Furie d’Olivier Abbou

 Private property

Synopsis :

Le temps des vacances d'été, Chloé et Paul Diallo prêtent leur maison à la nounou de leur fils. À son retour de voyage, la famille Diallo trouve porte close : les serrures ont été changées et les occupants déclarent être chez eux. Pour Paul, c'est le début d'un combat qui va faire vaciller son couple, ses valeurs et son humanité.

Furie d’Olivier Abbou

MON AVIS :

Après avoir réalisé quelques courts-métrages entre 1998 et 2004 et la mini-série Canal + Madame Hollywood, Olivier Abbou passe au format long en 2007 avec le méconnu Territoires. Dix années plus tard, l’auteur revient nous présenter son second film.

Ouvrant sur une douce soirée d’été en pleine nature, nous découvrons Paul et sa famille profitant de la fin de leurs vacances. Ce moment d’accalmie sera le dernier qu’ils partageront puisque le retour vers leur foyer sera le début d’un long combat pour récupérer leur propriété. Pour mieux nous immerger dans ce récit, nous suivons scrupuleusement chacune des tentatives du couple pour récupérer leur bien. Ce lent processus nous permet de mieux ressentir l’épuisement d’une telle démarche. Nous observons au plus près l’érosion naissant au sein du couple.
Il est captivant d’analyser la personnalité respective de Chloé et Paul. D’un côté, nous avons une femme énergique, extravertie et abordant avec recul et sérénité la situation présente. De l’autre côté, nous avons un mari discret, d’un calme apparent mais animé d’une rage palpable face à cette dépossession.
Cette opposition de caractères et d’attitude face à leur réalité crée une dynamique dans le récit. Ces différents échanges sur la façon de gérer cette situation nous permettent de comprendre l’évolution de leur état d’esprit. Un fossé se creuse entre ces deux individus. Nous le constatons à travers le prisme de Paul. Nous voyons comment son quotidien est chamboulé par cet événement. Nous observons le glissement qu’il opère à mesure que les échecs s’accumulent.
Une dualité éclot ainsi en lui entre son socle social dans lequel il s’ancre et l’émergence de sentiments plus viscéraux. En effet, nous comprenons via ses interactions qu’il s’est construit sa place actuelle à force d’abnégation de soi pour être un citoyen modèle. Nous déduisons que pour éviter toutes remarques en lien avec sa couleur de peau ou ses origines, il a bâti une personnalité lisse évitant ainsi tout conflit. Ce combat juridique remet ainsi en question l’ensemble de son parcours.

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Olivier Abbou opte donc pour la retranscription d’un drame social où les enjeux sont multiples. Nous avons les motivations individuelles, voire égocentriques, de Paul le menant à fréquenter un nouvel entourage bien différent de son quotidien. En fil rouge, nous avons cette volonté commune du couple à retrouver leur foyer et leur harmonie.
Ces deux trames se jouent en parallèle et font se croiser l’ensemble des personnages impliqués dans cette histoire. On obtient ainsi un rythme lancinant mais tendu. Cette tension devient de plus en plus palpable à mesure que le désespoir de Paul grandit. Nous ressentons la lutte interne qui l’habite ainsi que les conséquences de ses errements envers son entourage.

L’auteur retarde au maximum le point de rupture. Il peut ainsi approfondir la psychologie de ses personnages. Les différentes interactions nous rapprochent de ces individus. Nous ressentons de l’empathie ou de l’aversion face aux situations vécues. Ce ressenti est mis à profit dans un final tétanisant.
En effet, les derniers instants de l’œuvre basculent dans un home invasion âpre et intense. Il met à mal les sentiments nourris pour ces protagonistes. Cette conclusion logique sonne comme un châtiment infligé au patriarche pour son incapacité à se décider sur la démarche à adopter.

En somme, Furie est un rude voyage aux côtés d’un individu en pleine dualité. L’approche est pertinente. L’auteur offre une réalisation des plus juste pour nous immerger dans ce périple.
En attendant un nouveau long métrage tout aussi captivant, nous pourrons retrouver l’artiste à la création d’une nouvelle série Arte intitulé Les papillons noirs.



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