SOCIAL MEDIA

Taiwan Gore Society

Synopsis:

Après une année de lutte contre une pandémie aux symptômes relativement bénins, un pays frustré finit par baisser la garde. C'est à ce moment que le virus mute spontanément, donnant lieu à une épidémie altérant les esprits. Les rues explosent en violence et dépravation, et les personnes infectées sont poussées à réaliser les choses les plus cruelles et les plus horribles auxquelles elles puissent penser. Un jeune couple est poussé aux limites de la raison alors qu'ils tentent de se réunir au milieu du chaos.

 

The Sadness Rob Jabbaz Screenshooter

Mon avis:

Projet développé en pleine pandémie, le premier long-métrage de Rob Jabbaz s’inscrit pleinement dans son époque entre virus en pleine mutation et défiance face aux institutions étatiques.

Amorçant son récit sur le doux réveil d'un couple, nous prenons le temps de connaître ces individus pendant une accalmie que l’on devine de courte durée. Cet instant nous suffit pour comprendre leur relation. Durant ce moment, des éléments disruptifs ne tardent pas à apparaître présageant le chaos à venir. Nous devinons facilement le contexte social et sanitaire dans lequel nous allons évoluer.
Une fois que le virus commence à impacter notre duo, nous sommes projetés dans une course effrénée pour se mettre à l’abri.

Durant plus d’une heure, le réalisateur alterne les points de vue de Jim et Kat. Nous observons leur progression respective au sein d’une ville en plein chaos. La bascule entre ces deux protagonistes permet d’effectuer des ellipses constantes et d'éviter tout moment de flottement. Nous sommes constamment plongés dans des situations riches en tension.
Outre le fait qu’il soit le fil rouge du récit, leur séparation alimente aussi sa dynamique. Elle permet de multiplier les confrontations et d'avoir un tableau plus vaste sur la chute de la société taïwanaise. Bien que se focalisant sur leur parcours, nous découvrons ce qui se déroule en dehors de leur environnement via des retransmissions radio et télévisuelle. Ces différents éléments nous facilitent l’immersion et décuplent le sentiment de désolation émanant de leurs errements au sein de la ville.
L’œuvre joue sur cette détresse inhérente au déroulement d’un événement incontrôlable. Les organismes étatiques sont inexistants ou totalement débordés. Les rues sont emplies de cris de désespoir ou d’un silence morbide. La menace peut provenir autant des personnes infectées que celles dites saines. Les nerfs sont donc mis à rude épreuve.

The Sadness Rob Jabbaz Screenshooter

Les divers affrontements sont riches en hémoglobines. L’auteur met à profit son environnement pour délivrer des mises à mort aussi variées que brutales. Nous nous retrouvons avec des exécutions sanglantes façon splatter mais avec une approche très réaliste. La sensation de désolation n’en est que renforcée face à la cruauté des actes perpétrés. La désinhibition induite par le virus donne lieu à un déferlement de violence et de sadisme. Pour autant, nous ne sommes pas dans une compilation d’actes abjects. Il y a une montée en tension lors des prémices d’affrontements. L’échéance est retardée au maximum avant que la confrontation ne démarre. L’impact n’en est que décuplé.
De même, le réalisateur choisi par moment d’opter pour un hors-champ in-extremis. Loin d’amoindrir les sévices perpétrés, notre imagination prend le relai pour notre plus grand (dé)plaisir.
Il est aussi intéressant de voir comment l’auteur puise dans le genre zombiesque sans avoir à respecter ses codes à la lettre. Nous nous retrouvons donc avec des infestés évoluant en meute en quête de sang. Pour autant, leur capacité à communiquer et la conservation de leur identité individuelle permettent d’obtenir des interactions plus développées entre personnes contaminées et saines. La présence d’un antagoniste poursuivant inlassablement Kat en est le parfait exemple. Bien que tardif et partiellement inutile, l’explication scientifique fournie légitime d’autant plus cette approche.

Nous obtenons ainsi une œuvre tendue multipliant les confrontations sanglantes pour rythmer un fil rouge pour le moins convenu. The Sadness n’est certes pas un film apportant un renouveau dans le genre ni une originalité dans sa mise en scène. Pour autant, il se pose comme un divertissement efficace et généreux. Rob Jabbaz s'offre une jolie carte de visite qu'il a su présenter dans le monde via son passage dans divers festivals. Il ne reste plus qu'à espérer de futurs projets plus ambitieux scénaristiquement.





The Sadness de Rob Jabbaz

mercredi 29 décembre 2021

 Ave Satanas !

Synopsis:

Un regard sur la montée rapide et l'influence du groupe religieux controversé connu sous le nom de Temple satanique.

Hail Satan? Penny Lane Screenshooter

Mon avis:

Réalisatrice de documentaires depuis une vingtaine d'années, Penny Lane n’hésite pas à diversifier la forme de son medium pour l’adapter à son sujet. Son approche peu conventionnelle et son humour ont permis à l’autrice de se démarquer dans ce milieu.
Pour son quatrième long-métrage, la forme adoptée est plus traditionnelle. Nous suivons la genèse et le développement du Temple Satanique. L’œuvre alterne entre interview face caméra et captation de divers moments déterminant dans la vie de cette organisation en expansion.

Le suivi chronologique de ces différents événements nous permet de comprendre son émergence et son expansion. L’exposition de différentes confrontations juridique face à des associations chrétiennes offre des clés de compréhension sur la philosophie inhérente à ce mouvement. Ces séquences deviennent des marqueurs sur certains tournants notables au sein de l’organisation.
Bien que se concentrant principalement sur l’implication de différents membres du "culte", la réalisatrice tente de rester la plus neutre possible. Les errements et les divergences d’opinions sont aussi présents dans l’œuvre. Dans cette même optique, nous retrouvons parfois les avis des parties opposants.

Le sujet est passionnant et propose une interprétation alternative sur la dynamique entre Dieu et le Diable. Nous avons toujours eu l’habitude d’associer Dieu à la justice et son antagoniste au chaos. Dans l’inconscient collectif, cette vision est solidement ancrée par des siècles de dogmes religieux. Le Temple propose une lecture différente en se référant à la genèse de Satan selon laquelle ce Dernier était un ange déchu réfractaire aux injections de son Maître. Il est donc un dissident face à un Ordre établi.
 

Hail Satan? Penny Lane Screenshooter

L’organisation souhaite être un prolongement de cette vision. La démarche n’est pas de glorifier un Mal abjecte mais plutôt d’être un contre-pouvoir face à la prédominance de la chrétienté au sein de la société états-unienne. Si le pays refuse une séparation de l’Eglise et l’Etat alors il doit accepter la pluralité des croyances au sein de la vie citoyenne, telle est la démarche adoptée par ce mouvement.
Nous nous éloignons ainsi d’un postulat laissant présager l’exposition d’un groupe pratiquant l’occulte pour se diriger vers la présentation d’une alternative politique et militante concrète. Cette transition est progressive au fur et à mesure que la cause touche un public de plus en plus nombreux. Nous voyageons de plus en plus à travers les différentes "chapelles" ayant éclos à travers le pays. Ces différents lieux nous montrent la diversité des personnes impliquées mais aussi les valeurs qui les réuni.
Évidemment, toute mouvance militant s'accompagne de son lot de problématiques inhérent à l’émergence d’un nouvel organisme dans le paysage politique. La trajectoire suivie est donc ordinaire entre dissidence, couverture médiatique, identité visuelle et ligne de conduite à suivre. Heureusement, Penny Lane s’empare de ces événements pour créer une dynamique dans son récit. Ces déconvenues et ces confrontations apportent de nouveaux éléments pour approfondir le sujet.

