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 Tell me a story

Synopsis:

Fred, un rédacteur frustré, s'installe dans une cabane pour commencer enfin son premier roman. Il rencontre Fanny, une jeune auteure d'horreur à succès et pleine de suffisance. Lors d'une panne de courant, Fanny met Fred au défi de raconter une histoire effrayante...

Scare me Josh Ruben

Mon avis:

L’univers horrifique nous berce depuis des décennies avec des anthologies que ce soit sous forme de comics avec Creepshow, de séries avec American Horror Story ou de films avec The Mortuary Collection.
Dans le septième art, il est courant de se retrouver avec des œuvres à la qualité variable et au fil rouge inexistant. Certains assument le délaissement de leur trame de fond pour se concentrer sur les sketches uniquement. C’est le cas de la saga V/H/S.
Il est par contre difficilement concevable qu’une anthologie se concentre sur son fil rouge plutôt que sur ses récits annexes. C’est pourtant ce que propose Josh Ruben.

Dans cette œuvre, nous sommes placés aux côtés de Fred. Le trajet le menant jusqu’au chalet donne la tonalité de l’œuvre. Nous avons un mélange d’humour et de références cinématographiques ponctuant les échanges entre la conductrice et notre protagoniste.
L’auteur prend ensuite le temps de nous présenter les lieux et les raisons amenant à ce huis-clos. Une fois ces éléments acquis, l’œuvre prend une tournure peu conventionnelle en nous invitant à plonger pleinement dans une joute verbale imagée et imaginative.
En effet, le récit reste ancré dans son lieu d’origine, le chalet et ses environs. Les histoires narrées ne sont en aucun cas des moments d’évasions. Leur présence est toute autre. Elles sont des dynamiques entre les protagonistes.

À travers les contes se jouent un combat d’égo entre deux individus diamétralement opposés.
D’un côté nous avons Fred. Il occupe un emploi quelconque en tant que cadre et rêve d’être un écrivain à succès.
De l’autre nous avons Fanny. Elle a connu la renommée suite à un livre horrifique et travaille sur son futur projet.
Cette rencontre entre deux trajectoires antagonistes provoque une confrontation riche en faux-semblants.
L’homme tente de prouver qu’il a les capacités nécessaires pour devenir romancier tandis que la femme offre une démonstration de son talent à cet auditoire réduit.
Le récit alterne donc entre ces récits et des moments d’analyse de la performance proposée. Au fil du temps, les enjeux évoluent et la frontière entre création et réalité se brouille afin d’accentuer la tension entre les personnages.

Scare me Josh Ruben Screenshooter Aya Cash
 

Afin de compenser son unité de lieu et de temps, l’auteur se repose entièrement sur sa mise en scène.
Plus que de simples narrateurs, le duo joue les différents rôles au sein de leurs contes. Il est captivant d’assister à leur performance. L’environnement est mis à profit afin de faciliter l’immersion. De même, bien que se déroulant dans le chalet, les effets sonores se synchronisent avec les fictions contées.
À défaut de nous montrer l’adaptation visuelle de leurs propos, nous avons la possibilité de nous imaginer les scènes en nous basant sur ces éléments.
Le spectateur devient ainsi l’audience privée de sketchs qui ne verront jamais le jour. Il est attendu de sa part une certaine implication afin de se projeter dans ces fictions.
De par cette approche, Scare Me adopte une posture théâtrale dans sa mise en scène : l’unité de décors, les artifices visuels et sonores, le jeu d’acteur haut en couleur. Nous avons ainsi une structure hybride où la cinématographie laisse place au spectacle vivant à différents instants. Une approche paradoxale sachant que le cinéma est considéré comme un spectacle mort.
Les entractes entre les différentes scènes permettent d’évaluer la prestation offerte et l’impact sur la dynamique entre les personnages. Cette alternance entre les représentations donne un rythme à l’œuvre. De même, l’auteur injecte de nouveaux éléments constamment afin d’éviter une monotonie dans les évènements.
Une fois le concept assimilé et accepté, le récit ne cesse de se renouveler et se diversifier.

