif aux situations présentées. Chaque information que nous glanons nous permet de comprendre le passif entre les individus et la présence de notre protagoniste en ces lieux. Pour obtenir cette vision d’ensemble, l’auteur choisi d’alterner moments présents et passés.
Le puzzle se construit ainsi à rebours. Plus notre revenant avance dans sa quête, plus nous approfondissons son historique et les raisons de son retour en ces terres. Paradoxalement, l’accroissement de nos connaissances se fait au détriment des personnes impliquées. L’auteur jouant avec une atmosphère surnaturelle, nous pouvons interpréter que la mise à mort des partenaires d'antan permet de leur voler leurs souvenirs, les offrir aux spectateurs et ainsi compléter le tableau de sa vie révolue.

Bull Paul Andrew Williams Screenshooter David Hayman  Lois Brabin-Platt
 

En optant pour cette construction narrative, les ellipses s'effectuent sans que cela soit flagrant. Il y a une fluidité dans la trajectoire scénaristique. Le problème est qu’elle a un impact fort dans notre immersion. En effet, la démarche du personnage principal est autant la vengeance que de retrouver certains proches. Il est donc attendu une graduation dans la tension au fur et à mesure que la personne se rapproche de son objectif et des dangers qui s’accompagnent. Dans le cas présent, le changement constant de temporalité fait retomber cette pression.
Chaque confrontation physique est espacée par ces retours arrière plus verbeux. Ces instants nous repositionnent en tant que spectateur des évènements et non plus comme un témoin silencieux de cette expédition punitive. Il est donc difficile de développer le sentiment d’urgence lié à la quête ni celle de l’oppression liée à la traque.
Ce constat est d’autant plus dommageable que ces sensations auraient pu émerger si la chronologie des évènements avait été linéaire. L’œuvre aurait certes perdu un twist final mais aurait gagné en âpreté. D’autant que cette révélation en fin de bobine n’apporte pas grand-chose à l’intrigue.

Bull reste une œuvre maîtrisé créant un univers voyoucratique plausible où nous plongeons entièrement dans une spirale de violence. Il n’est pas étonnant que l’œuvre ai plu au public du PIFFF ni de le retrouver dans le catalogue de Shadowz. Pour son prochain projet, Paul Andrew Williams retourne vers les séries avec The Fear Index pour nous plonger dans un thriller financier.

Bull de Paul Andrew Williams

mardi 18 janvier 2022

 Those who leave and those who stay

Synopsis:

Jay, la trentaine, retourne dans son quartier d’enfance de Washington D.C. et y découvre à quel point celui-ci s’est gentrifié. Les résidents afro-américains se trouvent poussés hors de chez eux par des propriétaires plus riches et majoritairement blancs. Traité comme un étranger par ses anciens amis, Jay ne sait plus tout à fait à quel monde il appartient.

Residue Merawi Gerima Screenshooter

Mon avis:

Fils du cinéaste éthiopien Haile Gerima, membre du mouvement cinématographique L.A. Rebellion, Merawi Gerima semble prolonger la démarche de son père avec sa première réalisation.

Ouvrant sur un rassemblement festif en pleine rue, nous sommes plongés dans un environnement urbain au plus proche des individus et ressentons l’effervescence de l’événement. La séquence suivante contrebalance totalement ce ressenti puisque nous sommes aux côtés de Jay durant son calme trajet vers sa terre natale.
La suite des événements se concentrera uniquement sur la quête de ce jeune homme tentant de reprendre ses repères dans un quartier en pleine transformation. Sa volonté d’effectuer un film sur ses rues n’est qu’un prétexte pour retrouver ses anciens compagnons et rattraper le temps perdu. Nous l’observons donc déambuler sur le pavé à observer ces maisons si familières et pourtant bien différentes maintenant.
À travers son parcours, l’auteur retranscrit le vécu d’une part de la communauté afro-américaine. Les rencontres effectuaient par Jay nous permettent de comprendre comment était le secteur avant et la manière dont la gentrification à impacter son développement. Elles mettent aussi en évidence la fissure qui se crée entre ceux qui sont restés toutes ces années et ceux qui sont partis bien avant.

Pour ceux qui ont quitté cet environnement, l’emménagement dans un autre cadre n’est pas forcément signe d’évolution positive. Il est le reflet d’une volonté de quitter un déterminisme social et de tenter de se construire un avenir meilleur. Pour autant, nous voyons bien qu’un changement de décor n’est pas suffisant pour trouver la paix. Les éléments extérieurs propres à la fracture sociale et au néo-libéralisme se vivent au quotidien indépendamment de notre localisation. Dans ce film, il se reflète à travers le marché immobilier et ses conséquences.
Pour ceux qui sont restés, la peine est multiple. Il faut accepter le déménagement d’êtres chers, faire face à l’arrivée de voisins déconnectés de leur réalité et tenter de survivre au quotidien. Le destin est tragique d’autant que ceux qui demeurent peuvent être amenés à partir. Cette absence peut être temporaire pour ceux finissant en prison ou définitive pour ceux reposant dans un cercueil. Les rescapés portent ainsi le poids de tous ces maux dans un silence douloureux.
Hormis ces deux trajectoires, nous quittons parfois Jay pour nous positionner aux côtés des nouveaux résidents du quartier. Nous découvrons ainsi à quel point ces individus sont totalement en décalage avec la réalité de leurs voisins. Ces moments mettent en évidence à quel point l’embourgeoisement d’un district s’effectue au détriment de son Histoire préexistante. À l’image des travaux de réfection des maisons nouvellement achetées, l’arrivée de ces personnes impliquent la remise à neuf de la culture locale afin de l’uniformiser avec celle de la culture blanche.