Au final, Hail Satan ? dresse le portrait d’individus luttant pour que leur pays s’émancipe de l’emprise religieux dont leur société est gangrenée. L’expérience de la réalisatrice est mise à profit dans la retranscription chronologique de ce sujet passionnant.  

 


 

Hail Satan? de Penny Lane

lundi 13 décembre 2021

 Death sentence

Synopsis:

Iran, de nos jours. Heshmat est un mari et un père exemplaire mais nul ne sait où il va tous les matins. Pouya, jeune conscrit, ne peut se résoudre à tuer un homme comme on lui ordonne de le faire. Javad, venu demander sa bien-aimée en mariage, est soudain prisonnier d’un dilemme cornélien. Bharam, médecin interdit d’exercer, a enfin décidé de révéler à sa nièce le secret de toute une vie. Ces quatre récits sont inexorablement liés. Dans un régime despotique où la peine de mort existe encore, des hommes et des femmes se battent pour affirmer leur liberté.

Le diable n'existe pas Mohammad Rasoulof Screenshooter

Mon avis:

Huitième long-métrage de Mohammad Rasoulof, Le Diable n’existe pas est une anthologie de quatre courts-métrages. Le choix adopte ce format afin de faire face aux contraintes lui étant imposées dans son pays. En effet suite à la sortie de son précédent film, Un homme intègre, le réalisateur a été jugé coupable d’activités nuisant au régime iranien.
Cette peine l’empêche d’exercer son métier dans les meilleures conditions. Afin de concrétiser son dernier projet, il fait donc appel à quatre assistants s’occupant respectivement d’un segment. L’ensemble est supervisé par son chef opérateur afin de conserver une cohérence générale et la patte de l’artiste.

Le premier court-métrage est un prologue lent mais efficace annonçant le fil conducteur. Nous découvrons le quotidien d’un père de famille. Le récit se concentre sur différents instants de vie. Une morne banalité nous permettant de découvrir la routine d’un citoyen lambda.
Ces séquences nous permettent de cerner la dynamique entre les membres de cette famille. Ils créent ainsi un cadre de vie commun pour ce patriarche. Nous sommes amenés à nous reconnaître au sein de son parcours.
L’ensemble est mis au service d’un final imprévisible et percutant. Les derniers instants de cette histoire nous poussent à analyser une seconde fois ce qui nous a été présenté.
Le titre de ce court, éponyme au film, n’est pas anodin. Il rappelle que le Mal n’est incarné par personne d’autres que l’Homme.

L’intrigue suivante se focalise sur une personne effectuant son service militaire. Il est assigné au rôle de bourreau. Cette tâche qu’il rechigne à effectuer donnera lieu à divers échanges avec ses collègues de fortune.
Ces différentes interactions nous éclairent sur l’organisation sociétale autour de ce service militaire obligatoire. Pour s’assurer une vie future confortable, les Iraniens doivent passer par cette étape. Dans le cas contraire, une vie de renégat ou d’exilé s’offre à eux.
Ce deuxième segment détonne avec le précédent. Le quotidien morose du père de famille est remplacé par l’urgence d’une solution pour ce gardien. La caméra est constamment en mouvement, collant au maximum son protagoniste. Nous ressentons son désarroi, ses doutes sur sa capacité à aller au bout de cette entreprise.
Nous ressentons chacun des tourments qui traverse notre gardien. La situation est oppressante. Nous sommes tenus en haleine jusqu’à la dernière minute.

Le diable n'existe pas Mohammad Rasoulof Screenshooter

Le troisième acte nous fait quitter la ville étouffante et son environnement bétonné. Nous sommes emmenés dans la partie boisée de ce pays.
Le contraste est criant. L’aseptisation du décor laisse place à une nature riche en couleur. Le bruit motorisé d’une cité en mouvement est remplacé par la mélodie d’un ruisseau, du vent caressant les arbres.
Malgré ce changement de localisation, la réalité politique du pays se rappelle à ses autochtones. Nous découvrons comment certains vivent en marge du système et subissent l’oppression.
Ce nouveau lieu nous est présenté à travers le retour d’un ami de la famille. Le temps qu’il rattrape depuis sa dernière visite nous apporte les informations nécessaires pour identifier les différents protagonistes.
Cet épisode présente les conséquences du régime politique mis en place. La dynamique du récit joue sur des dualités : la célébration d'un évènement tragique et d’un autre festif, l’arrivée d’une personne conséquence du départ d’un autre. Il est ainsi montré comment sont fabriqués les criminels et instrumentalisés les bourreaux.
Comme précédemment, les informations glanées lors des précédents récits sont mises à profit au sein de cette nouvelle intrigue.

Dans son ultime chapitre, nous nous enfonçons d’autant plus en Iran. Nous atterrissons en pleine montagne. Le retour temporaire d’une exilée au sein d’un couple d’amis permet d’analyser leur mode de vie proche de l’autarcie. Nous approfondissons ainsi notre compréhension des solutions alternatives face au dogme imposé par le gouvernement.
L’intrigue joue sur le motif mystérieux nécessitant le retour de la jeune fille. Au fil du temps, nous sommes amenés à faire nos propres déductions en fonction des éléments exposés. L’auteur distille différentes informations brouillant nos pistes.
Une tension latente est ainsi instillée. Elle contrebalance la quiétude du quotidien. Nous sommes aux aguets à la recherche du moindre indice. Nous redoutons le point de bascule tant le dénouement est incertain. La révélation est un mélange d’émotions allant du soulagement à la tristesse.

En quatre temps, Mohammad Rasoulof décortique le fonctionnement du service militaire. Nous sommes happés par ces récits et sa retranscription d’un système strict produisant soit des marginaux soit des êtres détachés de la réalité. Une œuvre prenante qui ne risque pas de faire revenir le réalisateur dans les faveurs de son gouvernement.  




Le diable n'existe pas de Mohammad Rasoulof

lundi 22 novembre 2021

 Evil is in my blood

Synopsis:

Procureur adjoint d'une petite ville du Massachusetts, Andy Barber est confronté à un terrible dilemme lorsque son propre fils de 14 ans est accusé du meurtre d'un camarade de classe. Alors qu'il tente d'innocenter son garçon, le procureur découvre certains secrets, qui sèment le doute. Acculé, quel choix fera-t-il face à cet insoluble dilemme entre son devoir de défendre la justice et son amour inconditionnel pour son enfant ?

Defending Jacob Mark Bomback Screenshooter Jaeden Martell

Mon avis:

Œuvrant principalement en tant que scénariste pour des projets à la qualité variable, Mark Bomback revient à la création de série pour la deuxième fois avec Defending Jacob.

L'univers est efficacement défini lors du premier épisode. Nous découvrons la famille de l’adolescent, leur quotidien, leur métier et les liens les unissant. Une fois ces éléments assimilés, la découverte de la victime va remettre en question ce socle de prime abord solide.
La majorité des événements sont vécus à travers le parcours d’Andy. Sa position de père du présumé coupable et son poste de procureur adjoint nous permettent d’avoir une vue d’ensemble sur l’enquête sans s’éloigner du drame familial qui va éclore.