En somme, l’œuvre repose l’ensemble de son univers sur le concept énoncé. Le ressenti du spectateur vis-à-vis de cette expérience dépendra de son acceptation au concept.
On retrouve dans tous les cas des qualités de mise en scène indéniables. Le film est une excellente carte de visite pour Josh Ruben. Sa proposition horrifique est pertinente et montre sa parfaite compréhension des mécanismes inhérents au genre.
On espère que son prochain projet, Werewolves within, permettra de confirmer les promesses esquissées dans ce premier long. 



Scare me de Josh Ruben

lundi 26 juillet 2021

 Hey, I’m a good guy !

 

Synopsis: 

Tout le monde s’entendait pour dire que Cassie était une jeune femme pleine d’avenir…jusqu’à ce qu’un évènement inattendu ne vienne tout bouleverser. Mais rien dans la vie de Cassie n’est en fait conforme aux apparences : elle est aussi intelligente que rusée, séduisante que calculatrice et mène une double vie dès la nuit tombée.

Promising Young Woman Emerald Fennell Screenshooter Carey Mulligan

Mon avis:

Débutant sa carrière en tant qu’actrice en 2010, Emerald Fennell passe à la réalisation en 2018 avec le court-métrage Careful How You Go.
En 2021, la réalisatrice revient avec Promising Young Woman. Ce long-métrage a remporté l’Oscar du Meilleur scénario original et deux prix au BAFTA (Meilleur film britannique, Meilleur scénario original). Des distinctions prestigieuses pour son premier long ne faisant qu’alimenter notre curiosité quant à cette première œuvre.

En quelques scènes, la réalisatrice dresse efficacement son décor. Nous adopterons uniquement le point de vue de Cassie. Nous l’accompagnons durant un fragment de sa vie. Une courte période terriblement charnière pour son existence.
Le spectateur est appelé à rassembler les pièces du puzzle de son passé afin de comprendre son parcours. Les interactions auprès d’autres individus nous permettent de mieux cerner notre protagoniste et les raisons de sa situation.
Pendant que cette jeune femme oscille entre quête vengeresse et l’espoir d’une paix salutaire, nous sommes amenés à nous interroger sur nos rapports avec notre entourage. Le récit est composé d’une galerie de personnes toxiques à un degré variable. Cette diversité permet d’avoir un tableau complet sur les différents êtres permettant à ce que des actes destructeurs puissent être perpétrés en toute impunité.
L'autrice évite pour autant tout manichéisme en montrant les failles de chacun et les possibles tentatives de rédemption de certains.

Promising Young Woman Emerald Fennell Screenshooter Carey Mulligan
 

Pour aborder un sujet aussi dense et tragique, l’autrice opte pour une tonalité douce-amère. La personnalité de Cassie est détonante. Ses traumatismes l’ont autant détruit socialement que renforcer grâce à des mécanismes de défense. En ressort une irrévérence constante dans ses interactions auprès d’autrui. Cette attitude contextualisée avec son passé permet de générer de l’empathie pour cette personne.
Cette approche permet de suivre les tourments internes de la jeune femme sans avoir à les expliciter. Nous comprenons ses agissements et ses hésitations car nous avons suivi au plus près ses instants.
À travers son parcours, Emerald Fennell dresse le portrait d’une femme traumatisée par son passé et laissée pour compte dans son processus de reconstruction. Bien qu’entouré dans son quotidien, il en ressort une profonde solitude dans ses errances. L’incompréhension des autres ne fait que renforcer son isolement.
Nous nous retrouvons donc dans une posture double. La première en tant que témoin des événements de sa vie et son combat. La seconde en tant qu’unique confident capable de comprendre sa démarche. En effet, que nous cautionnons ou non ses actes, nous ne pouvons pas nier la douleur et le désespoir qui l’anime.
En ce sens, la trajectoire émotionnelle de notre héroïne est riche et l’autrice n’hésite pas à nous malmener face aux situations qu’elle doit traverser.

