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 The serenity beyond the disability

Synopsis:

Ruben et Lou, ensemble à la ville comme à la scène, sillonnent les Etats-Unis entre deux concerts. Un soir, Ruben est gêné par des acouphènes, et un médecin lui annonce qu'il sera bientôt sourd. Désemparé, et face à ses vieux démons, Ruben va devoir prendre une décision qui changera sa vie à jamais.

Sound of metal Darius Marder Screenshooter

Mon avis:

Réalisateur du documentaire Loot et scénariste de A place beyond the pines, Darius Marder retourne derrière la caméra pour mettre en scène sa première fiction : Sound of metal. Le projet puise sa genèse dans l’expérience de sa grand-mère devenue sourde à l’âge adulte.
Le film a fait une tournée fructueuse des festivals avec notamment les Oscars du Meilleur Montage et Meilleur Son lors de cette 93éme édition.

Comme tout récit initiatique, l’œuvre se découpe implicitement en chapitres représentant les différentes étapes d’acceptation de ce changement.
La première partie apporte les bases nécessaires pour comprendre les différents enjeux. Nous suivons le jeune couple dans leur mode de vie peu commun se résumant à prendre la route et s’arrêter le temps d’une représentation. Le metteur en scène opte pour des plans rapprochés pour nous partager ce quotidien et rendre l'immersion plus sensitif. Ainsi, lorsque les premiers signes de défaillance apparaissent, nous comprenons instantanément l’impact que ce bouleversement provoque dans les habitudes du jeune homme.
La suite des événements adopte une trajectoire bien moins pessimiste que le synopsis peut laisser supposer. Le point de départ est un terreau idéal pour analyser les processus autodestructeurs d’un individu perdant le contrôle de son corps. L'auteur préfère présenter comment une altération de notre enveloppe biologique n’est pas une fatalité mais une opportunité pour se renouveler.
Ce choix audacieux nous permet de découvrir sous un angle différent le quotidien des personnes malentendantes.
Comme l’indique l’un des protagonistes, le but de ce voyage n’est pas de se réparer mais de se redéfinir. Ce mode de pensées imprègne l’ensemble du récit. Notre jeune batteur, Ruben, lutte constamment entre sa volonté de retrouver sa vie de musicien itinérant et la nécessaire acceptation d’un tournant majeur dans son existence.

Sound of metal Darius Marder Screenshooter
 

Pour retranscrire ce périple, l’auteur opte pour une immersion sonore quasi-totale. Dans la majeure partie de l’œuvre, nous entendons l’environnement de la même façon que Ruben. Lorsque nous redevenons omniscients, cela nous permet d’assimiler des informations complémentaires. Le son est ainsi un moteur d’empathie pour les protagonistes autant qu’un outil pédagogique pour notre compréhension des mécanismes d’échanges avec des personnes sourdes.
La disparition de l’environnement sonore de la première partie est un excellent moyen pour le spectateur de comprendre les chamboulements s'opérant dans le quotidien de Ruben. Darius Marder nous positionne ainsi au même niveau que son personnage et permet de justifier son comportement à venir.
L’absence de voix nécessite de développer le langage corporel. En ce sens, diverses informations sur les relations entre les personnages ou les sentiments qui les traversent se lisent plus qu’ils ne s’expriment oralement.
Ces différents éléments permettent de créer un environnement réaliste. Nous acceptons et comprenons mieux la trajectoire de Ruben. Nous apprenons autant que le jeune homme sur les moyens de communication adoptés par les personnes malentendantes.

Durant deux heures, le réalisateur nous aura invité dans une expérience immersive et émouvante. Loin de l’œuvre nihiliste que son synopsis pouvait présager, Sound of Metal est au contraire un voyage lumineux nous apprenant à trouver le meilleur dans chacune des situations traversées.



Sound of metal de Darius Marder

dimanche 13 juin 2021

 American Dream

Synopsis:

En 1950, les états du sud des États-Unis ont connu des vagues migratoires depuis le début du siècle précédent. À Kansas City, dans le Missouri, deux syndicats du crime instaurent une paix difficile. Le premier est d'origine italienne, le second est afro-américain. Ensemble, ils contrôlent l'économie souterraine qui repose sur la corruption, l'exploitation et la drogue.

Fargo saison 4 Noah Hawley Screenshooter

Mon avis:

Créé en 2014 par Noah Hawley, Fargo était initialement une adaptation du film éponyme des frères Coen. Par la suite, la série a muté en anthologie reprenant les codes scénaristiques établis dans la première saison.
Cette quatrième itération s’intéresse aux conflits entre familles mafieuses.