Au sein de cette investigation, nous observons les rouages de cet engrenage sur différentes strates : judiciaire, policière ou encore médiatique. L’alternance de ces environnements permet de suivre l’avancement des recherches. Nous comprenons ainsi comment chaque information est extirpée, traitée, diffusée et manipulée.
Jacob étant rapidement inculpé pour ce crime, la série n’a pas pour intention de traquer un tueur mais plutôt d’interroger sur la responsabilité de ce suspect. La volonté de l’œuvre n’est donc pas de nous entrainer dans une enquête policière. Elle nous propose de suivre une bataille judiciaire où deux convictions s’affrontent.
L’auteur bâti son récit sur une succession de duels où deux convictions s’affrontent faisant parfois fi de la réalité des événements. Nous avons par exemple la confrontation entre Andy et Neal pour des raisons éthiques mais aussi carriéristes.

Le patriarche est la pierre angulaire entre ce milieu et sa famille. Il est le seul parmi les siens à comprendre l’impact de chaque action. Il sait que le moindre secret est une bombe à retardement. Il est l’interlocuteur principal au sein de ces strates mais aussi pour le spectateur. Il nous apporte l’ensemble des éléments nous permettant de comprendre les enjeux en cours.
Nous nous immisçons ainsi dans sa sphère intime. Il en découle une analyse développée sous deux angles par le prisme de l’enquête et par la portée des non-dits.

Defending Jacob Mark Bomback Screenshooter Michelle Dockery
 

Dans un premier temps, l’auteur se focalise sur l’investigation et l’inculpation de Jacob. Nous observons comment la famille affronte ces événements. Mark Bomback a eu l’intelligence de créer une symbiose crédible entre les protagonistes. Leurs réactions semblent donc naturelles et en accord avec le caractère qui leur a été défini. Il est intéressant de voir comment ces individus affrontent un tel événement.
Il est ainsi plus facilement compréhensible et acceptable de voir ces membres s’engouffrer dans leur mensonge au détriment de la raison. Les raisons avancées leur sont personnelles mais font écho à nos propres secrets. 

En effet, la quête de vérité à l’égard de la victime va profondément se répercuter au sein de la famille Barber. Le processus consistant à faire la lumière sur l’affaire judiciaire implique de braquer les projecteurs sur l’entourage du suspect.
La démarche n’est pas simplement d’analyser le passage à l’acte meurtrier mais surtout de comprendre les circonstances ayant amené à un tel drame.
Nous abordons ainsi la trame de fond abordé par l’auteur : les secrets enfouis. Mark Bomback reprend à son compte l’adage selon lequel "L’enfer est pavé de bonnes intentions".  Il démontre ainsi comment est cimenté le socle familial entre dévouement, compromis et omission.
Au fil de la série, nous voyons le vernis de ce foyer se craqueler et révéler la nature profonde de ses membres. Chacune de ces nouvelles informations redéfinie nos aprioris à leur égard.
Il est intéressant d’observer le jeu d’équilibre qui s’opère entre la volonté d’être transparent vis-à-vis de la procédure judiciaire et celle de conserver uni son logis.

Cette double approche est passionnante. Le développement du drame familial se jouant en parallèle de l’enquête policière est pertinent. Il est intéressant de comparer cette trajectoire à celle de Your Honor. Les deux séries prennent un point de départ proche : la progéniture du personnage principal est impliquée dans la mort d’autrui. Bien que les intentions soient différentes, nous pouvons observer qu’entre la fuite et l’affrontement de la vérité les conséquences sont différentes mais tout autant dommageables. Les deux œuvres partagent cette double vision de l’affaire d’un point de vue judiciaire et intime. La différence majeure réside dans l’approche sur cette même thématique.
D’un côté Your Honor est un thriller opposant deux hommes de pouvoirs. De l’autre, nous avons un drame familial interrogeant la source du Mal et sa portée génétique notamment.

En somme, Defending Jacob est une mini-série captivante. L’auteur réussit à maintenir une tension tout au long de ses huit épisodes. Le prochain projet de Mark Bomback sera White Bird où il intervient en tant que scénariste sur cette adaptation de la bande dessinée éponyme.



Defending Jacob de Mark Bomback

jeudi 28 octobre 2021

 Aim the whale, catch the fish

Synopsis:

En Iran, la sanction pour possession de drogue est la même que l’on ait 30 g ou 50 kg sur soi : la peine de mort. Dans ces conditions, les narcotrafiquants n’ont aucun scrupule à jouer gros et la vente de crack a explosé. Bilan : 6,5 millions de personnes ont plongé. Au terme d'une traque de plusieurs années, Samad, flic obstiné aux méthodes expéditives, met enfin la main sur le parrain de la drogue Nasser K. Alors qu’il pensait l'affaire classée, la confrontation avec le cerveau du réseau va prendre une toute autre tournure...

La Loi de Téhéran Saeed Roustayi Screenshooter Payman Maadi


Mon avis:

Après avoir réalisé en 2016 Life and a day, Saeed Roustaee quitte la sphère familiale iranienne pour s’intéresser à un pan de la société à travers le trafic de crack.

L’œuvre ouvre directement sur une opération de terrain. Nous découvrons les protagonistes à travers leurs actions. Le fiasco qui s'ensuit et les informations glaner nous permettent de comprendre à quel stade nous arrivons dans l’enquête visant à démanteler ce business illégal.
Nous prenons donc un train lancé à pleine vitesse. Pour autant, nous ne sommes aucunement gênés par le manque de contextualisation. Les interactions entre les individus et l’avancée de la traque nous permettent rapidement de prendre nos repères.
Une fois les différents éléments assimilés, l’auteur change la trajectoire scénaristique pour s’engouffrer dans le cœur du sujet.
En effet, plus qu’un affrontement entre l’axe du Bien et du Mal, l’œuvre décortique le système pénal iranien. Nous entrons dans l’antre d’une bête étatique appliquant implacablement sa sentence au moindre écart de conduite.
Le fait que la détention d’une faible quantité de drogue soit passible de mort impacte fortement la dynamique des personnages et leurs motivations.

Bien que nous suivons deux protagonistes spécifiques, le réalisateur inclut dans cette confrontation la trajectoire de différentes personnes tentant de s’extirper de cette spirale infernale. Ces individus permettent de densifier le récit et d’offrir un aperçu plus complet de l’engrenage mis en place.
Certaines de ces histoires annexes sont bouleversantes tandis que d’autres flirtent avec l’absurde. Cette diversité de tonalité renforce la volonté de se rapprocher au maximum de la réalité. Il permet de nuancer le propos en montrant différentes mise en situation.
Cette structure narrative apporte aussi une dynamique. La multiplication des points de vue permet de faire des ellipses dans l’avancement de l’enquête sans pour autant perdre en cohérence.

