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 The serenity beyond the disability

Synopsis:

Ruben et Lou, ensemble à la ville comme à la scène, sillonnent les Etats-Unis entre deux concerts. Un soir, Ruben est gêné par des acouphènes, et un médecin lui annonce qu'il sera bientôt sourd. Désemparé, et face à ses vieux démons, Ruben va devoir prendre une décision qui changera sa vie à jamais.

Sound of metal Darius Marder Screenshooter

Mon avis:

Réalisateur du documentaire Loot et scénariste de A place beyond the pines, Darius Marder retourne derrière la caméra pour mettre en scène sa première fiction : Sound of metal. Le projet puise sa genèse dans l’expérience de sa grand-mère devenue sourde à l’âge adulte.
Le film a fait une tournée fructueuse des festivals avec notamment les Oscars du Meilleur Montage et Meilleur Son lors de cette 93éme édition.

Comme tout récit initiatique, l’œuvre se découpe implicitement en chapitres représentant les différentes étapes d’acceptation de ce changement.
La première partie apporte les bases nécessaires pour comprendre les différents enjeux. Nous suivons le jeune couple dans leur mode de vie peu commun se résumant à prendre la route et s’arrêter le temps d’une représentation. Le metteur en scène opte pour des plans rapprochés pour nous partager ce quotidien et rendre l'immersion plus sensitif. Ainsi, lorsque les premiers signes de défaillance apparaissent, nous comprenons instantanément l’impact que ce bouleversement provoque dans les habitudes du jeune homme.
La suite des événements adopte une trajectoire bien moins pessimiste que le synopsis peut laisser supposer. Le point de départ est un terreau idéal pour analyser les processus autodestructeurs d’un individu perdant le contrôle de son corps. L'auteur préfère présenter comment une altération de notre enveloppe biologique n’est pas une fatalité mais une opportunité pour se renouveler.
Ce choix audacieux nous permet de découvrir sous un angle différent le quotidien des personnes malentendantes.
Comme l’indique l’un des protagonistes, le but de ce voyage n’est pas de se réparer mais de se redéfinir. Ce mode de pensées imprègne l’ensemble du récit. Notre jeune batteur, Ruben, lutte constamment entre sa volonté de retrouver sa vie de musicien itinérant et la nécessaire acceptation d’un tournant majeur dans son existence.

Sound of metal Darius Marder Screenshooter
 

Pour retranscrire ce périple, l’auteur opte pour une immersion sonore quasi-totale. Dans la majeure partie de l’œuvre, nous entendons l’environnement de la même façon que Ruben. Lorsque nous redevenons omniscients, cela nous permet d’assimiler des informations complémentaires. Le son est ainsi un moteur d’empathie pour les protagonistes autant qu’un outil pédagogique pour notre compréhension des mécanismes d’échanges avec des personnes sourdes.
La disparition de l’environnement sonore de la première partie est un excellent moyen pour le spectateur de comprendre les chamboulements s'opérant dans le quotidien de Ruben. Darius Marder nous positionne ainsi au même niveau que son personnage et permet de justifier son comportement à venir.
L’absence de voix nécessite de développer le langage corporel. En ce sens, diverses informations sur les relations entre les personnages ou les sentiments qui les traversent se lisent plus qu’ils ne s’expriment oralement.
Ces différents éléments permettent de créer un environnement réaliste. Nous acceptons et comprenons mieux la trajectoire de Ruben. Nous apprenons autant que le jeune homme sur les moyens de communication adoptés par les personnes malentendantes.

Durant deux heures, le réalisateur nous aura invité dans une expérience immersive et émouvante. Loin de l’œuvre nihiliste que son synopsis pouvait présager, Sound of Metal est au contraire un voyage lumineux nous apprenant à trouver le meilleur dans chacune des situations traversées.



Sound of metal de Darius Marder

dimanche 13 juin 2021

 American Dream

Synopsis:

En 1950, les états du sud des États-Unis ont connu des vagues migratoires depuis le début du siècle précédent. À Kansas City, dans le Missouri, deux syndicats du crime instaurent une paix difficile. Le premier est d'origine italienne, le second est afro-américain. Ensemble, ils contrôlent l'économie souterraine qui repose sur la corruption, l'exploitation et la drogue.

Fargo saison 4 Noah Hawley Screenshooter

Mon avis:

Créé en 2014 par Noah Hawley, Fargo était initialement une adaptation du film éponyme des frères Coen. Par la suite, la série a muté en anthologie reprenant les codes scénaristiques établis dans la première saison.
Cette quatrième itération s’intéresse aux conflits entre familles mafieuses.

Le premier épisode dresse efficacement le cadre du récit. Nous suivons les différentes vagues d’émigrations aux Etats-Unis durant le XXème siècle par le prisme de la criminalité. Cette introduction nous permet de comprendre les rituels en place et découvrir les protagonistes dans leur environnement.
Comme lors des précédentes saisons, nous allons assister à une succession de mauvais choix entrainant des situations dramatiques. Il est toujours stimulant d’observer comment les actions individuelles deviennent des problèmes pour un collectif.

L’histoire fait la part belle à ses personnages. Nous naviguons entre un policier ayant des TOCs, un Marshall mormon, une infirmière ayant oublié son serment d’Hippocrate et bien d’autres encore. Cette diversité vertigineuse forme une base scénaristique solide où les interactions entre ces individus redéfinis les enjeux constamment.
Cette galerie de protagonistes empêche toute anticipation des actions à venir. La trajectoire dramatique de certains d’entre eux n’en est que plus dramatique voire pathétique.
Leur instant final en est souvent le reflet de leur identité, leur vécu. Le lâche sera assassiné sans avoir pu répliquer. L’impulsif périra par précipitation. Le renégat tombera dans l’oubli et ainsi de suite.


Fargo saison 4 Noah Hawley Screenshooter


Au-delà de sa forme, cette saison plus encore que les précédentes tisse un tableau intéressant sur tout un pan de l’Histoire des États-Unis. Bien que nous assistons à un affrontement entre deux clans distincts, ils font pourtant partie d’une même famille : les parias.
En effet, lors de nombreux moments, l’auteur nous rappelle les discriminations subies par ces générations d’immigrés. Entre la ségrégation et les préjugés racistes, il est difficile pour eux de réaliser leur Rêve Américain tant espéré. De ce fait, emprunter les voies de l’illégalité pour atteindre cet objectif tient autant de la facilité que de la nécessité.
Une facilité se traduisant par un refus de se battre contre l’injustice subie mais plutôt de sortir des horizons bouchés pour s’emparer d’autres amoraux.
Une nécessité étant donné que les perspectives d’avenir en tant qu’opprimés dans une société raciste sont minces. L’accès à cette alternative devient donc le seul espoir pour survivre.
Ce sujet de fond est instillé discrètement tout au long de la saison à travers le comportement des individus ou des lieux qu’ils visitent. Il n’est pas le thème principal de cette histoire mais plutôt la base de celle-ci.

Avec cette quatrième saison, Fargo continue de se renouveler tout en reprenant une recette efficace. Le casting est toujours aussi qualitatif. Le rythme est soutenu et les situations aussi diverses qu’imprévisible. L’humour est mordant et la tragédie est percutante.
On ne peut qu’espérer avoir la chance de découvrir de nouveaux récits issus de cet univers Coennien.

 


 

Fargo saison 4 de Noah Hawley

mercredi 2 juin 2021