SOCIAL MEDIA

Damned neighbourhood

Synopsis:

Quand des choses étranges se passent dans un quartier de Buenos Aires, des enquêteurs du paranormal et un ancien flic décident d'ouvrir une enquête.

 Aterrados Demián Rugna Screenshooter

Mon avis:

Œuvrant pour le genre depuis de nombreuses années, Demián Rugnase s'est forgé une solide réputation grâce à son dernier film : Aterrados. Il a ainsi rejoint le catalogue Netflix et s’est notamment fait remarquer par Guillermo del Toro.

Se situant dans un quartier résidentiel, l'auteur découpe son histoire en trois actes. 
Le premier sert d'introduction. Nous suivons un couple dans leur maison et les nuisances sonores provoqués par leur voisin. D'une durée relativement courte, l'amorce est des plus efficaces. La transition vers le deuxième acte permet d'introduire de nouveaux personnages.
Nous découvrons ensuite les tourments d'un homme isolé et des visites nocturnes qu'il subit. La trame est légèrement développée et élargie les mécanismes horrifiques déployés. Comme précédemment, la conclusion amène au dernier segment.
Cet ultime chapitre occupe à lui seul les deux tiers du film. Nous découvrons le deuil d'une femme suite à la mort tragique de son fils. Le processus sera d'autant plus douloureux lorsque la progéniture va réapparaître dans la résidence. 

 Aterrados Demián Rugna Screenshooter


En optant pour une telle structure narrative, l’auteur laisse planer un doute quant à la trajectoire scénaristique optée. En effet, chaque acte aurait suffi à créer une œuvre sur une durée similaire. Le réalisateur argentin tente lui de combiner ces trois événements distincts afin de tisser un récit paranormal dense. 
Au fil de la bobine, Demián Rugnase nous dévoile ses intentions. On se laisse facilement embarquer dans ce périple, d’autant que l’artiste livre des scènes horrifiques particulièrement efficaces.
La diversité des manifestations surnaturelles est assurément l’un des atouts du film. Elle évite une redondance dans les séquences. Il est plaisant d’observer comment le metteur en scène varie la nature des entités. On navigue ainsi d’un être invisible à un cadavre récalcitrant en passant par un esprit revanchard. Chacun d’eux a son propre modus operandi et influe sur les confrontations avec les vivants. 
Cette diversité couplée à une durée relativement courte permet à l’auteur de dérouler son histoire à un rythme soutenu. De même, la création de ces trois axes nous évite de nombreuses phases d’exposition habituellement présentes dans ce type de production. 

En résulte une œuvre efficace répondant parfaitement à nos attentes. Aterrados contient de bons moments de frissons et un esthétisme intéressant vis-à-vis de son bestiaire.
En 2018, un remake avec Guillermo del Toro en tant que producteur avait été annoncé. Le projet devait être distribué par Fox SearchLight. Il semblerait que le rachat de la boite par Disney a compromis cette perspective.


Aterrados de Demián Rugna

mercredi 29 avril 2020



Witch 2.0

Synopsis:

Laura, étudiante branchée, partage sa vie sur Facebook avec ses 800 amis. Par gentillesse, elle accepte la demande d’ami de Marina, une étudiante introvertie mais qui devient vite envahissante.
En tentant de la supprimer de sa liste d’amis, Laura va déclencher des forces paranormales et voir ses proches être décimés les uns après les autres…

Friend Request Simon Verhoeven Screenshooter Brit Morgan

Mon avis:

Au crépuscule de la première décennie du XXIéme siècle, la sortie de Paranormal Activity avait été le déclencheur d’une nouvelle vague horrifique : le found footage. 
La résurgence de ce sous-genre s’accompagna d’une incursion prégnante du numérique dans la narration des intrigues. 
En parallèle, sur cette même période, le Japon avait développé divers récits où le mal se tapissait au sein de nos biens hi-tech. Cette approche donna naissance notamment aux sagas The Ring et Mort en ligne.
L’arrivée d'œuvres impliquant les réseaux sociaux et autres canaux de communication via Internet correspond donc à une suite logique d’évolution de ces phénomènes. La numérisation de l’horreur donna lieu par exemple à Friend Request. 

Friend Request Simon Verhoeven Screenshooter Alycia Debnam Carey William Moseley


Pour sa troisième réalisation, Simon Verhoeven délaisse la comédie germanique pour se tourner vers le genre horrifique.
L’auteur dresse dans un premier temps le contexte amenant au massacre annoncé. Il en profite pour brièvement proposer un point de vue sur la jeunesse et son rapport avec les réseaux sociaux. Il intègre ainsi cette furtive analyse du culte de l’ego 2.0 au sein de son intrigue. En agissant ainsi, il rend légitime la suite des événements et surtout la présence de Facebook comme lieu de malédiction.
En développant ainsi son exposition, nous découvrons aussi les différents protagonistes et les relations qu’ils entretiennent.
L’ensemble de ces éléments est mis à profit par la suite lorsque le groupe commence à péricliter. Les tensions naissantes sont légitimées ainsi que les actions de ces individus. Le dernier tiers surprend sur quelques points sans que cela soit incohérent.