Le premier épisode dresse efficacement le cadre du récit. Nous suivons les différentes vagues d’émigrations aux Etats-Unis durant le XXème siècle par le prisme de la criminalité. Cette introduction nous permet de comprendre les rituels en place et découvrir les protagonistes dans leur environnement.
Comme lors des précédentes saisons, nous allons assister à une succession de mauvais choix entrainant des situations dramatiques. Il est toujours stimulant d’observer comment les actions individuelles deviennent des problèmes pour un collectif.

L’histoire fait la part belle à ses personnages. Nous naviguons entre un policier ayant des TOCs, un Marshall mormon, une infirmière ayant oublié son serment d’Hippocrate et bien d’autres encore. Cette diversité vertigineuse forme une base scénaristique solide où les interactions entre ces individus redéfinis les enjeux constamment.
Cette galerie de protagonistes empêche toute anticipation des actions à venir. La trajectoire dramatique de certains d’entre eux n’en est que plus dramatique voire pathétique.
Leur instant final en est souvent le reflet de leur identité, leur vécu. Le lâche sera assassiné sans avoir pu répliquer. L’impulsif périra par précipitation. Le renégat tombera dans l’oubli et ainsi de suite.


Fargo saison 4 Noah Hawley Screenshooter


Au-delà de sa forme, cette saison plus encore que les précédentes tisse un tableau intéressant sur tout un pan de l’Histoire des États-Unis. Bien que nous assistons à un affrontement entre deux clans distincts, ils font pourtant partie d’une même famille : les parias.
En effet, lors de nombreux moments, l’auteur nous rappelle les discriminations subies par ces générations d’immigrés. Entre la ségrégation et les préjugés racistes, il est difficile pour eux de réaliser leur Rêve Américain tant espéré. De ce fait, emprunter les voies de l’illégalité pour atteindre cet objectif tient autant de la facilité que de la nécessité.
Une facilité se traduisant par un refus de se battre contre l’injustice subie mais plutôt de sortir des horizons bouchés pour s’emparer d’autres amoraux.
Une nécessité étant donné que les perspectives d’avenir en tant qu’opprimés dans une société raciste sont minces. L’accès à cette alternative devient donc le seul espoir pour survivre.
Ce sujet de fond est instillé discrètement tout au long de la saison à travers le comportement des individus ou des lieux qu’ils visitent. Il n’est pas le thème principal de cette histoire mais plutôt la base de celle-ci.

Avec cette quatrième saison, Fargo continue de se renouveler tout en reprenant une recette efficace. Le casting est toujours aussi qualitatif. Le rythme est soutenu et les situations aussi diverses qu’imprévisible. L’humour est mordant et la tragédie est percutante.
On ne peut qu’espérer avoir la chance de découvrir de nouveaux récits issus de cet univers Coennien.

 


 

Fargo saison 4 de Noah Hawley

mercredi 2 juin 2021

 Nightwatch

Synopsis:

New York, Brooklyn. Après avoir fui sa communauté juive orthodoxe, Yakov accepte contre son gré d'assurer la veillée funèbre d'un membre décédé de celle-ci. Désormais seul avec le corps dans une maison délabrée, il se retrouve confronté à des phénomènes étranges et de plus en plus inquiétants…

The Vigil Keith Thomas Screenshooter
 

Mon avis:

Débutant sa carrière avec le court-métrage Arkane, Keith Thomas enchaine deux années après avec son premier long, The Vigil.

L’auteur nous place aux côtés de Yakov. Ce jeune homme de confession juive tente de se reconstruire après un événement tragique. L’introduction se déroule lors d’une séance d’entraide. Elle nous permet de comprendre la situation de notre protagoniste. Nous cernons rapidement sa personnalité via ses interactions lors de cette session de groupe.
Une fois la réunion terminée, nous sommes directement plongés au cœur du sujet. Le cadre et les raisons amenant à cette veillée funèbre sont ainsi établis à travers l’action des différents personnages. Ces informations nous sont transmises lors du trajet entre les deux bâtisses. Nous avons ensuite une présentation sommaire de la maison du défunt ainsi que du couple y logeant. Le manque d’informations participera à la génération de tensions lors des événements à venir.

