SOCIAL MEDIA

 She's a witch !

Synopsis:

Comme partout ailleurs, Lily, élève de terminale, et son cercle d’amis évoluent constamment dans un univers de textos, selfies, tchats et autres « posts » sur les réseaux sociaux. Quand un hacker se met à publier des détails personnels et compromettants sur les habitants de leur petite ville, celle-ci sombre rapidement dans la folie pure.

Assassination Nation Sam Levinson Screenshooter

Mon avis:

Sortie discrètement dans les salles françaises, Assassination Nation est la deuxième réalisation de Sam Levinson. Malgré un retour critique positif, notamment lors de sa projection dans divers festivals, l’œuvre est un échec commercial.
L’auteur nous place aux côtés d’un groupe d’étudiantes habitant dans la tristement célèbre ville de Salem. La localité va subir les affres d’un hacker déterminé à révéler aux grands jours la vie intime des concitoyens. La quête du responsable de ces actes va mettre les habitants dans un état de psychose extrême.

En prenant ce socle scénaristique, le réalisateur propose une relecture moderne de la chasse aux sorcières afin de mettre en exergue les maux de notre société. Chaque strate de la communauté se retrouve face à son identité mise à nu et doit ainsi affronter le regard d’autrui.
On aurait pu s'attendre à ce que ces événements amorcent une prise de conscience sur l’hypocrisie ambiante au sein de la communauté. Il en résultera finalement le renforcement de la pensée unique, conservatisme et égocentrique.
En parallèle de ce fil rouge, nous suivons le quotidien de notre quatuor. Chacune d’elle fait face à des problématiques propres à leur âge et notre époque. Elles n'aspirent qu’à vivre selon leurs envies. Elles se confronteront aux dogmes établis autant au sein des confréries étudiantes que dans notre société. Le paternalisme, la masculinité toxique, l’éducation sexuelle à travers la pornographie, le rejet de la différence sont autant d’obstacles rencontrés au sein de leur parcours.

L’auteur réussi à développer ces sujets tout au long du récit sans desservir la dynamique de son œuvre. Au contraire, ces problèmes sont le moteur même de l’histoire. Elles sont présentes à travers la galerie des personnages et leurs comportements. Loin de tomber dans de longs monologues moralisateurs, Sam Levinson privilégie l’échange et l’action pour mettre en exergue ces agissements néfastes et leurs conséquences.

Assassination Nation Sam Levinson Screenshooter
 

Outre ses qualités scénaristiques, le metteur en scène opte pour une réalisation dynamique afin de mieux capter l’énergie se dégageant de ses protagonistes.
Le choix des couleurs, des lumières permet de créer une atmosphère en fonction des situations décrites. Lorsque le groupe est réuni, l'ambiance cosy décuple le côté intimiste des liens qui les unissent. L'impact de la confrontation avec le Monde en dehors de leur microcosme s'en retrouve décuplé.  
De même, la variété de la mise en scène permet de maintenir l’attention du spectateur autant qu’à s’adapter aux événements vécus. La réalisation est constamment au service de l’émotion. Sur ce point, l’introduction sous forme de compilations des événements à venir est un choix périlleux mais captivant.

En somme, Assassination Nation est une œuvre mouvante. Elle se présente dans un premier temps comme un teenage movie dramatique pour se transformer lentement en thriller anxiogène. Le hacker est le Corbeau d’antan. En mettant à nu la communauté, il devient l’ennemi à abattre pour protéger la quiétude hypocrite de la ville.
Ce glissement de genre nous amène vers un final cathartique marqué par un home-invasion en plan-séquence magistral. L'incursion dans ce microcosme est autant éprouvante que jouissive. L’auteur met en évidence les fractures de notre société et l’affrontement qui se joue entre la pensée réactionnaire et patriarcale face à celles et ceux qui en subissent les oppressions.
Le long-métrage est forcément clivant tant par son parti-pris que par son approche. Il est une belle ébauche des thématiques qui seront plus longuement développées dans son projet suivant : Euphoria.




Assassination Nation de Sam Levinson

mercredi 30 septembre 2020

 Painful watching 


Synopsis:

Sean et David Carter enquêtent sur un tueur en série qui terrorise la ville. Rejoints dans leurs recherches par la détective Christine Egerton, ils ne tardent pas à se douter qu’une telle violence ne peut pas être le fruit de notre monde.


Mon avis:

Parmi les boogeyman émergeant dans les années 80, Pinhead est l’un des seuls à être une adaptation d’une œuvre littéraire. Cette particularité ne l’empêchera malheureusement pas de suivre la même trajectoire que Freddy Krueger ou Michael Myers. En une dizaine d’itérations, Hellraiser aura connu les mêmes déboires que l’ensemble des sagas horrifiques de son époque avec une qualité en constant déclin.
Scénariste de l’indigeste Hellraiser : Revelations, Gary J. Tunnicliffe passe cette fois-ci derrière la caméra pour nous livrer une nouvelle proposition de l’Enfer de Clive Barker.

