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 Endless retaliation

Synopsis:

Un trafiquant de drogue en quête de repos. Un infirmier en quête de vengeance. Un carrefour où personne n'est en sécurité.

Quien a hierro mata Paco Plaza Screenshooter

Mon avis :

Émergeant aux débuts des années 2000 lors du renouveau de la vague horrifique espagnol, Paco Plaza fait partie des réalisateurs mineures de ce courant. Il fut connu du grand public principalement pour sa collaboration avec Jaume Balaguero pour la saga [REC].
C’est donc avec une certaine curiosité que nous retrouvons l’auteur ibérique dans ce drame sur fond de vengeance avec l’excellent Luis Tosar dans le premier rôle.

Nous sommes amenés à suivre parallèlement la trajectoire de Mario, infirmier dans une maison de retraite, et Antonio Padin, mafieux en passe de raccrocher. Outre les instants où ces deux hommes se retrouvent, l’auteur prend le temps de développer leur trajectoire respective.
D’un côté, nous découvrons le quotidien de ce soignant sur le point de devenir père. L’arrivée de ce nouveau résident va chambouler la routine paisible de cet homme. Nous assistons à sa descente aux enfers motivée par sa volonté d’honorer ses morts.
De l’autre, nous suivons la succession difficile entre le patriarche et sa descendance. Ce récit sous forme d’intrigue policière permet de rythmer l’ensemble. Il injecte des confrontations dans un ensemble relativement calme, en apparence du moins.
L’auteur navigue entre le milieu médical et criminel de manière fluide en faisant se croiser ces deux univers au détour de diverses rencontres. Nous prenons le temps ainsi de découvrir l’ensemble des protagonistes sans perdre le fil rouge du récit.

Quien a hierro mata Paco Plaza Screenshooter

Un aspect déroutant dans le film est la lenteur de sa progression. Les œuvres traitant de vengeance nous ont habitué à un rythme effréné passé un premier segment posant les bases. Dans Quien a Hierro Mata, la loi du talion adoptée par notre infirmier est plus pernicieuse. Une approche plus en accord avec l’identité de l’homme. Nous observons donc le quotidien de l’ensemble des personnages et la façon dont cet engrenage meurtrier impact leur entourage.
Ce traitement permet de crédibiliser le récit et de renforcer l’empathie pour nos personnages. Nous sommes plus enclins à comprendre les désirs meurtriers de Mario. Ses motivations et sa vulnérabilité sont des atouts indéniables au sein de cette œuvre. Paco Plaza a l’intelligence de ne pas transformer ce simple infirmier en machine à tuer implacable. En cela, l’œuvre se positionne en tant que film dramatique sous fond de vengeance.
La trajectoire policière se concentrant sur le devenir du clan Padin reste une trame anecdotique car prévisible. Elle a pour but principal de dynamiser le fil rouge en parasitant les plans de Mario. Les individus de cet univers ne sont pas pour autant de simples artifices narratifs. Leurs présences seront mises à profit lors de moments clés. Chaque personnage a son rôle à jouer dans ce lent engrenage meurtrière.

En somme, Quien a Hierro Mata est une agréable surprise. En refusant de plonger tête baissée dans l’action pure propre au sujet, le réalisateur développe ses personnages et en joue pour créer des instants éprouvants. Le final est une conclusion parfaite d’une noirceur étonnante mais cohérente. Il nous rappelle que les voies de la vengeance sont des spirales infernales où personne n’en sort indemne. 

 


 

Quien a hierro mata de Paco Plaza

lundi 22 mars 2021

 Belief

Synopsis:

Dans les montagnes de l'Atlas, Abdellah, un jeune berger, et son père sont bloqués par la neige dans leur bergerie. Leurs bêtes dépérissant, Abdellah doit s'approvisionner en nourriture dans un village à plus d'un jour de marche. Avec son mulet, il arrive au village et découvre que celui-ci est déserté à cause d'un curieux événement qui a bouleversé tous les croyants.

Qu'importe si les bêtes meurent Sofia Alaoui Screenshooter

Mon avis:

Remarqué dans divers festivals à travers le monde, notamment Sundance où il reçut le Grand Prix du Jury, Qu’importe si les bêtes meurent est le dernier court-métrage en date de Sofia Alaoui.

L’autrice nous place aux côtés d’Abdellah. Ce jeune éleveur en chemin pour soigner une de ses bêtes malades va être confronté à une situation inattendue. Cet événement va pousser le jeune homme à éprouver ses croyances. L’ensemble du périple adopte son point de vue. Les diverses rencontres qu’il fait sur son chemin permettent d’opposer ses convictions à celles des autres. On peut ainsi se retrouver à travers les paroles de certains individus dans leur analyse de la situation et leur façon de l’appréhender. La paradoxale quiétude de l’environnement permet de nous concentrer sur ces interactions et leur portée.
Afin que la forme ne parasite pas le propos développé, la réalisatrice opte pour une retranscription anti-spectaculaire de son récit. L’incursion de l’élément science-fictionnel n'est qu’un outil pour mieux développer son sujet. Cette approche s’accorde autant au format court qu’à un budget qu’on imagine peu propice pour un déferlement d’effets spéciaux.

Qu'importe si les bêtes meurent Sofia Alaoui Screenshooter

Pour autant, l’œuvre n’est pas dénuée de qualité formelle. Tout au long de ce voyage, la réalisatrice nous offre de magnifiques plans mettant en valeur son environnement désertique. On découvre ainsi un paysage nord-africain méconnu dans nos contrées. Ces instants s’accordent parfaitement avec le sujet tant la Terre et le Ciel semblent avoir fait scission. Il se dégage une sensation d’irréelle lors de ces moments.
Ces scènes permettent aussi de mesurer l’avancée de la menace. Dans cette expédition dépourvue de repère temporel, ces traînées dans le ciel officient comme un compte à rebours inquiétant. Une tension constante est ainsi instillée permettant de retranscrire l’urgence des enjeux.

En moins de trente minutes, Sofia Alaoui nous livre une œuvre captivante. Le recours au surnaturel pour questionner nos croyances sonne juste. Bien que réduit en une menace latente et lointaine, cette présence indicible se ressent dans chaque plan autant dans ces rues désertiques que dans ces étendues sauvages étrangement illuminées. À cela s’ajoute un souci du détail dans l’écriture et une conclusion autant surprenante que pertinente.
Il n’est donc guère étonnant que l’œuvre rencontre un tel succès à travers sa tournée des festivals et qu’elle soit nominée pour les César 2021 dans la catégorie Meilleur Film de Court Métrage.


Jusqu’au 17 mars, il est possible de visionner gratuitement le court-métrage sur la plateforme France TV : https://www.france.tv/france-2/histoires-courtes/2292285-qu-importe-si-les-betes-se-meurent.html   


Qu'importe si les bêtes meurent de Sofia Alaoui

mercredi 3 mars 2021