Étiquette : drame

PIFFF 2022 : Courts-métrages français

PIFFF 2022 : Courts-métrages français

L’homme à la Mercedes pourpre de Marine Levéel : Suivant le parcours d’une sexagénaire, l’autrice retranscrit le poids d’une douleur longuement étouffée. Nous observons les conséquences d’un événement tragique dans son quotidien.Ici, le fantastique s’ancre subtilement dans le réel. La menace planante n’a d’abstrait que son 

Athena de Romain Gavras

Athena de Romain Gavras

Co-fondateur du collectif Kourtrajmé, Romain Gavras s’est forgé une carrière cinématographique discrète entre clips musicaux pour des artistes renommés (Justice, M.I.A) et long-métrages atypiques (Notre jour viendra, Le monde est à toi). Scénarisé conjointement avec Ladj Ly, ce nouveau projet est l’opportunité de bénéficier d’une 

Escape from Mogadishu de Ryu Seung-wan

Escape from Mogadishu de Ryu Seung-wan

Œuvrant pour le cinéma sud-coréen depuis le début du XXIème siècle, Ryu Seung-wan s’est fait remarquer à de nombreuses reprises notamment avec City of violence, The unjust et surtout Battleship Island.
Ce nouveau long-métrage trouve une continuité avec sa précédente création. L’auteur poursuit son exploration de l’Histoire nationale.
Nous quittons cette fois les côtes de l’Océan Pacifique de la Seconde Guerre Mondiale pour nous perdre dans les contrées africaines des années 90.

 

Passé un texte introductif nous expliquant la situation politique de la Somalie, nous découvrons les membres de l’ambassade sud-coréenne en mission diplomatique. La fin de la Guerre Froide redéfinit les enjeux entre les différents pays. Tout le monde tente de se positionner sur l’échiquier mondial afin d’assurer autant leur sécurité que leur prospérité.
Nous comprenons ce contexte à travers les échanges des différents protagonistes. Nous apprenons aussi leur identité et rôle respectif. Les relations se dessinent à travers les interactions entre les nombreuses factions que cela soit entre les différentes ambassades qu’au sein de la société somalienne.
L’auteur prend le temps de développer cette exposition afin de nous faire prendre conscience de l’ampleur du drame à venir. En agissant ainsi, une tension latente s’installe ne demandant qu’à exploser.
Le point de rupture est atteint brutalement lorsqu’une insurrection se manifeste dans les rues et finit par toucher nos protagonistes. La suite des événements retranscrit une mission d’exfiltration menée de bout en bout par des civils.

Trois hommes exterieur jour

La spécificité de l’œuvre réside assurément dans ce détail. La grande majorité des individus que nous suivons sont de simples citoyens effectuant un travail administratif. Ils n’ont aucune formation pour affronter de tels dangers.
Nous les accompagnons donc dans leurs errements pour tenter de s’extirper de ce péril imminent.
La mécanique du récit repose donc sur une dynamique de groupe. Chaque décision émane de concertations et de conflits internes. Ces accrochages sont d’autant plus clivants qu’ils finissent par inclure des personnes venant d’autres ambassades aux convictions politiques opposées.
En effet, nous suivons dans un premier temps la trajectoire de la Corée du Sud et observons de loin les actions des autres pays. Une fois l’insurrection amorcée, l’auteur nous inclut aux côtés des citoyens nord-coréens.

L’œuvre couple son fil rouge à une confrontation entre deux frères supposément ennemis. Le fait d’affronter un danger imminent les pousse donc à une collaboration précaire, instable mais pour autant vitale.
Nous ressentons ainsi de l’empathie pour ces protagonistes. Leurs tentatives de survie et leur solidarité créent une proximité avec le spectateur. À travers cette approche, nous comprenons que la volonté du réalisateur n’est pas de fournir un film de guerre mais plutôt un drame humain se déroulant en zone de conflits. Cette nuance se ressent dans le soin apporté aux personnalités de chacun ainsi les interactions inhérentes.
En agissant de la sorte, les scènes d’actions sont d’autant plus prenantes. La mise en scène participe à véhiculer la tension de ces moments. Ce ressenti est aussi décuplé par l’affect que nous avons pour ces étrangers cherchant désespérément une issue.
Le film trouve ainsi son rythme entre les moments de concertation et ceux de prise de décision.

 

Au final, Escape from Mogadishu rempli parfaitement son contrat entre développement de protagonistes pertinent et moments de tension prenants. Ryu Seung-wan poursuit ainsi sa carrière avec succès. Il nous tarde de découvrir ses futurs projets.