La Loi de Téhéran Saeed Roustayi Screenshooter  Navid Mohammadzadeh

Au sein du fil rouge, nous pouvons d’ailleurs observer un découpage par chapitre. Dans un premier temps nous avons la traque aux côtés de Samad puis ensuite une confrontation entre ce dernier et Nasser pour finalement se focaliser sur ce présumé baron de la drogue.
La transition entre chacune de ces étapes est fluide. Il n’y a pas d’explicitation de ce mécanisme narratif. L’évolution n’en est que plus grandiose.
Il influe fortement sur notre empathie. L’auteur joue sur notre code moral pour lentement le remettre en question à travers les actions de ses individus.
En agissant ainsi, le réalisateur prend à contre-pied les attentes du spectateur. Son apparent thriller urbain cache un drame social terrible. L’action musclée est ainsi remplacée par des confrontations verbales se jouant des rouages administratifs. Nous découvrons comment peut être instrumentalisé la Loi pour arriver à ses fins.
Ces moments sont tout autant intenses au vu des enjeux. Survivre à la procédure judiciaire est tout aussi ardu que lors d’une fusillade et le dénouement reste identique : mourir ou en ressortir libre.

Au final, La loi de Téhéran est une excellente surprise tant il nous amène dans un terrain peu exploité et captivant. Derrière sa façade de polar urbain âpre se cache une analyse sociale déchirante et nihiliste.
Il nous tarde découvre les prochains projets de Saeed Roustaee. À travers son objectif vit et péri l’Iran, difficile d’y rester insensible.


La loi de Téhéran de Saeed Roustaee

dimanche 26 septembre 2021

 By any mean necessary


Synopsys:

Le fils d'un juge réputé de La Nouvelle-Orléans est impliqué dans un délit de fuite. Tout se complique pour le père et le fils lorsqu'il s'avère que la victime était le fils d'un parrain de la pègre.

Your Honor Peter Moffat Screenshooter

Mon avis:

Œuvrant depuis de nombreuses années pour la télévision, Peter Moffat a notamment été scénariste pour l'excellente série The Night Of. Avec Your Honor il poursuit son travail de transposition américaine de créations étrangères en s'offrant les services de Bryan Cranston et Michael Stuhlbarg.

En un premier épisode frolant la perfection, l’auteur expose son univers, ses personnages ainsi que les bases de son intrigue. Nous situons facilement les différents partis impliqués. Les ébauches des personnalités nous permettent déjà de visualiser les conséquences du drame.
La suite des événements permet de sonder l’âme humaine et ses tourments. La perte de sa progéniture ou du moins sa mise en danger redéfini nos priorités. Il met surtout à mal les valeurs que nous avons érigées pour bâtir notre statut social. De tels événements sont de cruels rappel à une réalité universelle : nul n'échappe à la Mort.
Cette trame de fond est doublée d’une inversion des rôles. L’homme de loi franchi la ligne morale non pas pour réparer un affront mais au contraire pour éviter que la justice rattrape sa famille. L'homme du Milieu découvre que le pouvoir n’est rien lorsqu’on est meurtri au plus profond de sa chair.
Cette approche altère aussi notre empathie. Nous cherchons toujours à nous positionner du bon côté, de la cause la juste. Dans cette situation il est difficile de trouver sa place entre ces deux êtres. Il faudra plutôt se tourner vers les individus en périphérie pour avoir un point d'attache émotionnel.
Nous sommes ainsi amenés à suivre leur chemin de croix respectif : une lente déconstruction de leur conviction parcourue de rencontres les éprouvant.
Ces deux trajectoires ne s’effectuent aucunement en parallèle. Au contraire, leur route ne fera que se croiser jusqu’à se joindre de façon chaotique.

 Your Honor Peter Moffat Screenshooter

Outre leur parcours respectif, nous observons aussi l’impact de cette tragédie sur divers individus gravitant autour d’eux. En effet, entre l'enquête policière et la quête vengeresse, une course poursuite est amorcée afin de découvrir la vérité en interrogeant chaque individu impliqué de près ou de loin dans cet événement. Nous obtenons ainsi une galerie de personnages en interaction constante de façon direct ou indirecte.
Cette structure permet d’éviter une linéarité de la trajectoire. Les actions individuelles redéfinissent les prises de positions établies précédemment. On obtient ainsi un engrenage meurtrier pour quiconque tentent de s’interposer.
Ces autres protagonistes ne sont pas de simple faire-valoir semant simplement des embûches face aux initiatives de ce duo antagoniste. L’auteur leur accorde l’espace nécessaire pour développer leur personnalité ainsi que leurs motivations. Nous comprenons mieux leur choix et les conséquences occasionnées. Nous pouvons aussi nous attacher à leur parcours et sommes impactés par le dénouement de leur vie.
Nous sommes d'ailleurs plus surpris par les actions des êtres en périphérie. Ils apportent une instabilité dans la progression linéaire de ces deux hommes.
Le récit met ainsi en exergue les répercussions des intérêts individuels sur le bien commun. En s’obstinant à protéger sa famille à tout prix, notre juge détruit indirectement celle des autres. Il entre dans une spirale infernale où chaque tentative d’apaisement occasionne une réaction opposée.

Sans être surprenant dans la trajectoire adoptée, l’œuvre développe efficacement ses personnages. Leur évolution est source de tension car chacun souhaite mener à bien son objectif personnel. Nous sommes ainsi affectés par les dangers pris par certains.
Outre l’empathie ressentie pour cette galerie de protagonistes, nous avons aussi une vision d’ensemble complète des enjeux et leurs répercussions.
Your Honor est donc une série remplissant aisément ses objectifs et réussit à nous tenir en haleine de bout en bout. Une seconde saison est en préparation afin de dévoiler plus encore l'enfer personnel vécu par ses personnages.




Your Honor saison 1 de Peter Moffat

mercredi 15 septembre 2021

 American’s psychosis 


Synopsis:

Une famille noire emménage dans un quartier blanc de Los Angeles. Elle devra affronter des forces maléfiques, venues de leur voisinage et d'ailleurs, qui vont tenter de les détruire.


Mon avis:

Série anthologique en devenir, Them est une création de Little Marvin et est notamment produite par Lena Waithe. Cette première saison intitulée Covenant nous positionne aux côtés d’une famille afro-américaine tentant de se reconstruire après un évènement traumatique.

Le premier épisode est une exposition efficace de son univers. Nous appréhendons l’ensemble des éléments nécessaires pour s’immerger dans ce milieu.
Chaque chapitre correspond à une journée au sein d’East Compton. Loin d’être une retranscription linéaire des évènements, l’œuvre mêle les enjeux présents avec la trajectoire passée de nos protagonistes.
Au fil du temps, nous obtenons ainsi un tableau complet sur le profil des individus et comprenons mieux leurs mécanismes de défense.
De même, bien que nous évoluons du côté de Lucky et sa famille, il n’est pas rare de les délaisser aux profits d’autres groupes pour mieux comprendre la trajectoire des évènements.
L’avancement du récit lève le voile sur la personnalité des protagonistes tout en développant une menace opaque autour de ces nouveaux arrivants.
Cette structure narrative permet d’avoir une meilleure compréhension des comportements individuels tout en créant une tension constante via la présence latente d’un danger autant surnaturelle que physique.

