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Scare me de Josh Ruben

lundi 26 juillet 2021

 Tell me a story

Synopsis:

Fred, un rédacteur frustré, s'installe dans une cabane pour commencer enfin son premier roman. Il rencontre Fanny, une jeune auteure d'horreur à succès et pleine de suffisance. Lors d'une panne de courant, Fanny met Fred au défi de raconter une histoire effrayante...

Scare me Josh Ruben

Mon avis:

L’univers horrifique nous berce depuis des décennies avec des anthologies que ce soit sous forme de comics avec Creepshow, de séries avec American Horror Story ou de films avec The Mortuary Collection.
Dans le septième art, il est courant de se retrouver avec des œuvres à la qualité variable et au fil rouge inexistant. Certains assument le délaissement de leur trame de fond pour se concentrer sur les sketches uniquement. C’est le cas de la saga V/H/S.
Il est par contre difficilement concevable qu’une anthologie se concentre sur son fil rouge plutôt que sur ses récits annexes. C’est pourtant ce que propose Josh Ruben.

Dans cette œuvre, nous sommes placés aux côtés de Fred. Le trajet le menant jusqu’au chalet donne la tonalité de l’œuvre. Nous avons un mélange d’humour et de références cinématographiques ponctuant les échanges entre la conductrice et notre protagoniste.
L’auteur prend ensuite le temps de nous présenter les lieux et les raisons amenant à ce huis-clos. Une fois ces éléments acquis, l’œuvre prend une tournure peu conventionnelle en nous invitant à plonger pleinement dans une joute verbale imagée et imaginative.
En effet, le récit reste ancré dans son lieu d’origine, le chalet et ses environs. Les histoires narrées ne sont en aucun cas des moments d’évasions. Leur présence est toute autre. Elles sont des dynamiques entre les protagonistes.

À travers les contes se jouent un combat d’égo entre deux individus diamétralement opposés.
D’un côté nous avons Fred. Il occupe un emploi quelconque en tant que cadre et rêve d’être un écrivain à succès.
De l’autre nous avons Fanny. Elle a connu la renommée suite à un livre horrifique et travaille sur son futur projet.
Cette rencontre entre deux trajectoires antagonistes provoque une confrontation riche en faux-semblants.
L’homme tente de prouver qu’il a les capacités nécessaires pour devenir romancier tandis que la femme offre une démonstration de son talent à cet auditoire réduit.
Le récit alterne donc entre ces récits et des moments d’analyse de la performance proposée. Au fil du temps, les enjeux évoluent et la frontière entre création et réalité se brouille afin d’accentuer la tension entre les personnages.

Scare me Josh Ruben Screenshooter Aya Cash
 

Afin de compenser son unité de lieu et de temps, l’auteur se repose entièrement sur sa mise en scène.
Plus que de simples narrateurs, le duo joue les différents rôles au sein de leurs contes. Il est captivant d’assister à leur performance. L’environnement est mis à profit afin de faciliter l’immersion. De même, bien que se déroulant dans le chalet, les effets sonores se synchronisent avec les fictions contées.
À défaut de nous montrer l’adaptation visuelle de leurs propos, nous avons la possibilité de nous imaginer les scènes en nous basant sur ces éléments.
Le spectateur devient ainsi l’audience privée de sketchs qui ne verront jamais le jour. Il est attendu de sa part une certaine implication afin de se projeter dans ces fictions.
De par cette approche, Scare Me adopte une posture théâtrale dans sa mise en scène : l’unité de décors, les artifices visuels et sonores, le jeu d’acteur haut en couleur. Nous avons ainsi une structure hybride où la cinématographie laisse place au spectacle vivant à différents instants. Une approche paradoxale sachant que le cinéma est considéré comme un spectacle mort.
Les entractes entre les différentes scènes permettent d’évaluer la prestation offerte et l’impact sur la dynamique entre les personnages. Cette alternance entre les représentations donne un rythme à l’œuvre. De même, l’auteur injecte de nouveaux éléments constamment afin d’éviter une monotonie dans les évènements.
Une fois le concept assimilé et accepté, le récit ne cesse de se renouveler et se diversifier.

En somme, l’œuvre repose l’ensemble de son univers sur le concept énoncé. Le ressenti du spectateur vis-à-vis de cette expérience dépendra de son acceptation au concept.
On retrouve dans tous les cas des qualités de mise en scène indéniables. Le film est une excellente carte de visite pour Josh Ruben. Sa proposition horrifique est pertinente et montre sa parfaite compréhension des mécanismes inhérents au genre.
On espère que son prochain projet, Werewolves within, permettra de confirmer les promesses esquissées dans ce premier long. 



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