Le diable n’existe pas de Mohammad Rasoulof

 Death sentence

Synopsis :

Iran, de nos jours. Heshmat est un mari et un père exemplaire mais nul ne sait où il va tous les matins. Pouya, jeune conscrit, ne peut se résoudre à tuer un homme comme on lui ordonne de le faire. Javad, venu demander sa bien-aimée en mariage, est soudain prisonnier d’un dilemme cornélien. Bharam, médecin interdit d’exercer, a enfin décidé de révéler à sa nièce le secret de toute une vie. Ces quatre récits sont inexorablement liés. Dans un régime despotique où la peine de mort existe encore, des hommes et des femmes se battent pour affirmer leur liberté.

Le diable n’existe pas de Mohammad Rasoulof

MON AVIS :

Huitième long-métrage de Mohammad Rasoulof, Le Diable n’existe pas est une anthologie de quatre courts-métrages. Le choix adopte ce format afin de faire face aux contraintes lui étant imposées dans son pays. En effet suite à la sortie de son précédent film, Un homme intègre, le réalisateur a été jugé coupable d’activités nuisant au régime iranien.
Cette peine l’empêche d’exercer son métier dans les meilleures conditions. Afin de concrétiser son dernier projet, il fait donc appel à quatre assistants s’occupant respectivement d’un segment. L’ensemble est supervisé par son chef opérateur afin de conserver une cohérence générale et la patte de l’artiste.

Le premier court-métrage est un prologue lent mais efficace annonçant le fil conducteur. Nous découvrons le quotidien d’un père de famille. Le récit se concentre sur différents instants de vie. Une morne banalité nous permettant de découvrir la routine d’un citoyen lambda.
Ces séquences nous permettent de cerner la dynamique entre les membres de cette famille. Ils créent ainsi un cadre de vie commun pour ce patriarche. Nous sommes amenés à nous reconnaître au sein de son parcours.
L’ensemble est mis au service d’un final imprévisible et percutant. Les derniers instants de cette histoire nous poussent à analyser une seconde fois ce qui nous a été présenté.
Le titre de ce court, éponyme au film, n’est pas anodin. Il rappelle que le Mal n’est incarné par personne d’autres que l’Homme.

L’intrigue suivante se focalise sur une personne effectuant son service militaire. Il est assigné au rôle de bourreau. Cette tâche qu’il rechigne à effectuer donnera lieu à divers échanges avec ses collègues de fortune.
Ces différentes interactions nous éclairent sur l’organisation sociétale autour de ce service militaire obligatoire. Pour s’assurer une vie future confortable, les Iraniens doivent passer par cette étape. Dans le cas contraire, une vie de renégat ou d’exilé s’offre à eux.
Ce deuxième segment détonne avec le précédent. Le quotidien morose du père de famille est remplacé par l’urgence d’une solution pour ce gardien. La caméra est constamment en mouvement, collant au maximum son protagoniste. Nous ressentons son désarroi, ses doutes sur sa capacité à aller au bout de cette entreprise.
Nous ressentons chacun des tourments qui traverse notre gardien. La situation est oppressante. Nous sommes tenus en haleine jusqu’à la dernière minute.

Le diable n'existe pas Mohammad Rasoulof Screenshooter

Le troisième acte nous fait quitter la ville étouffante et son environnement bétonné. Nous sommes emmenés dans la partie boisée de ce pays.
Le contraste est criant. L’aseptisation du décor laisse place à une nature riche en couleur. Le bruit motorisé d’une cité en mouvement est remplacé par la mélodie d’un ruisseau, du vent caressant les arbres.
Malgré ce changement de localisation, la réalité politique du pays se rappelle à ses autochtones. Nous découvrons comment certains vivent en marge du système et subissent l’oppression.
Ce nouveau lieu nous est présenté à travers le retour d’un ami de la famille. Le temps qu’il rattrape depuis sa dernière visite nous apporte les informations nécessaires pour identifier les différents protagonistes.
Cet épisode présente les conséquences du régime politique mis en place. La dynamique du récit joue sur des dualités : la célébration d’un évènement tragique et d’un autre festif, l’arrivée d’une personne conséquence du départ d’un autre. Il est ainsi montré comment sont fabriqués les criminels et instrumentalisés les bourreaux.
Comme précédemment, les informations glanées lors des précédents récits sont mises à profit au sein de cette nouvelle intrigue.

Dans son ultime chapitre, nous nous enfonçons d’autant plus en Iran. Nous atterrissons en pleine montagne. Le retour temporaire d’une exilée au sein d’un couple d’amis permet d’analyser leur mode de vie proche de l’autarcie. Nous approfondissons ainsi notre compréhension des solutions alternatives face au dogme imposé par le gouvernement.
L’intrigue joue sur le motif mystérieux nécessitant le retour de la jeune fille. Au fil du temps, nous sommes amenés à faire nos propres déductions en fonction des éléments exposés. L’auteur distille différentes informations brouillant nos pistes.
Une tension latente est ainsi instillée. Elle contrebalance la quiétude du quotidien. Nous sommes aux aguets à la recherche du moindre indice. Nous redoutons le point de bascule tant le dénouement est incertain. La révélation est un mélange d’émotions allant du soulagement à la tristesse.

En quatre temps, Mohammad Rasoulof décortique le fonctionnement du service militaire. Nous sommes happés par ces récits et sa retranscription d’un système strict produisant soit des marginaux soit des êtres détachés de la réalité. Une œuvre prenante qui ne risque pas de faire revenir le réalisateur dans les faveurs de son gouvernement.



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