 

La thématique explicite du récit est l’observation du racisme institutionnalisé aux États-Unis durant sa seconde phase ségrégationniste. Nous voyons comment des individus afro-américains subissent un harcèlement constant tout au long de leur vie quotidienne autant dans des lieux publics que privés. Nous constatons la pression que ces actes représentent à l’égard des opprimés mais aussi comment cette répression est mise en place et est alimentée.
L’originalité de l’œuvre est d’aborder le sujet des conséquences psychiques profondes qu’occasionnent ces sévices. Sans en formuler les termes scientifiques ou médicaux, les auteurs retranscrivent le développement de maladies mentales. Ces dernières sont présentées comme des mécanismes de défense pour cette famille perdant pied face à une réalité bien trop violente et inégale.
La structure des épisodes permet de se concentrer sur chacun des membres de la famille. Leur problème de santé est personnifié par une entité maléfique faisant aussi écho à l’histoire des États-Unis.

Les enjeux sont donc doubles. Il y a un combat interne à mener pour s’émanciper de mécanismes toxiques développer suite à des évènements traumatisants. Il y a aussi une lutte commune pour déjouer un système politique et social construit pour perdurer cette ségrégation d’une façon plus insidieuse.
Les auteurs évitent de tomber dans un manichéisme et tente de dresser des portraits d’individus denses pour mieux refléter les dilemmes moraux de ses personnages.
Cette complexité influe sur la trajectoire scénaristique. Certains événements de prime abord linéaires se voient parasiter par des initiatives individuelles. L’issue de cette saison n’en est que plus incertaine.

Outre ses qualités d’écriture, la réalisation est à la hauteur de son sujet. L’oppression ressentie par la famille est palpable. La retranscription de cette époque facilite l’immersion. La caractérisation des entités maléfiques est fascinante. Chacun de ces éléments est traité avec soin et permet d’obtenir une œuvre cinématographique captivante.
Nous plongeons entièrement dans ce cauchemar éveillé. L’alternance des points de vue apporte une variété d’ambiance dans cet univers et casse ainsi l’uniformisation du quartier résidentiel où réside notre famille. Cette diversité permet de garder un rythme constant sur les dix épisodes de cette saison.

En somme, Them est une belle découverte alliant une forme fascinante à un fond pertinent. Le format s’accorde ainsi parfaitement à son récit.
C’est donc avec curiosité et impatience que nous attendons les prochaines saisons de cette nouvelle anthologie.


 

Them : Covenant de Little Marvin

mardi 10 août 2021

 Tell me a story

Synopsis:

Fred, un rédacteur frustré, s'installe dans une cabane pour commencer enfin son premier roman. Il rencontre Fanny, une jeune auteure d'horreur à succès et pleine de suffisance. Lors d'une panne de courant, Fanny met Fred au défi de raconter une histoire effrayante...

Scare me Josh Ruben

Mon avis:

L’univers horrifique nous berce depuis des décennies avec des anthologies que ce soit sous forme de comics avec Creepshow, de séries avec American Horror Story ou de films avec The Mortuary Collection.
Dans le septième art, il est courant de se retrouver avec des œuvres à la qualité variable et au fil rouge inexistant. Certains assument le délaissement de leur trame de fond pour se concentrer sur les sketches uniquement. C’est le cas de la saga V/H/S.
Il est par contre difficilement concevable qu’une anthologie se concentre sur son fil rouge plutôt que sur ses récits annexes. C’est pourtant ce que propose Josh Ruben.

Dans cette œuvre, nous sommes placés aux côtés de Fred. Le trajet le menant jusqu’au chalet donne la tonalité de l’œuvre. Nous avons un mélange d’humour et de références cinématographiques ponctuant les échanges entre la conductrice et notre protagoniste.
L’auteur prend ensuite le temps de nous présenter les lieux et les raisons amenant à ce huis-clos. Une fois ces éléments acquis, l’œuvre prend une tournure peu conventionnelle en nous invitant à plonger pleinement dans une joute verbale imagée et imaginative.
En effet, le récit reste ancré dans son lieu d’origine, le chalet et ses environs. Les histoires narrées ne sont en aucun cas des moments d’évasions. Leur présence est toute autre. Elles sont des dynamiques entre les protagonistes.

À travers les contes se jouent un combat d’égo entre deux individus diamétralement opposés.
D’un côté nous avons Fred. Il occupe un emploi quelconque en tant que cadre et rêve d’être un écrivain à succès.
De l’autre nous avons Fanny. Elle a connu la renommée suite à un livre horrifique et travaille sur son futur projet.
Cette rencontre entre deux trajectoires antagonistes provoque une confrontation riche en faux-semblants.
L’homme tente de prouver qu’il a les capacités nécessaires pour devenir romancier tandis que la femme offre une démonstration de son talent à cet auditoire réduit.
Le récit alterne donc entre ces récits et des moments d’analyse de la performance proposée. Au fil du temps, les enjeux évoluent et la frontière entre création et réalité se brouille afin d’accentuer la tension entre les personnages.

Scare me Josh Ruben Screenshooter Aya Cash
 

Afin de compenser son unité de lieu et de temps, l’auteur se repose entièrement sur sa mise en scène.
Plus que de simples narrateurs, le duo joue les différents rôles au sein de leurs contes. Il est captivant d’assister à leur performance. L’environnement est mis à profit afin de faciliter l’immersion. De même, bien que se déroulant dans le chalet, les effets sonores se synchronisent avec les fictions contées.
À défaut de nous montrer l’adaptation visuelle de leurs propos, nous avons la possibilité de nous imaginer les scènes en nous basant sur ces éléments.
Le spectateur devient ainsi l’audience privée de sketchs qui ne verront jamais le jour. Il est attendu de sa part une certaine implication afin de se projeter dans ces fictions.
De par cette approche, Scare Me adopte une posture théâtrale dans sa mise en scène : l’unité de décors, les artifices visuels et sonores, le jeu d’acteur haut en couleur. Nous avons ainsi une structure hybride où la cinématographie laisse place au spectacle vivant à différents instants. Une approche paradoxale sachant que le cinéma est considéré comme un spectacle mort.
Les entractes entre les différentes scènes permettent d’évaluer la prestation offerte et l’impact sur la dynamique entre les personnages. Cette alternance entre les représentations donne un rythme à l’œuvre. De même, l’auteur injecte de nouveaux éléments constamment afin d’éviter une monotonie dans les évènements.
Une fois le concept assimilé et accepté, le récit ne cesse de se renouveler et se diversifier.

En somme, l’œuvre repose l’ensemble de son univers sur le concept énoncé. Le ressenti du spectateur vis-à-vis de cette expérience dépendra de son acceptation au concept.
On retrouve dans tous les cas des qualités de mise en scène indéniables. Le film est une excellente carte de visite pour Josh Ruben. Sa proposition horrifique est pertinente et montre sa parfaite compréhension des mécanismes inhérents au genre.
On espère que son prochain projet, Werewolves within, permettra de confirmer les promesses esquissées dans ce premier long. 



Scare me de Josh Ruben

lundi 26 juillet 2021

 Hey, I’m a good guy !

 

Synopsis: 

Tout le monde s’entendait pour dire que Cassie était une jeune femme pleine d’avenir…jusqu’à ce qu’un évènement inattendu ne vienne tout bouleverser. Mais rien dans la vie de Cassie n’est en fait conforme aux apparences : elle est aussi intelligente que rusée, séduisante que calculatrice et mène une double vie dès la nuit tombée.