The Vigil Keith Thomas Screenshooter
 

L’œuvre nous offre de beaux moments de tensions. L'environnement calme à la lumière tamisée de cette demeure est un terrain fertile pour exploiter les mécanismes horrifiques. Le peu d’informations sur ce lieu renforce notre peur de l’inconnu.
L’intelligence de l’auteur est de nous placer au même niveau que son protagoniste. Ses découvertes quant aux résidents de cette bâtisse sont les nôtres. Nous sommes entièrement impliqués dans cette volonté de comprendre la cause de ces manifestations.  Nous ressentons ainsi plus facilement la tension des événements traversés. Le moindre de ses déplacements s’accompagnent d’une anxiété quant aux nouvelles découverte que nous pourrions faire.
Nous sommes plongés dans un huis-clos anxiogène. Pour autant, le récit est ponctué de courts flashbacks afin de mieux comprendre les différents personnages. Loin d’être des bouffées d’air, ces moments évoquent les traumatismes de ces individus. Nous en apprenons plus sur nos compagnons sans pour autant trouver une lueur d’espoir dans tout cet univers.
Nous n’avons que très peu de répits durant cette veillé
funèbre. L’auteur relance constamment son intrigue via des manifestations surnaturelles tout en fournissant de nouvelles informations.

En somme, The vigil se trouve être une bonne surprise. Son faible éclairage est un atout indéniable pour jouer sur la peur des ténèbres tout en renforçant le réalisme des situations exposées. L’incursion dans les rites judaïques permettent d’explorer une autre culture de l’épouvante. L’une des seules faiblesses de l’œuvre réside dans son final bien trop expéditif et trop timorée comparé à la tension accumulée tout au long de cette nuit.
Le prochain projet de Keith Thomas est une adaptation de Firestarter, un roman de Stephen King.


 

 

The Vigil de Keith Thomas

mercredi 12 mai 2021

 White Demons

Synopsis:

1825, au cœur de la colonisation de l’Australie. Après le massacre de toute sa famille, une jeune irlandaise traverse les terres tasmaniennes et rumine sa vengeance contre les soldats britanniques responsables de son malheur.

The nightindale Jennifer Kent Screenshooter

Mon avis:

Après la découverte de Mister Babadook en 2014, le deuxième film de Jennifer Kent aura mis à du temps à arriver dans notre contré. Sorti en 2018 en Australie, The Nightindale a reçu le prix du Jury lors de la Mostra de Venise en cette même année ainsi que le prix du jury lyonnais lors de la 13éme édition des Hallucinations Collectives.

Commençant dans une bourgade isolée en pleine nature, nous découvrons le quotidien de Clare au sein d’une compagnie d’infanterie où elle en est la commise. Nous comprenons rapidement le quotidien harassant qu’elle subit. Bien évidemment, notre arrivée dans son univers signifie le début d’un calvaire à venir. Nous assistons donc aux agressions qu’elle endure jusqu’au point de non-retour. Cet instant fatidique amorce un voyage initiatique motivé par la vengeance.
La suite du récit est une traque en pleine nature. Nous naviguons entre les deux parties, chacun d’eux ayant des objectifs bien distincts. Les différentes rencontres effectuées sur leur chemin viendront mettre à mal leur plan respectif.

La réalisatrice s’empare ainsi des codes du Rape&Revenge pour retracer une part sombre de l’Histoire australienne. À travers le parcours de cette jeune femme, nous découvrons les conditions de vie des opprimés. Il est intéressant et intelligent d’avoir créé un tandem antinomique représentant le destin des minorités sur ces terres.
Le périple initié par ces deux personnes nous permettra de mieux comprendre leur histoire. On retrouve des mécanismes narratifs classiques dans la rencontre entre des inconnus. Nous passons ainsi de la méfiance et du rejet à la découverte de l’autre. Ce processus permet de développer de l’empathie pour ces individus. L'autrice évite de tomber dans le manichéisme primaire en créant des êtres imparfaits.
L’exemple le plus flagrant concerne Clare. Nous la découvrons en tant qu’individu soumis à une autorité oppressive et développons donc de la compassion à son égard. Pour autant, lorsqu’elle se mettra en chemin pour réclamer vengeance, elle adoptera des comportements de dominant envers son guide. La définition de ce personnage représente parfaitement la complexité des rapports au sein de nos société.
L’ensemble des rencontres se produisant lors de leur périple permettra à l’autrice de dresser un tableau complet de l’Australie à cette époque.

The nightindale Jennifer Kent Screenshooter
 

Ce sujet de fond est distillé dans l’œuvre et permet de dynamiser le récit sur toute sa longueur. Sur un plan fictionnel, ces différentes interactions évitent au film de sombrer dans un rythme de croisière où seule compte la progression des deux équipes L’intervention d’éléments externes a donc autant un intérêt historique que scénaristique.
Outre le soin apporté à l’écriture des protagonistes, Jennifer Kent adopte aussi un format d'images obligeant l’œil du spectateur à se focaliser sur les individus dans le cadre. Ce choix est cohérent avec la démarche de la réalisatrice. Le but n’est pas de suivre ces êtres dans l’immensité de cette nature sauvage mais au contraire de mettre en avant la nature de ces êtres et leur sauvagerie.
Ce ratio renforce l’impact des scènes les plus dures. En effet, ce travail de mémoire intègre évidemment les plus viles exactions perpétrées par les colons. Lors de sa tournée des festivals, des retours faisaient état d’une violence pouvant être insupportable pour les spectateurs. La mise en images et la volonté de montrer frontalement et cliniquement les méfaits sont à l’origine de ces réactions. Ces instants sont dépeints de façon frontale certes mais toujours dans une démarche de réalisme vis-à-vis de l’époque investie.
Une mise en scène intelligente donc se mettant au profit de son récit sans chercher à l’altérer.