The Medium de Banjong Pisanthanakun

The Medium de Banjong Pisanthanakun

Réalisateur thaïlandais à la carrière discrète, Banjong Pisanthanakun s’était fait remarquer au début du siècle avec l’efficace Shutter. Œuvre ayant d’ailleurs bénéficié d’un remake américain insipide. Une vingtaine d’années plus tard, nous le retrouvons avec The Medium dont le producteur n’est nul autre que l’homme 

Euphoria saison 2 de Sam Levinson

Euphoria saison 2 de Sam Levinson

Après un détour par Netflix avec l’entraînant Malcom & Marie, Sam Levinson nous offre une deuxième saison de son percutant Euphoria. En 2019, nous découvrons un panel d’adolescents approchant dramatiquement de l’âge adulte. Les huit premiers épisodes ont permis de prendre nos marques dans cette 

Des de Luke Neal

Des de Luke Neal

Acteur à la carrière discrète, Luke Neal passe à la création pour lTV avec cette mini-série. Pour nous narrer l’affaire Dennis Nilsen, l’auteur s’entoure d’acteurs rodés à l’exercice tel que Daniel Mays et David Tennant.

Le choix de ce fait criminel est loin d’être anodin. Nous avons l’habitude de suivre une chasse à l’homme afin d’arrêter un tueur en série de poursuivre ses méfaits. Dans notre cas, nous avons des enquêteurs découvrant l’existence d’un meurtrier potentiel lors d’un banal contrôle dans un immeuble. La série suit donc l’instruction judiciaire et se focalise principalement sur la psyché du coupable présumé.
Cette approche explique grandement le format adopté. Les trois épisodes forment un triptyque sur le traitement juridique de cette affaire et le reflet de la politique sociale de cette époque.

Pour dresser ce tableau glaçant, nous naviguons entre les différents partis impliqués.
Le tueur nous offre sa psyché. À travers ses déclarations, nous comprenons ses mécanismes entraînant la mort d’autrui. Il est la conséquence dramatique de l’abandon des classes sociales les plus pauvres. Leur invisibilisation, leur marginalisation sont propices à l’élimination en toute discrétion de leur corps.

Les enquêteurs deviennent des archéologues dont l’objectif est de retrouver les vestiges des victimes afin de retracer l’Histoire. Nous découvrons une autre approche de ce métier. Le but n’est pas de stopper une extermination en cours mais de fournir les pièces nécessaires à la justice pour honorer la mémoire des morts.

Le biographe quant à lui se retrouve dans une posture inconfortable emplie de dilemmes moraux. Il évolue en équilibre constant entre la neutralité du regard, l’intimité développée avec l’interlocuteur et le devoir envers la société.
Ces trois entités nous permettent de suivre pleinement cette affaire juridique. Elles ne cessent de se confronter et ainsi de mettre à l’épreuve leurs convictions.

L’ensemble de l’œuvre repose sur ses protagonistes et leurs interactions. Les tensions naissent de ce jeu macabre consistant à récolter les preuves inculpant une personne évidemment coupable. Nous observons cette entreprise d’un point vue humain. Nous voyons comment elle impacte psychologiquement les personnes impliquées autant les proches des victimes que les policiers cherchant à rendre justice.
Cette approche met en exergue la politique sociale de cette période. Chaque protagoniste se situe dans une classe sociale différente. Ce positionnement influe sur leur lecture des évènements et l’impact qu’ils provoquent dans leurs convictions.
Ce soin apporté à l’écriture des personnages et la reconstitution de cette affaire compense largement le travail académique du metteur en scène. D’autant que les acteurs offrent une interprétation des plus justes.

En somme, Des est une très bonne série offrant une retranscription pertinente et intéressante d’une affaire criminelle peu connue. Le format adopté permet d’avoir une compréhension complète du récit sans souffrir de longueurs.

The Blind Man Who Did Not Want to See Titanic de Teemu Nikki

The Blind Man Who Did Not Want to See Titanic de Teemu Nikki

Amorçant sa carrière en 1995 avec Möykky, Teemu Nikki a depuis réalisé une vingtaine de court-métrages, participé à quatre séries et tourné deux films. The blind man… est son second long. Pour narrer le périple de son protagoniste, l’auteur opte pour une immersion totale. La 

Furie d’Olivier Abbou

Furie d’Olivier Abbou

Après avoir réalisé quelques courts-métrages entre 1998 et 2004 et la mini-série Canal + Madame Hollywood, Olivier Abbou passe au format long en 2007 avec le méconnu Territoires. Dix années plus tard, l’auteur revient nous présenter son second film. Ouvrant sur une douce soirée d’été 

Arthur Rambo de Laurent Cantet

Arthur Rambo de Laurent Cantet

Quatorze années après Entre les murs, Laurent Cantet retrouve Rabah Naït Oufella pour incarner le personnage principal de son nouveau film. Le récit s’inspire d’un fait médiatique datant de 2017 impliquant l’écrivain Mehdi Meklat.