Débutant sur le jugement d’un homme, l’auteur capte instantanément notre attention. L’atmosphère est oppressante. Les nouveaux serviteurs du Maitre sont certes bien différents des cénobites mais on le mérite de nous interpeller. L’ouverture est pleine de promesses. Elle nous laisse espérer une immersion dans ce palais de justice atypique et ses rouages.
Malheureusement, l’espoir d'un renouveau de la saga sera de courte de durée. Le metteur en scène nous place par la suite aux côtés d’un trio d’enquêteurs poursuivant un tueur en série. La trame autour de notre boogeyman est ainsi relégué en second plan. La cohabitation entre les deux récits est bancale.
L’auteur recycle le genre policier façon Seven, le brio en moins. Pinhead est réduit en un simple spectateur durant les trois quart de la bobine. Nous observons ainsi les tribulations des personnages sans grand intérêt. L'ensemble suit un chemin balisé depuis longtemps. Nous ne sommes donc guère surpris mais plutôt lassé par la trajectoire adoptée.
Seules les scènes se déroulant dans l'antichambre de l'Enfer retiennent notre attention de par leur esthétisme. Elles sont de simples sursauts d'attention au sein de cette trame soporifique. 
 
 
Judgment suit malheureusement la trajectoire des précédents opus. Notre antagoniste est réduit à faire de la figuration afin de justifier l’exploitation de la licence. Le récit manque d’originalité et ne fait qu'empruntent des ressorts scénaristiques à d'autres genres. Les acteurs sont peu convaincants. On ressent le manque de budget dans l’ensemble des plans en extérieur.
En somme, seule l’arrivée de nouveaux serviteurs du Maître et les quelques meurtres sanglants éveillent notre intérêt. Un satisfaction bien maigre face à l'ineptie du récit.
L'exploration d'une nouvelle facette de l'univers d'Hellraiser était une approche audacieuse et stimulante. Il aurait été passionnant de s'immerger entièrement dans ces nouveaux lieux et explorer en parallèle la lutte face aux factions des Cieux. La démarche aurait été risquée mais aurait eu le mérite d'explorer de nouveaux horizons au lieu de recycler de vielles formules comme c'est le cas avec ce dernier opus. 

À défaut d'être récupéré par Clive Barker, il semblerait que les droits d'exploitation soit tombé entre les mains de Jason Blum. Une série confié à David Gordon Green serait en préparation.

 

 

Hellraiser : Judgment de Gary J. Tunnicliffe

mercredi 9 septembre 2020

 🎶 Put a bullet in your head 🎶 

Synopsis:

Petit génie de la mécanique, Lino est réputé pour ses voitures-bélier. Jusqu'au jour où il se fait arrêter pour un braquage qui tourne mal. Repéré par le chef d'une unité de flics de choc, il se voit proposer un marché pour éviter la prison.

Balle perdue Guillaume Pierret Screenshooter

 

Mon avis:

Après avoir réalisé quelques courts-métrages ainsi qu’une poignée d’épisodes pour le Golden Moustache et le Golden Show, Guillaume Pierret passe au format long avec Balle perdue.
L’auteur s'entoure d’un casting solide entre habitué du genre et acteurs sortant de leur zone de confort.
 
D’une durée relativement courte, l’auteur dresse une intrigue épurée permettant de se concentrer sur le cœur de l'intrigue. On retrouve une structure scénaristique proche de certaines œuvres de Fred Cavayé telles que Mea culpa ou À bout portant.
Le réalisateur opte pour des unités de lieu et de temps réduites afin de retranscrire la tension inhérente au récit. Le rythme est ainsi maintenu pied au plancher du début à la fin. On ressent d’autant plus efficacement l’urgence des situations vécues par Lino. Les brefs moments d'accalmie permettent de développer le passif des personnages et leurs motivations respectives.
 
Balle perdue Guillaume Pierret Screenshooter
 
L'immersion dans cet univers est donc immédiate. Les protagonistes ont un caractère bien trempé servant efficacement le récit. Pour les habitués du genre, nous nous retrouvons rapidement en terrain connu. L'ensemble répond au cahier des charges entre courses-poursuites effrénées et confrontations tendues. Malgré sa trajectoire classique dans ce genre de récit, l'auteur nous réserve quelques surprises durant le parcours.

Guillaume Pierret réalise donc une œuvre bien rythmé et ne nous laissant aucun répit.
Pour autant, le plaisir
procuré par Balle perdue est éphémère. Une fois la bobine terminée, la prise de recul nous pousse à constater que le film d'action français se retrouve constamment cantonné à un format précis. Bien qu'efficace dans le genre qu'il investit, le long-métrage suit un chemin balisé depuis de nombreuses années. Ce type de production française est certes rare dans le catalogue Netflix. En observant les propositions passées par divers réalisateurs français, nous retrouvons des codes déjà utilisés par Eric Valette, Julien Seri ou encore Florent-Emilio Siri. 
 
Nous nous retrouvons finalement avec un sentiment partagé. 
D'un côté, il est indéniable que le réalisateur a démontré ses capacités à proposer un film d'action efficace dans la lignée des productions étrangères dont le public est friand. Il nous tarde de découvrir ses futurs projets et d'observer la trajectoire artistique que l'auteur prendra.
D'un autre côté, au sein du paysage cinématographique français, il est un rappel écrasant quant à la difficulté de l’industrie à produire mais surtout diffuser des œuvres peu conventionnelles. Netflix est certes une alternative aux studios de cinéma et permet à certains projets de voir le jour. Pour autant, il semble imposer un certain format aux œuvres qu'Il finance.


Balle perdue de Guillaume Pierret

mercredi 2 septembre 2020