Promising Young Woman Emerald Fennell Screenshooter Carey Mulligan

Mon avis:

Débutant sa carrière en tant qu’actrice en 2010, Emerald Fennell passe à la réalisation en 2018 avec le court-métrage Careful How You Go.
En 2021, la réalisatrice revient avec Promising Young Woman. Ce long-métrage a remporté l’Oscar du Meilleur scénario original et deux prix au BAFTA (Meilleur film britannique, Meilleur scénario original). Des distinctions prestigieuses pour son premier long ne faisant qu’alimenter notre curiosité quant à cette première œuvre.

En quelques scènes, la réalisatrice dresse efficacement son décor. Nous adopterons uniquement le point de vue de Cassie. Nous l’accompagnons durant un fragment de sa vie. Une courte période terriblement charnière pour son existence.
Le spectateur est appelé à rassembler les pièces du puzzle de son passé afin de comprendre son parcours. Les interactions auprès d’autres individus nous permettent de mieux cerner notre protagoniste et les raisons de sa situation.
Pendant que cette jeune femme oscille entre quête vengeresse et l’espoir d’une paix salutaire, nous sommes amenés à nous interroger sur nos rapports avec notre entourage. Le récit est composé d’une galerie de personnes toxiques à un degré variable. Cette diversité permet d’avoir un tableau complet sur les différents êtres permettant à ce que des actes destructeurs puissent être perpétrés en toute impunité.
L'autrice évite pour autant tout manichéisme en montrant les failles de chacun et les possibles tentatives de rédemption de certains.

Promising Young Woman Emerald Fennell Screenshooter Carey Mulligan
 

Pour aborder un sujet aussi dense et tragique, l’autrice opte pour une tonalité douce-amère. La personnalité de Cassie est détonante. Ses traumatismes l’ont autant détruit socialement que renforcer grâce à des mécanismes de défense. En ressort une irrévérence constante dans ses interactions auprès d’autrui. Cette attitude contextualisée avec son passé permet de générer de l’empathie pour cette personne.
Cette approche permet de suivre les tourments internes de la jeune femme sans avoir à les expliciter. Nous comprenons ses agissements et ses hésitations car nous avons suivi au plus près ses instants.
À travers son parcours, Emerald Fennell dresse le portrait d’une femme traumatisée par son passé et laissée pour compte dans son processus de reconstruction. Bien qu’entouré dans son quotidien, il en ressort une profonde solitude dans ses errances. L’incompréhension des autres ne fait que renforcer son isolement.
Nous nous retrouvons donc dans une posture double. La première en tant que témoin des événements de sa vie et son combat. La seconde en tant qu’unique confident capable de comprendre sa démarche. En effet, que nous cautionnons ou non ses actes, nous ne pouvons pas nier la douleur et le désespoir qui l’anime.
En ce sens, la trajectoire émotionnelle de notre héroïne est riche et l’autrice n’hésite pas à nous malmener face aux situations qu’elle doit traverser.

Une fois le générique de fin amorcé, nous sommes partagés entre une profonde tristesse et l’admiration pour ce parcours. Il est stupéfiant de constater que Promising Young Woman n’est que la première réalisation d’Emerald Fennell tant l’œuvre est maîtrisée de bout en bout.
Il est certain que la carrière de cette artiste est à suivre de près afin de découvrir la diversité de son univers en devenir. Son prochain projet est Zatanna où elle officie en tant que scénariste.



Promising Young Woman d'Emerald Fennell

mardi 13 juillet 2021

 Martyrs

Synopsis:

Les extraterrestres ont envahi la Terre. Occupée, la ville de Chicago se divise entre les collaborateurs qui ont juré allégeance à l’envahisseur et les rebelles qui les combattent dans la clandestinité depuis dix ans.

Captive State Rupert Wyatt Screenshooter Ashton Sanders


Mon avis:

Réalisateur à la carrière aussi discrète qu’inconstante, Rupert Wyatt s’est fait connaitre du grand public avec le reboot de La planète des singes en 2011.
Sept années plus tard, il retrouve le chemin des salles obscures avec Captive State.

Ouvrant sur une scène d’évacuation à la conclusion tragique, l’auteur nous présente efficacement la sédition de la Terre au profit de l’envahisseur. Nous comprenons ainsi rapidement l’environnement dans lequel évolue Gabriel. Le suivi de son quotidien nous permet d’observer l’ordre et la répression établie.
En parallèle, nous voyons les actions d’autres individus. Ces personnes offrent une vision complète sur la refonte de la société terrienne autant pour les civils que pour les organismes “étatiques”.
Sur le fond, la thématique est donc plutôt convenue. Nous avons une situation d’oppression et le parcours d’individus souhaitant mettre fin à cette terreur.

L’intérêt du film réside dans sa construction narrative. En effet, nous débarquons dans un récit où une opération inconnue est en cours de préparation. Les personnes que nous suivons connaissent pour la plupart leur rôle à jouer dans ce pan de l'Histoire. Notre seul point d’ancrage est Gabriel. Ce dernier devient un maillon tardif au sein de cette mission. Il nous permet ainsi de glaner certaines informations pour avoir une esquisse de l’action à venir. Nous sommes ainsi invités à analyser les scènes pour comprendre les relations entre les protagonistes et deviner leurs réelles intentions.

Captive State Rupert Wyatt Screenshooter Vera Farmiga
 

L’ensemble baigne dans une atmosphère paranoïaque et conspirationniste. Bien que nous soyons dans un film traitant d’une présence extraterrestre, les entités aliens sont peu visibles. Leur faible présence renforce le réalisme des situations. L’œuvre dégage une atmosphère plus proche des films abordant des complots en période de guerre froide plutôt qu’un film de science-fiction.
La différence réside dans le rapport de force. Les long-métrages tels que Les trois jours du Condor ou Les hommes du président avaient pour enjeux de déjouer une menace contre le système en place. Captive State est tout le contraire. Nous observons les instigateurs d’une opération visant à renverser l’Ordre établi. Cet objectif mis de côté, les mécanismes déployés sont similaires.
L’approche est pertinente et stimulante. Nous sommes captivés par la découverte des préparatifs bien que nous n’en connaissons pas la finalité.

Outre cette structure narrative judicieuse. Rupert Wyatt met à profit sa galerie de personnages pour dynamiser son récit. Nous sommes très proches de Gabriel pour suivre le déroulement des évènements. Pour autant, il est courant de changer de point de vue afin d’avoir une vision plus complète de ce qui se trame.

En somme, Captive State est un film intelligent et savamment orchestré. Sa conclusion offre toutes les réponses à nos interrogations et permet de mieux comprendre où se situe ce récit dans la chronologie de son univers. Une fois assimilé, il est difficile de ne pas faire de parallèle entre cette œuvre et le Planète des singes du même auteur.
Le long-métrage ne plaira pas forcément à tout le monde de par son approche quelque peu hermétique mais ravira les amateurs de soft science-fiction et de thrillers politiques.

 


 

Captive State de Rupert Wyatt

jeudi 1 juillet 2021

 The serenity beyond the disability

Synopsis:

Ruben et Lou, ensemble à la ville comme à la scène, sillonnent les Etats-Unis entre deux concerts. Un soir, Ruben est gêné par des acouphènes, et un médecin lui annonce qu'il sera bientôt sourd. Désemparé, et face à ses vieux démons, Ruben va devoir prendre une décision qui changera sa vie à jamais.