Une fois le générique de fin amorcé, nous sommes partagés entre une profonde tristesse et l’admiration pour ce parcours. Il est stupéfiant de constater que Promising Young Woman n’est que la première réalisation d’Emerald Fennell tant l’œuvre est maîtrisée de bout en bout.
Il est certain que la carrière de cette artiste est à suivre de près afin de découvrir la diversité de son univers en devenir. Son prochain projet est Zatanna où elle officie en tant que scénariste.



Promising Young Woman d'Emerald Fennell

mardi 13 juillet 2021

 Martyrs

Synopsis:

Les extraterrestres ont envahi la Terre. Occupée, la ville de Chicago se divise entre les collaborateurs qui ont juré allégeance à l’envahisseur et les rebelles qui les combattent dans la clandestinité depuis dix ans.

Captive State Rupert Wyatt Screenshooter Ashton Sanders


Mon avis:

Réalisateur à la carrière aussi discrète qu’inconstante, Rupert Wyatt s’est fait connaitre du grand public avec le reboot de La planète des singes en 2011.
Sept années plus tard, il retrouve le chemin des salles obscures avec Captive State.

Ouvrant sur une scène d’évacuation à la conclusion tragique, l’auteur nous présente efficacement la sédition de la Terre au profit de l’envahisseur. Nous comprenons ainsi rapidement l’environnement dans lequel évolue Gabriel. Le suivi de son quotidien nous permet d’observer l’ordre et la répression établie.
En parallèle, nous voyons les actions d’autres individus. Ces personnes offrent une vision complète sur la refonte de la société terrienne autant pour les civils que pour les organismes “étatiques”.
Sur le fond, la thématique est donc plutôt convenue. Nous avons une situation d’oppression et le parcours d’individus souhaitant mettre fin à cette terreur.

L’intérêt du film réside dans sa construction narrative. En effet, nous débarquons dans un récit où une opération inconnue est en cours de préparation. Les personnes que nous suivons connaissent pour la plupart leur rôle à jouer dans ce pan de l'Histoire. Notre seul point d’ancrage est Gabriel. Ce dernier devient un maillon tardif au sein de cette mission. Il nous permet ainsi de glaner certaines informations pour avoir une esquisse de l’action à venir. Nous sommes ainsi invités à analyser les scènes pour comprendre les relations entre les protagonistes et deviner leurs réelles intentions.

Captive State Rupert Wyatt Screenshooter Vera Farmiga
 

L’ensemble baigne dans une atmosphère paranoïaque et conspirationniste. Bien que nous soyons dans un film traitant d’une présence extraterrestre, les entités aliens sont peu visibles. Leur faible présence renforce le réalisme des situations. L’œuvre dégage une atmosphère plus proche des films abordant des complots en période de guerre froide plutôt qu’un film de science-fiction.
La différence réside dans le rapport de force. Les long-métrages tels que Les trois jours du Condor ou Les hommes du président avaient pour enjeux de déjouer une menace contre le système en place. Captive State est tout le contraire. Nous observons les instigateurs d’une opération visant à renverser l’Ordre établi. Cet objectif mis de côté, les mécanismes déployés sont similaires.
L’approche est pertinente et stimulante. Nous sommes captivés par la découverte des préparatifs bien que nous n’en connaissons pas la finalité.

Outre cette structure narrative judicieuse. Rupert Wyatt met à profit sa galerie de personnages pour dynamiser son récit. Nous sommes très proches de Gabriel pour suivre le déroulement des évènements. Pour autant, il est courant de changer de point de vue afin d’avoir une vision plus complète de ce qui se trame.

En somme, Captive State est un film intelligent et savamment orchestré. Sa conclusion offre toutes les réponses à nos interrogations et permet de mieux comprendre où se situe ce récit dans la chronologie de son univers. Une fois assimilé, il est difficile de ne pas faire de parallèle entre cette œuvre et le Planète des singes du même auteur.
Le long-métrage ne plaira pas forcément à tout le monde de par son approche quelque peu hermétique mais ravira les amateurs de soft science-fiction et de thrillers politiques.

 


 

Captive State de Rupert Wyatt

jeudi 1 juillet 2021