Residue Merawi Gerima Screenshooter
 

Afin de narrer cette tragédie, Merawi Gerima opte pour une mise en scène sensitive pertinente. La caméra se pose toujours à hauteur de ses personnages. Elle est proche d’eux pour saisir leurs émotions et parfois prend une certaine distance par pudeur face à la découverte de leur vécu.
Pour revivre les moments d’antan, un léger filtre est appliqué distordant légèrement l’image. Nous avons ainsi la sensation de plonger dans l’esprit de Jay et de revivre ses souvenirs quelque peu effacés. Loin d’édulcorer sa jeunesse, nous revivons autant d’instants doux que tragiques.
De même, pour accentuer le fait de vivre ce récit à travers Jay, l’auteur incorpore fréquemment des scènes de vie dénuées de dialogue. Nous nous perdons ainsi dans l’environnement sonore et nous concentrons sur l’émotion qui en découle. La scène du parloir synthétise parfaitement la démarche artistique.
Afin d'accentuer notre position omnisciente, la trame narrative ne suit aucune chronologie. Nous sommes plongés dans les pensées du jeune homme. Les scènes s'entremêlent donc sans aucun effet d'annonce.

Au final, Residue est une œuvre se vivant autant qu’elle se visionne. Le rythme lancinant et la déconstruction de la trame temporelle pourraient en déstabiliser certains mais le choix est en cohérence avec l’approche adoptée. L’auteur crée ainsi un premier long-métrage maîtrisé et d’une belle sensibilité.  

 


Residue de Merawi Gerima

mardi 4 janvier 2022

 Tasteful love

Synopsis:

Jadis unis par leur obsession pour la nourriture, une cantatrice vieillissante et un chef cuisinier sur le déclin font face au crépuscule de leur relation amoureuse.

Friandise Rémy Barbe Screenshooter Sylvie Lachat

Mon avis:

Après le funèbre Et le Diable rit avec moi sorti en 2018, Rémy Barbe revient à la réalisation pour nous narrer une nouvelle déception amoureuse avec Friandise.

Prenant place dans un foyer bourgeois, nous découvrons le quotidien de Léon et Adélaïde. L’auteur alterne instants présents et passés. Nous comprenons ainsi comment ces deux êtres se sont rencontrés. Ils mettent en lumière le gouffre séparant les personnes qu’ils étaient à l’époque face à leur situation actuelle. La mise en parallèle de la première rencontre avec leur quotidien crée une synthèse douce-amère d’une histoire d’Amour.
Au commencement sont l’insouciance et la passion de la rencontre. Le temps passe et érode les premiers émois. Les trajectoires personnelles impactent l’histoire commune jusqu’à briser ses fondements. Au final ne reste que des souvenirs que le temps efface, embelli ou enlaidi. La suite n’est que des tentatives pour renouer avec les prémices de l’histoire.
C’est cette dernière étape sur laquelle se concentre le réalisateur. Chapitré tel un menu gastronomique, le court-métrage joue sur la répétition d’une situation pour mieux accentuer le déclin de la relation.
Nous sommes ainsi rapidement immergés dans cet univers se déroulant principalement dans un salon empli des vestiges de leurs prestiges passés et d’un lit ridiculement kitsch. Un environnement banal pour un couple jadis évoluant dans les hautes sphères sociales.

Outre une mise en scène pertinente ponctuée de fulgurances visuelles, Rémy Barbe fait preuve d’une écriture toute en finesse où les joutes verbales autour de l’alimentation tissent une métaphore sur le mal-être amoureux.
La nourriture est le lien qui les (dés)unit et est au centre de leur préoccupation. D’un côté, Léon tente de retrouver son talent d’antan. Les idées ayant fait sa renommée semblent lointaines. Il peine à apporter du renouveau dans sa cuisine et donc dans son couple. De l’autre côté, Adélaïde porte sur elle un mal-être profond que sa boulimie tente de masquer. Sa perte de goût et d’appétit face à son mari sont le reflet de son désir éteint depuis longtemps.
Le récit est ponctué de quelques monologues imagés captivants dévoilant les frustrations des partenaires. Nous nous retrouvons ainsi le témoin malheureux de leurs échecs tant culinaires que sentimentaux. En cela, nous pouvons nous identifier au commis Marco subissant cette situation et les crises de nerf de son patron. Notre position d’omniscient nous permet évidemment d’avoir un tableau plus complet sur le vécu de nos protagonistes.

Friandise Rémy Barbe Screenshooter Pierre Pirol Sylvie Lachat
 

Il est intéressant de mettre en parallèle ce nouveau court-métrage au précédent de l’auteur. Les deux abordent des déceptions amoureuses au sein d’un univers très spécifique : le cinéma underground et la gastronomie. Les protagonistes de ces récits se retrouvent dépassés par leur quotidien et tentent de reprendre un semblant de contrôle dans leur vie.
Là où Et le Diable rit avec moi avait une approche sombre et funeste, Friandise offre ici un soupçon de lumière dans sa trajectoire. L’œuvre est une triste poésie emplie de mélancolie où la méchanceté des personnages n'est que l’expression de leur propre blessure.
Cette nouvelle variante sur l’Amour et ses turpitudes permet au réalisateur de poursuivre et développer son identité visuelle et artistique. L'œuvre est ponctuée de séquences imprégnant la rétine tant par leur beauté plastique que par ce qu’elle retranscrit émotionnellement.

En somme, Friandise est un mets riche tantôt doux, acide ou amer. Tout comme le ferait un chef cuisinier, Rémy Barbe soigne sa présentation pour allier un fond dense et une forme captivante. Au fil du temps, l’auteur se constitue une filmographie passionnante révélant une magnifique patte artistique. Il nous tarde de découvrir ce que nous réservent ses futurs projets.

Friandise de Rémy Barbe

lundi 3 janvier 2022