Sound of metal Darius Marder Screenshooter

Mon avis:

Réalisateur du documentaire Loot et scénariste de A place beyond the pines, Darius Marder retourne derrière la caméra pour mettre en scène sa première fiction : Sound of metal. Le projet puise sa genèse dans l’expérience de sa grand-mère devenue sourde à l’âge adulte.
Le film a fait une tournée fructueuse des festivals avec notamment les Oscars du Meilleur Montage et Meilleur Son lors de cette 93éme édition.

Comme tout récit initiatique, l’œuvre se découpe implicitement en chapitres représentant les différentes étapes d’acceptation de ce changement.
La première partie apporte les bases nécessaires pour comprendre les différents enjeux. Nous suivons le jeune couple dans leur mode de vie peu commun se résumant à prendre la route et s’arrêter le temps d’une représentation. Le metteur en scène opte pour des plans rapprochés pour nous partager ce quotidien et rendre l'immersion plus sensitif. Ainsi, lorsque les premiers signes de défaillance apparaissent, nous comprenons instantanément l’impact que ce bouleversement provoque dans les habitudes du jeune homme.
La suite des événements adopte une trajectoire bien moins pessimiste que le synopsis peut laisser supposer. Le point de départ est un terreau idéal pour analyser les processus autodestructeurs d’un individu perdant le contrôle de son corps. L'auteur préfère présenter comment une altération de notre enveloppe biologique n’est pas une fatalité mais une opportunité pour se renouveler.
Ce choix audacieux nous permet de découvrir sous un angle différent le quotidien des personnes malentendantes.
Comme l’indique l’un des protagonistes, le but de ce voyage n’est pas de se réparer mais de se redéfinir. Ce mode de pensées imprègne l’ensemble du récit. Notre jeune batteur, Ruben, lutte constamment entre sa volonté de retrouver sa vie de musicien itinérant et la nécessaire acceptation d’un tournant majeur dans son existence.

Sound of metal Darius Marder Screenshooter
 

Pour retranscrire ce périple, l’auteur opte pour une immersion sonore quasi-totale. Dans la majeure partie de l’œuvre, nous entendons l’environnement de la même façon que Ruben. Lorsque nous redevenons omniscients, cela nous permet d’assimiler des informations complémentaires. Le son est ainsi un moteur d’empathie pour les protagonistes autant qu’un outil pédagogique pour notre compréhension des mécanismes d’échanges avec des personnes sourdes.
La disparition de l’environnement sonore de la première partie est un excellent moyen pour le spectateur de comprendre les chamboulements s'opérant dans le quotidien de Ruben. Darius Marder nous positionne ainsi au même niveau que son personnage et permet de justifier son comportement à venir.
L’absence de voix nécessite de développer le langage corporel. En ce sens, diverses informations sur les relations entre les personnages ou les sentiments qui les traversent se lisent plus qu’ils ne s’expriment oralement.
Ces différents éléments permettent de créer un environnement réaliste. Nous acceptons et comprenons mieux la trajectoire de Ruben. Nous apprenons autant que le jeune homme sur les moyens de communication adoptés par les personnes malentendantes.

Durant deux heures, le réalisateur nous aura invité dans une expérience immersive et émouvante. Loin de l’œuvre nihiliste que son synopsis pouvait présager, Sound of Metal est au contraire un voyage lumineux nous apprenant à trouver le meilleur dans chacune des situations traversées.



Sound of metal de Darius Marder

dimanche 13 juin 2021

 American Dream

Synopsis:

En 1950, les états du sud des États-Unis ont connu des vagues migratoires depuis le début du siècle précédent. À Kansas City, dans le Missouri, deux syndicats du crime instaurent une paix difficile. Le premier est d'origine italienne, le second est afro-américain. Ensemble, ils contrôlent l'économie souterraine qui repose sur la corruption, l'exploitation et la drogue.

Fargo saison 4 Noah Hawley Screenshooter

Mon avis:

Créé en 2014 par Noah Hawley, Fargo était initialement une adaptation du film éponyme des frères Coen. Par la suite, la série a muté en anthologie reprenant les codes scénaristiques établis dans la première saison.
Cette quatrième itération s’intéresse aux conflits entre familles mafieuses.

Le premier épisode dresse efficacement le cadre du récit. Nous suivons les différentes vagues d’émigrations aux Etats-Unis durant le XXème siècle par le prisme de la criminalité. Cette introduction nous permet de comprendre les rituels en place et découvrir les protagonistes dans leur environnement.
Comme lors des précédentes saisons, nous allons assister à une succession de mauvais choix entrainant des situations dramatiques. Il est toujours stimulant d’observer comment les actions individuelles deviennent des problèmes pour un collectif.

L’histoire fait la part belle à ses personnages. Nous naviguons entre un policier ayant des TOCs, un Marshall mormon, une infirmière ayant oublié son serment d’Hippocrate et bien d’autres encore. Cette diversité vertigineuse forme une base scénaristique solide où les interactions entre ces individus redéfinis les enjeux constamment.
Cette galerie de protagonistes empêche toute anticipation des actions à venir. La trajectoire dramatique de certains d’entre eux n’en est que plus dramatique voire pathétique.
Leur instant final en est souvent le reflet de leur identité, leur vécu. Le lâche sera assassiné sans avoir pu répliquer. L’impulsif périra par précipitation. Le renégat tombera dans l’oubli et ainsi de suite.


Fargo saison 4 Noah Hawley Screenshooter


Au-delà de sa forme, cette saison plus encore que les précédentes tisse un tableau intéressant sur tout un pan de l’Histoire des États-Unis. Bien que nous assistons à un affrontement entre deux clans distincts, ils font pourtant partie d’une même famille : les parias.
En effet, lors de nombreux moments, l’auteur nous rappelle les discriminations subies par ces générations d’immigrés. Entre la ségrégation et les préjugés racistes, il est difficile pour eux de réaliser leur Rêve Américain tant espéré. De ce fait, emprunter les voies de l’illégalité pour atteindre cet objectif tient autant de la facilité que de la nécessité.
Une facilité se traduisant par un refus de se battre contre l’injustice subie mais plutôt de sortir des horizons bouchés pour s’emparer d’autres amoraux.
Une nécessité étant donné que les perspectives d’avenir en tant qu’opprimés dans une société raciste sont minces. L’accès à cette alternative devient donc le seul espoir pour survivre.
Ce sujet de fond est instillé discrètement tout au long de la saison à travers le comportement des individus ou des lieux qu’ils visitent. Il n’est pas le thème principal de cette histoire mais plutôt la base de celle-ci.

Avec cette quatrième saison, Fargo continue de se renouveler tout en reprenant une recette efficace. Le casting est toujours aussi qualitatif. Le rythme est soutenu et les situations aussi diverses qu’imprévisible. L’humour est mordant et la tragédie est percutante.
On ne peut qu’espérer avoir la chance de découvrir de nouveaux récits issus de cet univers Coennien.

 


 

Fargo saison 4 de Noah Hawley

mercredi 2 juin 2021

 Nightwatch

Synopsis:

New York, Brooklyn. Après avoir fui sa communauté juive orthodoxe, Yakov accepte contre son gré d'assurer la veillée funèbre d'un membre décédé de celle-ci. Désormais seul avec le corps dans une maison délabrée, il se retrouve confronté à des phénomènes étranges et de plus en plus inquiétants…

The Vigil Keith Thomas Screenshooter
 

Mon avis:

Débutant sa carrière avec le court-métrage Arkane, Keith Thomas enchaine deux années après avec son premier long, The Vigil.