En somme, le deuxième long-métrage confirme le talent de la réalisatrice. Sa capacité à s’emparer d’un genre et de le mettre au profit d’un sujet est passionnant. Nous pourrions simplement avoir des réserves sur la durée de l’œuvre. Certains moments auraient pu être écourtés au profit d’un rythme plus soutenu. Il n’en reste que la proposition est pertinente et percutante à plusieurs niveaux.
Le prochain projet de Jennifer Kent semble être dans la lignée de ses précédents puisqu’il sera une adaptation du roman d’Alexis Coe intitulé Alice + Freda Forever. L’histoire s’intéresse à la romance entre deux femmes à la fin du XIXéme siècle.

 




The nightingale de Jennifer Kent

mercredi 21 avril 2021

 ¿Quién puede matar a un niño? 

Synopsis:

Après qu’un couple et leur fils de 8 ans, Eric , emménagent dans une nouvelle maison pour la restaurer. Ce dernier commence à entendre des voix. Le père, Daniel , fera appel à un expert en phénomènes paranormaux et sa fille pour venir en aide à sa famille.

N'ecoute pas Angel Gómez Hernández Screenshooter

Mon avis:

Après avoir réalisé une petite dizaine de court-métrages, Angel Gómez Hernández passe au format long avec N'écoute pas. Distribué sur Netflix, l’œuvre s’intéresse aux mésaventures d’un couple et leur enfant dans une maison isolée.

Passée une scène d’introduction annonçant les horreurs à venir, nous découvrons l’environnement de la famille. On comprend rapidement la situation vécue par celle-ci et notamment la particularité d’Éric, le jeune garçon.
Nous trouvons aisément nos marques dans l’univers dévoilé par l’auteur. Ce dernier nous narre le calvaire d’individus en proie à une entité surnaturelle. Une fois la thématique assimilée, il n’est guère difficile de deviner les différents mécanismes scénaristiques déployés. Sa trajectoire n’a rien de surprenant. On retrouve l’ensemble des étapes usuelles entre le déni de la situation jusqu’au recours à une aide extérieure.
De même, les manifestations surnaturelles ont un goût de déjà-vu. Pire, certains moments s’étirent plus que de raison annihilant toutes tensions. Le frisson est rarement au rendez-vous malgré la manifestation récurrente de l’être maléfique.
Au sein de cet œuvre des plus convenu, un seul élément tire son épingle du jeu et offre des sursauts d’attentions. Il s’agit du sort réservé aux protagonistes.

N'ecoute pas Angel Gómez Hernández Screenshooter

En effet, contrairement au traitement de son sujet, Angel Gómez opte pour une approche radicale pour l’évolution de ses personnages. Plus qu’une annonce sur la thématique à venir, la scène d’introduction nous présente surtout le sort réservé à tous ceux gravitant autour de cette famille et leur demeure. Nous sommes habitués à voir les protagonistes malmenés tout au long du film. La mort reste malgré tout un sort rarement infligé.
N'écoute pas s’affranchit de ce procédé et n’hésite pas à sacrifier n’importe quel individu au profit de la dynamique de son récit. Ce choix est payant. Il compense la tiédeur de l’intrigue en injectant un jeu de massacre aux mises à mort efficaces. Toute personne s’approchant trop près de cet environnement maudit se retrouve maltraitée.
On navigue ainsi entre une structure narrative convenue et des destins funestes étonnants. Cette combinaison permet de maintenir un minimum d’intérêt tout au long du film.

En somme, Angel Gómez Hernández offre un divertissement ne se démarquant pas suffisamment du tout-venant. Il en est d’autant plus dommage que sur certains aspects l’auteur apportait une radicalité bienvenue. La scène finale synthétise parfaitement ce ressenti. Nous avons un dénouement inattendu et d’une noirceur absolue mais dont la mise en scène désamorce la puissance narrative.
La frustration est d’autant plus palpable que les idées sont présentes mais manque d’une application plus rigoureuse. Difficile de ne pas penser à Atterados tant les deux partagent une thématique éculée. La différence se retrouve dans le traitement de leur sujet. Le film de Demián Rugna compense par une structure sous forme de chapitre. Il combine ainsi trois intrigues en une seule et ne nous laisse aucun temps mort.
Au vu de son sujet, l’œuvre du réalisateur ibérique aurait eu tout à gagner en s’inspirant de cette approche. On espère que ses futurs projets seront plus aboutis.