L’œuvre n’est pas pour autant exempt de défauts. Les enjeux autour du réseau social manquent de crédibilité. La répétition des inconvénients liés à ce site et leur gestion laisse dubitatif. La trajectoire scénaristique est extrêmement convenue.
Heureusement cette prévisibilité est compensée par des scènes de tension maitrisée et des mises à mort variées et sanglantes.

En somme, Friend Request est une œuvre correcte qui se regarde sans déplaisir. L’auteur parvient à maintenir un rythme tout du long et à doter ses personnages d’une certaine profondeur. Des atouts louables souvent absent dans de nombreuses bobines horrifiques contemporaines.


Friend Request de Simon Verhoeven

dimanche 26 avril 2020

Crazy writer


Synopsis:

Un homme obsédé par l'idée de faire de la "grande littérature" commence à générer des conflits autour de lui pour nourrir son œuvre.

El autor Manuel Martín Cuenca Screenshooter Javier Gutierrez

Mon avis:

Se déroulant à Séville, l’œuvre de Manuel Martín Cuenca nous place au côté d’un écrivain en devenir. Cet homme, Àlvaro, rêve d’une reconnaissance à la hauteur de son talent d’écriture.

Nous découvrons dans un premier temps son quotidien entre son travail dans un cabinet notarial, ses cours du soir et sa vie sentimentale. Une fois le tableau dressé, l’auteur s’amuse à détruire ce cadre faussement idyllique telle une bourrasque sur un château de cartes.
Nous arrivons rapidement au cœur du sujet : la rédaction de son roman et surtout ses sources d’inspiration.
La vie au sein d’un immeuble et l’intrusion d’un individu dans le quotidien des résidents nous rappel Malveillance de Jaume Balagueró. À la différence de son confrère espagnol, Manuel Martín Cuenca délaisse le thriller pur et opte pour une comédie dramatique. Pour autant, les deux hommes construisent leur récit sur une même approche : la retranscription des événements à travers le point de vue d’une personne amorale. En effet, bien que les situations soient parfois risibles, les motivations de cet homme restent méprisables. La gravité de ses malversations monte crescendo. Nous sommes donc amenés dans un premier temps à minimiser ses actes tant leurs impacts sont inoffensifs dans le quotidien du voisinage. 
Évidemment cela est de courte durée et le protagoniste tombe dans une spirale perverse où seul compte la rédaction de son ouvrage. 


El autor Manuel Martín Cuenca Screenshooter Javier Gutierrez

L’évolution de l’intrigue réserve quelques surprises mais reste très convenu dans son ensemble. Fort heureusement, la personnalité de l’écrivain amateur et les situations dans lesquelles il se retrouve permettent de rythmer le récit. 
C'est dans cette approche que réside l’atout principal du film. L’auteur a l’intelligence de créer une galerie de personnages dénués de tout manichéisme. Chaque protagoniste est autant victime que coupable dans cette histoire. Certes, la nature de leurs méfaits n’est jamais identique mais permet de nuancer l’image que l’on se fait des différents individus. 
On s’amuse autant que l’on s’effare des conséquences de l’attitude d’Àlvaro. 
Le rythme du film repose énormément sur un mécanisme de cause à effet. Il permet dans un premier temps d’installer rapidement le contexte et suivre l’évolution de notre protagoniste. Une fois que la trame est lancée, les séquences sont amenées à être plus longue. Une baisse de régime est donc amorcée. 
Malheureusement, le récit n’est pas suffisamment complexe pour supporter ce changement de tempo. L’œuvre avait au contraire tout à gagner de s’épurer d’une petite demi-heure pour maintenir l’allure. 

Au final, El autor réussi à capter notre attention dans sa première partie mais peine à nous tenir en haleine. L’ensemble reste agréable, bien écrit et composé de personnages attachants.


El autor de Manuel Martín Cuenca

samedi 18 avril 2020

Desperate Housewife


Synopsis:

Amelia, veuve, élève seule son fils de six ans Samuel sujet à des terreurs nocturnes. Mais un jour arrive chez eux, sans aucune raison, un livre de contes appelé Mister Babadook. Samuel, son fils, est certain que le Babadook hante ses rêves et cauchemars tandis qu'Amelia se sent harcelée par une présence maléfique.