L’auteur nous place aux côtés de Yakov. Ce jeune homme de confession juive tente de se reconstruire après un événement tragique. L’introduction se déroule lors d’une séance d’entraide. Elle nous permet de comprendre la situation de notre protagoniste. Nous cernons rapidement sa personnalité via ses interactions lors de cette session de groupe.
Une fois la réunion terminée, nous sommes directement plongés au cœur du sujet. Le cadre et les raisons amenant à cette veillée funèbre sont ainsi établis à travers l’action des différents personnages. Ces informations nous sont transmises lors du trajet entre les deux bâtisses. Nous avons ensuite une présentation sommaire de la maison du défunt ainsi que du couple y logeant. Le manque d’informations participera à la génération de tensions lors des événements à venir.

The Vigil Keith Thomas Screenshooter
 

L’œuvre nous offre de beaux moments de tensions. L'environnement calme à la lumière tamisée de cette demeure est un terrain fertile pour exploiter les mécanismes horrifiques. Le peu d’informations sur ce lieu renforce notre peur de l’inconnu.
L’intelligence de l’auteur est de nous placer au même niveau que son protagoniste. Ses découvertes quant aux résidents de cette bâtisse sont les nôtres. Nous sommes entièrement impliqués dans cette volonté de comprendre la cause de ces manifestations.  Nous ressentons ainsi plus facilement la tension des événements traversés. Le moindre de ses déplacements s’accompagnent d’une anxiété quant aux nouvelles découverte que nous pourrions faire.
Nous sommes plongés dans un huis-clos anxiogène. Pour autant, le récit est ponctué de courts flashbacks afin de mieux comprendre les différents personnages. Loin d’être des bouffées d’air, ces moments évoquent les traumatismes de ces individus. Nous en apprenons plus sur nos compagnons sans pour autant trouver une lueur d’espoir dans tout cet univers.
Nous n’avons que très peu de répits durant cette veillé
funèbre. L’auteur relance constamment son intrigue via des manifestations surnaturelles tout en fournissant de nouvelles informations.

En somme, The vigil se trouve être une bonne surprise. Son faible éclairage est un atout indéniable pour jouer sur la peur des ténèbres tout en renforçant le réalisme des situations exposées. L’incursion dans les rites judaïques permettent d’explorer une autre culture de l’épouvante. L’une des seules faiblesses de l’œuvre réside dans son final bien trop expéditif et trop timorée comparé à la tension accumulée tout au long de cette nuit.
Le prochain projet de Keith Thomas est une adaptation de Firestarter, un roman de Stephen King.


 

 

The Vigil de Keith Thomas

mercredi 12 mai 2021

 White Demons

Synopsis:

1825, au cœur de la colonisation de l’Australie. Après le massacre de toute sa famille, une jeune irlandaise traverse les terres tasmaniennes et rumine sa vengeance contre les soldats britanniques responsables de son malheur.

The nightindale Jennifer Kent Screenshooter

Mon avis:

Après la découverte de Mister Babadook en 2014, le deuxième film de Jennifer Kent aura mis à du temps à arriver dans notre contré. Sorti en 2018 en Australie, The Nightindale a reçu le prix du Jury lors de la Mostra de Venise en cette même année ainsi que le prix du jury lyonnais lors de la 13éme édition des Hallucinations Collectives.

Commençant dans une bourgade isolée en pleine nature, nous découvrons le quotidien de Clare au sein d’une compagnie d’infanterie où elle en est la commise. Nous comprenons rapidement le quotidien harassant qu’elle subit. Bien évidemment, notre arrivée dans son univers signifie le début d’un calvaire à venir. Nous assistons donc aux agressions qu’elle endure jusqu’au point de non-retour. Cet instant fatidique amorce un voyage initiatique motivé par la vengeance.
La suite du récit est une traque en pleine nature. Nous naviguons entre les deux parties, chacun d’eux ayant des objectifs bien distincts. Les différentes rencontres effectuées sur leur chemin viendront mettre à mal leur plan respectif.

La réalisatrice s’empare ainsi des codes du Rape&Revenge pour retracer une part sombre de l’Histoire australienne. À travers le parcours de cette jeune femme, nous découvrons les conditions de vie des opprimés. Il est intéressant et intelligent d’avoir créé un tandem antinomique représentant le destin des minorités sur ces terres.
Le périple initié par ces deux personnes nous permettra de mieux comprendre leur histoire. On retrouve des mécanismes narratifs classiques dans la rencontre entre des inconnus. Nous passons ainsi de la méfiance et du rejet à la découverte de l’autre. Ce processus permet de développer de l’empathie pour ces individus. L'autrice évite de tomber dans le manichéisme primaire en créant des êtres imparfaits.
L’exemple le plus flagrant concerne Clare. Nous la découvrons en tant qu’individu soumis à une autorité oppressive et développons donc de la compassion à son égard. Pour autant, lorsqu’elle se mettra en chemin pour réclamer vengeance, elle adoptera des comportements de dominant envers son guide. La définition de ce personnage représente parfaitement la complexité des rapports au sein de nos société.
L’ensemble des rencontres se produisant lors de leur périple permettra à l’autrice de dresser un tableau complet de l’Australie à cette époque.

The nightindale Jennifer Kent Screenshooter
 

Ce sujet de fond est distillé dans l’œuvre et permet de dynamiser le récit sur toute sa longueur. Sur un plan fictionnel, ces différentes interactions évitent au film de sombrer dans un rythme de croisière où seule compte la progression des deux équipes L’intervention d’éléments externes a donc autant un intérêt historique que scénaristique.
Outre le soin apporté à l’écriture des protagonistes, Jennifer Kent adopte aussi un format d'images obligeant l’œil du spectateur à se focaliser sur les individus dans le cadre. Ce choix est cohérent avec la démarche de la réalisatrice. Le but n’est pas de suivre ces êtres dans l’immensité de cette nature sauvage mais au contraire de mettre en avant la nature de ces êtres et leur sauvagerie.
Ce ratio renforce l’impact des scènes les plus dures. En effet, ce travail de mémoire intègre évidemment les plus viles exactions perpétrées par les colons. Lors de sa tournée des festivals, des retours faisaient état d’une violence pouvant être insupportable pour les spectateurs. La mise en images et la volonté de montrer frontalement et cliniquement les méfaits sont à l’origine de ces réactions. Ces instants sont dépeints de façon frontale certes mais toujours dans une démarche de réalisme vis-à-vis de l’époque investie.
Une mise en scène intelligente donc se mettant au profit de son récit sans chercher à l’altérer.

En somme, le deuxième long-métrage confirme le talent de la réalisatrice. Sa capacité à s’emparer d’un genre et de le mettre au profit d’un sujet est passionnant. Nous pourrions simplement avoir des réserves sur la durée de l’œuvre. Certains moments auraient pu être écourtés au profit d’un rythme plus soutenu. Il n’en reste que la proposition est pertinente et percutante à plusieurs niveaux.
Le prochain projet de Jennifer Kent semble être dans la lignée de ses précédents puisqu’il sera une adaptation du roman d’Alexis Coe intitulé Alice + Freda Forever. L’histoire s’intéresse à la romance entre deux femmes à la fin du XIXéme siècle.

 




The nightingale de Jennifer Kent

mercredi 21 avril 2021