N'ecoute pas d'Angel Gómez Hernández

mercredi 7 avril 2021

 Endless retaliation

Synopsis:

Un trafiquant de drogue en quête de repos. Un infirmier en quête de vengeance. Un carrefour où personne n'est en sécurité.

Quien a hierro mata Paco Plaza Screenshooter

Mon avis :

Émergeant aux débuts des années 2000 lors du renouveau de la vague horrifique espagnol, Paco Plaza fait partie des réalisateurs mineures de ce courant. Il fut connu du grand public principalement pour sa collaboration avec Jaume Balaguero pour la saga [REC].
C’est donc avec une certaine curiosité que nous retrouvons l’auteur ibérique dans ce drame sur fond de vengeance avec l’excellent Luis Tosar dans le premier rôle.

Nous sommes amenés à suivre parallèlement la trajectoire de Mario, infirmier dans une maison de retraite, et Antonio Padin, mafieux en passe de raccrocher. Outre les instants où ces deux hommes se retrouvent, l’auteur prend le temps de développer leur trajectoire respective.
D’un côté, nous découvrons le quotidien de ce soignant sur le point de devenir père. L’arrivée de ce nouveau résident va chambouler la routine paisible de cet homme. Nous assistons à sa descente aux enfers motivée par sa volonté d’honorer ses morts.
De l’autre, nous suivons la succession difficile entre le patriarche et sa descendance. Ce récit sous forme d’intrigue policière permet de rythmer l’ensemble. Il injecte des confrontations dans un ensemble relativement calme, en apparence du moins.
L’auteur navigue entre le milieu médical et criminel de manière fluide en faisant se croiser ces deux univers au détour de diverses rencontres. Nous prenons le temps ainsi de découvrir l’ensemble des protagonistes sans perdre le fil rouge du récit.

Quien a hierro mata Paco Plaza Screenshooter

Un aspect déroutant dans le film est la lenteur de sa progression. Les œuvres traitant de vengeance nous ont habitué à un rythme effréné passé un premier segment posant les bases. Dans Quien a Hierro Mata, la loi du talion adoptée par notre infirmier est plus pernicieuse. Une approche plus en accord avec l’identité de l’homme. Nous observons donc le quotidien de l’ensemble des personnages et la façon dont cet engrenage meurtrier impact leur entourage.
Ce traitement permet de crédibiliser le récit et de renforcer l’empathie pour nos personnages. Nous sommes plus enclins à comprendre les désirs meurtriers de Mario. Ses motivations et sa vulnérabilité sont des atouts indéniables au sein de cette œuvre. Paco Plaza a l’intelligence de ne pas transformer ce simple infirmier en machine à tuer implacable. En cela, l’œuvre se positionne en tant que film dramatique sous fond de vengeance.
La trajectoire policière se concentrant sur le devenir du clan Padin reste une trame anecdotique car prévisible. Elle a pour but principal de dynamiser le fil rouge en parasitant les plans de Mario. Les individus de cet univers ne sont pas pour autant de simples artifices narratifs. Leurs présences seront mises à profit lors de moments clés. Chaque personnage a son rôle à jouer dans ce lent engrenage meurtrière.

En somme, Quien a Hierro Mata est une agréable surprise. En refusant de plonger tête baissée dans l’action pure propre au sujet, le réalisateur développe ses personnages et en joue pour créer des instants éprouvants. Le final est une conclusion parfaite d’une noirceur étonnante mais cohérente. Il nous rappelle que les voies de la vengeance sont des spirales infernales où personne n’en sort indemne. 

 


 

Quien a hierro mata de Paco Plaza

lundi 22 mars 2021

 Belief

Synopsis:

Dans les montagnes de l'Atlas, Abdellah, un jeune berger, et son père sont bloqués par la neige dans leur bergerie. Leurs bêtes dépérissant, Abdellah doit s'approvisionner en nourriture dans un village à plus d'un jour de marche. Avec son mulet, il arrive au village et découvre que celui-ci est déserté à cause d'un curieux événement qui a bouleversé tous les croyants.

Qu'importe si les bêtes meurent Sofia Alaoui Screenshooter

Mon avis:

Remarqué dans divers festivals à travers le monde, notamment Sundance où il reçut le Grand Prix du Jury, Qu’importe si les bêtes meurent est le dernier court-métrage en date de Sofia Alaoui.