L’œuvre amorce alors que notre jeune auteur est en pleine ascension. Nous le découvrons à travers une émission télé afin de promouvoir la sortie de son roman. Cette couverture médiatique et l’effervescence des réseaux sociaux contaminent autant le rythme du récit que l’écran via l’apparition d’avis numériques. Nous sommes transportés dans divers lieux et rencontrons ainsi les différents protagonistes gravitant autour de Karim D. Nous ressentons parfaitement le phénomène littéraire que représente cette personne.
Lorsque l’ensemble de ces informations sont assimilées, des éléments disruptifs font leur apparition à travers des tweets. Leur fréquence augmentera jusqu’à quitter la sphère virtuelle et mettre un terme à la sacralisation de notre homme.
La suite des événements nous aidera pour comprendre les raisons de ce compte Twitter passé et les conséquences sur sa situation présente.

Durant l’entièreté du récit, le réalisateur nous balade au sein de Paris et de sa banlieue. L’écrivain en déchéance se confronte à ses différentes connaissances et doit faire face à leur réaction.
Ces rencontres permettent à ses interlocuteurs ainsi qu’aux spectateurs de tenter de comprendre sa démarche. Nous cernons mieux sa personnalité et certaines contradictions entre ses actes, son visage public et sa vie privée.
Il est par exemple étonnant de voir Karim D. compétent lorsqu’il s’agit de retracer le parcours de sa matriarche et son combat tout en étant incapable d’effectuer une introspection vis-à-vis de son comportement passé. Alors que le début du film nous présentait l’émergence d’un homme accompli, la suite nous montre qu’il reste juvénile sur bien des aspects. Il est incapable de remettre en question la portée de ces écrits, que l’humour n’est pas un argument suffisant pour les justifier et qu’il peut devenir un mécanisme d’oppression.
Cette déchéance montre aussi l’importance de l’identité numérique dans notre vie réelle. Le digital n’est plus un univers décorrélé de notre quotidien. Il en est devenu une partie intégrante. Cette prise de conscience est loin d’être établie encore dans notre société. L’écrivain sera d’ailleurs confronté directement à cette réalité lorsqu’il découvrira l’impact de son comportement passé sur un proche.

Arthur Rambo Laurent Cantet Rabah Naït Oufella Screenshooter

Un autre sujet exposé en trame de fond est l’exemplarité demandée aux individus issus d’une minorité ethnique. S’extraire d’un déterminisme social précaire est déjà une charge physique et mentale importante. À cela s’ajoute une épée de Damoclès permanente où chaque faux pas entraînera une mise au pilori. En cela, ces personnes sont plus fragiles face à une société cannibalisant ses citoyens qu’elle considère de seconde zone.
C’est ce qu’expérimente Karim dans cette situation. Sa culpabilité dans les propos tenus est indéniable. Pour autant, le traitement appliqué est à questionner. La situation aurait-elle été traitée de la même façon pour une personne issue d’un milieu plus aisé ? L’auteur donne des éléments de réponse à travers la réaction de sa sphère intime.

Par ailleurs, la retranscription des événements sur une temporalité si réduite apporte une énergie. Nous ressentons l’urgence ressentie par le jeune homme tentant de sauver le peu qu’il lui reste alors que sa carrière s’écroule totalement. Cette personne initialement bien entourée se retrouve brusquement isolée et démunie. L’auteur opte ainsi pour une trajectoire directe des événements, sans digression et évite ainsi toute baisse de régime. Nous enchaînons les confrontations et glanons nos informations dans l’action.

En somme, Laurent Cantet réussit à reprendre un sujet issu d’un fait divers pour offrir une analyse sur notre identité numérique, la fracture sociale en France et le racisme latent imprégnant chacun de nous.

Residue de Merawi Gerima

Residue de Merawi Gerima

Fils du cinéaste éthiopien Haile Gerima, membre du mouvement cinématographique L.A. Rebellion, Merawi Gerima semble prolonger la démarche de son père avec sa première réalisation. Ouvrant sur un rassemblement festif en pleine rue, nous sommes plongés dans un environnement urbain au plus proche des individus