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Bone Tomahawk de S. Craig Zahler

mardi 17 novembre 2020

 The smart ass, the old men and the crippled 


Synopsis :

Un shérif, un vieillard un peu déboussolé et un cowboy partent à la recherche d'un groupe tombé aux mains d'une bande de cannibales. 

Bone Tomahawk S. Craig Zahler Screenshooter Skull

Mon avis:

Genre passé en désuétude depuis la fin des années 80, le western continue de hanter nos écrans notamment grâce aux frères Coen.
Sortie discrètement dans nos contrées en 2015, Bone Tomahawk est la première réalisation de l’écrivain S.Craig Zahler.

Ouvrant sur l’exécution et le pillage d’un camp, l’auteur opte pour une immersion d’en un Ouest sauvage et désolé. L’introduction passée, nous sommes amenés à découvrir les habitants d’un bourg. L’environnement calme, en totale opposition avec les événements précédents, va nous permettre de faire connaissance avec les différents protagonistes.
Au fil des situations, nous comprenons les liens régissant les individus entre eux et leur insertion dans ce microcosme social. Un élément frappant est le recours à une touche d’humour se reposant principalement sur le duo formé par le shérif et son adjoint. On développe rapidement de l’empathie pour ces habitants. Ainsi lorsque leur paisible existence vient être perturbée par la venue d’un étranger, nous sommes prêts à les suivre dans leur périple pour réclamer justice.

Un élément frappant dans la construction de cette œuvre réside dans sa gestion du temps. En effet, dans une course contre la montre, il est courant de retranscrire l’urgence des enjeux via une frénésie dans l’enchainement des séquences. Ici, le réalisateur préfère laisser vivre ses situations. Ce choix nous permet d’apprécier l’univers dans lequel évolue ses personnages. Il a pour conséquence aussi de transformer son postulat de départ en épopée intimiste.
Une fois sortie de leur environnement social, les protagonistes dévoilent plus profondément leur nature. Le périple est lent mais n’est pas dénué de péripéties. Chaque étape dans ce voyage est jonchée de rencontres permettant de mieux cerner l’âme de ces hommes. Le fait de suivre des personnes lambda plutôt que les figures archétypales du genre permet de créer une proximité et de nous reconnaitre dans le comportement de ces individus.
Le rythme lancinant n’enlève rien à l’urgence des enjeux. Plus nous avançons dans ces contrés isolées et plus nous ressentons la proximité du danger.

Bone Tomahawk S. Craig Zahler Screenshooter Kurt Russel Matthew Fox
 

Outre ce travail narratif captivant, l’autre élément détonnant est sa représentation de la violence des conflits. Dans la majeure partie de l’œuvre, l’auteur prend une certaine distance pour filmer ces instants. On ressent donc la brutalité de l’affrontement sans pour autant en mesurer entièrement l’impact qu’elle occasionne pour les personnes touchées. Progressivement, nous allons être amenés à suivre de plus près ces rixes jusqu’à un final tétanisant de tension.
L’oppression que l’on ressent lors de cette dernière bataille est autant liée à ses enjeux qu'à sa retranscription du combat. Alors que jusqu’ici nous étions amenés à imaginer les blessures subies, cette conclusion nous présente frontalement les chairs meurtries. Sur cet aspect, l’auteur embrasse le bis italien des années 80 où la rencontre entre des êtres dit civilisés et d’autres primitifs se paie d’un lourd tribut. Ce changement graphique ne dessert aucunement le drame qui se joue.
Au contraire, en plongeant entièrement dans l’horreur de la situation, le réalisateur offre ainsi une conclusion parfaite à son récit. Il met à contribution l’empathie que l’on ressent pour ses personnages tout en nous surprenant dans la retranscription de ces derniers instants.

Depuis la sortie de Bone Tomahawk, S. Craig Zahler a réalisé les excellents Section 99 et Trainé sur le bitume. Son prochain projet sera une collaboration avec Park Chan-wook où il occupera le poste de scénariste. 



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