L’autrice nous place aux côtés d’Abdellah. Ce jeune éleveur en chemin pour soigner une de ses bêtes malades va être confronté à une situation inattendue. Cet événement va pousser le jeune homme à éprouver ses croyances. L’ensemble du périple adopte son point de vue. Les diverses rencontres qu’il fait sur son chemin permettent d’opposer ses convictions à celles des autres. On peut ainsi se retrouver à travers les paroles de certains individus dans leur analyse de la situation et leur façon de l’appréhender. La paradoxale quiétude de l’environnement permet de nous concentrer sur ces interactions et leur portée.
Afin que la forme ne parasite pas le propos développé, la réalisatrice opte pour une retranscription anti-spectaculaire de son récit. L’incursion de l’élément science-fictionnel n'est qu’un outil pour mieux développer son sujet. Cette approche s’accorde autant au format court qu’à un budget qu’on imagine peu propice pour un déferlement d’effets spéciaux.

Qu'importe si les bêtes meurent Sofia Alaoui Screenshooter

Pour autant, l’œuvre n’est pas dénuée de qualité formelle. Tout au long de ce voyage, la réalisatrice nous offre de magnifiques plans mettant en valeur son environnement désertique. On découvre ainsi un paysage nord-africain méconnu dans nos contrées. Ces instants s’accordent parfaitement avec le sujet tant la Terre et le Ciel semblent avoir fait scission. Il se dégage une sensation d’irréelle lors de ces moments.
Ces scènes permettent aussi de mesurer l’avancée de la menace. Dans cette expédition dépourvue de repère temporel, ces traînées dans le ciel officient comme un compte à rebours inquiétant. Une tension constante est ainsi instillée permettant de retranscrire l’urgence des enjeux.

En moins de trente minutes, Sofia Alaoui nous livre une œuvre captivante. Le recours au surnaturel pour questionner nos croyances sonne juste. Bien que réduit en une menace latente et lointaine, cette présence indicible se ressent dans chaque plan autant dans ces rues désertiques que dans ces étendues sauvages étrangement illuminées. À cela s’ajoute un souci du détail dans l’écriture et une conclusion autant surprenante que pertinente.
Il n’est donc guère étonnant que l’œuvre rencontre un tel succès à travers sa tournée des festivals et qu’elle soit nominée pour les César 2021 dans la catégorie Meilleur Film de Court Métrage.


Jusqu’au 17 mars, il est possible de visionner gratuitement le court-métrage sur la plateforme France TV : https://www.france.tv/france-2/histoires-courtes/2292285-qu-importe-si-les-betes-se-meurent.html   


Qu'importe si les bêtes meurent de Sofia Alaoui

mercredi 3 mars 2021

 Tyler Durden on my mind

Synopsis:

Harry Ambrose enquête sur un accident de voiture mortel dans le nord de l'État de New York et découvre derrière cet accident un cas beaucoup plus important et inquiétant.

The Sinner Saison 3 Derek Simonds Screenshooter

Mon avis:

Créé en 2017 par Derek Simonds, The Sinner nous place aux côtés du détective Harry Ambrose. Ce représentant de la loi aux méthodes atypiques, déontologiquement douteuses voir suicidaires s’occupe d’enquêtes en apparence classique mais profondément complexes et tortueuses.
Pour cette troisième saison, notre homme s’intéresse à un accident de la route et les circonstances ayant amené au drame.

Passé un premier épisode nous présentant les protagonistes, l’auteur reprend sa formule déjà éprouvée lors des précédentes aventures. Nous suivons parallèlement la trajectoire du policier et du suspect. La question n’étant pas de savoir si la personne est coupable mais plutôt de comprendre les circonstances pouvant expliquer l’acte tragique.
C’est en cette approche que la série est passionnante et pertinente. Chaque saison s’apparente à l’exploration d’un iceberg où chaque épisode nous emmène plus profondément dans la partie immergée de ce bloc de glace. La lumière ne pouvant se faire que lorsque nous atteignons les abysses.

Au fil du récit, nous découvrons la personnalité de Jamie Burns. Nous comprenons lentement le mal rongeant notre homme. Ce dernier est ancré dans une routine répondant au modèle social de réussite de notre époque. Malheureusement cette vie morose va le pousser à renouer avec ses vieux démons afin de se sentir de nouveau vivant.
Dans sa vision du monde et sa déconstruction des dogmes modernes, ce père en devenir nous fait penser au Narrateur de Fight Club. Tous deux sont ancrés dans des habitudes assommantes et trouvent leur salut dans l’adrénaline procurait par le chaos. Un point de départ identique pour une trajectoire diamétralement différente.
En effet, là où nous avions un point de vue unique dans l’œuvre de Fincher, nous alternons ici entre différents protagonistes afin d’avoir une compréhension totale de la situation tragique qui se joue. On évite ainsi toute iconisation d’un être ou un mode de pensées. Chacun exprime son opinion et son mode de vie sans qu’il n’y ai de jugement moral de la part de l’auteur. Cet espace d’expression permet de générer de l’empathie pour les différents protagonistes. Ces ressentis sont mis à profit lors des nombreuses confrontations ponctuant cette saison.

The Sinner Saison 3 Derek Simonds Screenshooter

Outre Jamie Burns et son microcosme, la vie privée d’Harry Ambrose continue d’être développé. La relation avec sa fille et son petit-fils fait partie des intrigues annexes du récit. À l’opposé de la figure du représentant de la loi solitaire et aigri, notre détective est son exact opposé. C’est un être altruiste bien que très secret sur lui-même. Les instants auprès de sa famille sont l’occasion pour le spectateur de mieux le cerner. Sa difficulté à séparer sa vie privée et professionnelle est d’autant plus flagrante lors de cette enquête et les conséquences n’en seront que plus désastreuses. Nous ressentons beaucoup de tendresse pour cet être meurtrie par son passé et peinant à trouver la quiétude dans son Monde.

Lors des deux précédentes saisons notre détective avait déjà été impacté par ces enquêtes. Derek Simonds pousse encore plus loin dans ce nouveau récit en exposant d’avantage encore notre homme. Le danger est palpable dans chaque confrontation et la tension ne cesse de croitre au fil des épisodes.
L’auteur prouve qu’il maitrise sa formule : un fil rouge sur toute la série reposant sur le devenir du policier et de tragiques histoires ressemblant à de périlleuses thérapies pour notre homme. Comme à chaque conclusion, nous avons hâte de découvrir la future enquête d’Harry Ambrose et les chemins tortueux devant être empruntés pour connaitre la vérité.




The Sinner Saison 3 de Derek Simonds

mardi 23 février 2021

 White power

Synopsis:

Découvrez un réseau complexe mêlant des cartels et l’armée au Mexique, le crime organisé en Italie, une famille de brokers corrompus aux Etats-Unis, tous liés par une livraison hors du commun et s’affrontant pour le contrôle de la drogue la plus distribuée au monde : la cocaïne.

ZeroZeroZero Stefano Sollima Mauricio Katz Leonardo Fasoli Screenshooter

Mon avis:

Auteur italien réputé pour avoir longuement écrit sur l’emprise de la mafia en Italie, Roberto Saviano sort en 2013 Extra Pure. L’œuvre se voit transposer en série par Stefano Sollima, Mauricio Katz et Leonardo Fasoli.
Composé de huit épisodes, l’unique saison narre parallèlement trois trajectoires : les vendeurs, les acheteurs, les courtiers. Se focalisant sur la gestion d’une commande, les créateurs nous montrent les mécanismes de ce commerce à travers le monde et les différents organismes participant à son fonctionnement.

Le premier épisode est un modèle d’exposition. Les différents protagonistes sont présentés dans leur environnement respectif. Chaque parti se prépare pour remplir son rôle. On comprend rapidement qu’en dehors du fil rouge qu’est la transaction, des enjeux propres à chaque secteur va parasiter une mission initialement finement orchestrée.
Outre le décor parfaitement dressé, ce prologue annonce sa structure scénaristique. L’œuvre reposent sur des destins croisés et les conséquences d’actes individuelles sur les enjeux communs. Chaque épisode se concentre sur une temporalité restreinte et navigue à tour de rôle entre les différents points de vue.

Cette construction a plusieurs avantages. Sur un plan fictionnel, elle est motrice de tensions. Chaque itération sur un même segment narratif complète notre compréhension de la situation donnée. Nous prenons conscience des enjeux et des risques encourus pour chacun. Elle permet aussi d'alterner facilement entre les différents protagonistes tout en leur laissant le temps de s’exprimer dans leur environnement. Nous avons ainsi le temps de comprendre chaque individu, d’évoluer à ses côtés et de développer de l’empathie à leur encontre.
Dans sa retranscription du réelle, ce découpage permet de délimiter différentes étapes dans le transport de la “Blanche”. En plus de faire évoluer les relations de notre trio de départ, chaque épisode offre une vue d’ensemble sur l’emprise qu’à cette drogue au sein de notre société. Elle est un levier politique et économique pour ceux en capacité de la contrôler. Elle est un moyen de financer leurs activités principales, d’enrichir leur communauté. À ce titre, elle devient un enjeu pour dominer leurs adversaires. Sa présence ou son absence détermine la potentielle puissance d’un groupe car synonyme de richesse en devenir.

ZeroZeroZero Stefano Sollima Mauricio Katz Leonardo Fasoli Screenshooter

Les auteurs se focalisent uniquement sur les instigateurs de ce commerce pour mieux mettre en lumière les motivations respectives de chacun. Pour certains il s’agit d’une quête de pouvoir, de domination géographique. Pour d’autres, il représente simplement un business plus lucratif que ceux s’effectuant en toute légalité.
La morale n’a pas de mise ici. Les actions sont uniquement déterminées par la réussite de l'opération. Tous les moyens doivent être employés pour assurer sa réussite. Les conséquences sont souvent dramatiques et démontrent la cruauté du milieu.

En huit épisodes, notre empathie pour certains protagonistes aura été mise à rude épreuve. Malgré la noirceur de l’environnement, les auteurs réussissent à incorporer quelques touches de lumière dans chacune des trames rendant d’autant plus dramatiques les trajectoires.
Zerozerozero dresse un tableau vertigineux de ce commerce illégal alors même que nous avons l’impression de n’effleurer que le sujet. En termes de fiction, la série est stimulante et parfaitement maitrisée. Dans son état des lieux de la situation géopolitique, elle est glaçante de nihilisme.




ZeroZeroZero de Stefano Sollima, Mauricio Katz & Leonardo Fasoli

lundi 15 février 2021

 Silent Witness

Synopsis:

Victoria, espagnole fraîchement débarquée à Berlin, rencontre un groupe d'amis. Elle décide de les suivre se laissant entraîner par la fête jusqu'au dérapage.

Victoria Sebastian Schipper Screenshooter

 Mon avis:

Récompensé par six prix lors de la 65e édition du Festival international du film de Berlin, Victoria est le quatrième film de Sebastian Schipper. La particularité de l’œuvre est d’être un seul plan-séquence. Contrairement à certains films comme The Revenant ou 1917 où le montage donne l’illusion d’une prise de vue unique, le réalisateur germanique relève le défi pour nous narrer son récit de deux heures.

Auprès de la protagoniste éponyme, nous déambulons dans les rues de Berlin accompagné de ses amis de fortune. La première partie nous permet de comprendre le parcours de la jeune femme, les raisons l’ayant amené jusqu’à la capitale allemande. Le fait de suivre sa rencontre avec ce groupe d’inconnus permet de présenter les différents protagonistes tout en respectant la contrainte technique. L’absence de préambule aux événements est compensée par la lente découverte mutuelle entre ces personnages.
En optant pour la captation du récit via une caméra à l’épaule, le réalisateur choisit de nous faire vivre la séquence de la façon la plus réaliste possible. Nous avons l’impression d’être le témoin silencieux de cette histoire. Nous sommes invisibles aux yeux de tous et pour autant présent dans chaque décision prise. Cette proximité est moteur d'empathie. Nous prenons plaisir à connaitre ces personnes et à errer auprès d'eux. L'immersion est donc totale.

Victoria Sebastian Schipper Screenshooter
 

Lorsque le point de bascule intervient, un changement de registre s’opère. La rencontre fortuite de ces êtres nocturnes échangeant leur passif se transforme en compagnon de fortune dans une entreprise périlleuse. C’est lors de cette seconde partie principalement que nous ressentons les limites de la mise en scène.
En effet, l’absence de montage impacte le rythme. La progression de l’histoire est lente. Lors de la première moitié de l’œuvre, l’aspect lancinant du tempo s’adapte parfaitement à la déambulation nocturne du groupe. Nous ressentons la suspension du temps dans ces moments où la rencontre de l’autre nous déconnecte de nos impératifs routiniers. Nous nous retrouvons auprès d’individus profitant de cet instant d’accalmie qu'est à la nuit pour s’autoriser d’agir de façon insouciante.
Dans la seconde partie, les situations vécues sont imprégnées d’une urgence et d’un danger constant. À l’opposé de la première heure, celle-ci est un cruel rappel à la réalité, aux responsabilités à assumer. Malheureusement, la mise en scène ne réussit pas à nous faire ressentir pleinement cette course effrénée pour sa vie. Certes les situations vécues nous font comprendre le drame qui se déroule sous nos yeux. Pour autant, les sensations sont trop diluées pour être tétanisée par cette descente en enfer.

Malgré ce bémol quant aux limites du plan-séquence d’un point de vu émotionnel, l’œuvre de Sebastian Schipper nous offre une proposition intéressante et stimulante sur un thème éculée. Nous prenons plaisir à suivre Victoria dans cette nuit berlinoise. Les péripéties vécues transforment une rencontre ordinaire en véritable rollercoaster.


Victoria de Sebastian Schipper

mardi 26 janvier 2021