Mister Babadook Jennifer Kent Screenshooter

Mon avis:

Première réalisation de Jennifer Kent, Mister Babadook s’était constitué une très bonne réputation auprès des festivals dans lesquels il a été projeté. Il a notamment raflé un grand nombre de prix lors de la 21éme édition du festival de Gérardmer.

Sur la thématique, l’œuvre est des plus convenus. Nous suivons le quotidien d’individus confrontés à une entité maléfique. Les différentes étapes propres au genre se retrouvent : la description du quotidien, l’introduction d’éléments disruptifs, l’incrédulité de certains et la confrontation. Pour autant, le talent d’un réalisateur se révèle dans sa capacité à apporter sa sensibilité sur un sujet mainte fois traité. Ici, l’autrice se démarque sur deux points essentiels : la réalisation et l’écriture. 

Un élément notable dès les premiers instants est la mise en scène. La caméra et le montage sont adaptés constamment aux situations vécues. Les mouvements aériens s’adaptant parfaitement aux phases oniriques de la mère de famille est un exemple parmi tant d’autres. 
L’utilisation de l’ellipse est efficace. Outre son intérêt dans la construction d’un rythme allant à l’essentiel, il permet aussi de décupler la sensation d’urgence qui se dégage de certaines situations.
On ressent ainsi les tensions accumulées par cette spirale de démence. 
Le choix de narrer cette histoire par le prisme unique d’une mère célibataire se traduit de plusieurs manières dans la mise en scène. Les situations ne sont pas montrées comme elles sont réellement mais de la façon dont elles sont perçues par cette femme. La réalité est ainsi altérée. Elle varie en fonction de l’état psychique de cette personne.

Mister Babadook Jennifer Kent Screenshooter
 
Pour que l’adoption d’un point de vue unique fonctionne l’autrice a pris soin de construire ses personnages et un environnement à même de le justifier.
Nous sommes aux côtés d’un être isolé socialement. La tragédie qu’elle a vécue et les responsabilités qui lui incombent ont créé cette condition. Les interactions se limitent à un petit groupe d’individus ce qui permet de légitimer l’unilatéralité de la narration. 
Ce choix scénaristique a un impact énorme sur l’atmosphère particulière de l’œuvre. On navigue constamment entre le thriller paranoïaque et l’épouvante. 
Les seules personnes affrontant l’entité sont cette femme et son fils. De ce fait, il est parfois difficile de savoir si cette menace est le fruit d’un burnout lié à l’énorme charge mentale supportée ou si le danger est bien réel. 
Il est d’ailleurs intéressant d’observer l’évolution de notre empathie envers les personnages. La trajectoire est pour le moins originale et terriblement réaliste. Nos à priori initiaux sont déconstruit au fil des événements. Le ressenti envers le fils en est le parfait exemple. C’est un être exécrable au départ que l’on va finir par apprécier.
 
Ces deux éléments sont donc deux atouts indéniables permettant à la bobine de Jennifer Kent de sortir du lot. 
Pour autant, si nous sommes autant éprouvés par l’expérience, c’est grâce à la prestation impressionnante d’Essie Davis. L’actrice cannibalise littéralement l’écran. Elle permet de rendre palpable la folie dans laquelle le personnage s’est engouffré et la détresse qui en ressort. 
Mister Babadook est donc un premier long-métrage réussit et ingénieux. Depuis, la réalisatrice a sorti The Nightingale dont les premiers retours sont très positifs.

Mister Babadook de Jennifer Kent

Buzz Booster

Synopsis:

Un jeune rappeur talentueux, épaulé par ses deux amis d’enfance, se retrouve du jour au lendemain "validé" par une des stars du milieu. Seulement, cette alliance se transforme rapidement en une dangereuse rivalité...

Validé saison 1 Franck Gastambide Screenshooter Hatik Apash Skyrock

Mon avis: 

Issue du mouvement Hip-hop dans les années 70 aux États-Unis, le rap s’installe dans la décennie suivante en France. Au fil du temps, ce genre musical s’est diversifié et étoffé. En éternel retard vis-à-vis de son confrère américain, le mouvement Hexagonal a amorcé récemment une porosité au sein d’autres domaines populaires. Le retour fulgurant de Sofiane et son incursion dans le cinéma, le théâtre, l’eSport ou les collaborations de Kekra avec diverses marques de vêtements luxueuses en sont les parfaits exemples. 
L’émergence des réseaux sociaux a permis d’accélérer le processus de mises en lumière de nouveaux talents. Il n’est plus nécessaire de passer par les médias classiques pour atteindre son public. La connexion entre l’artiste et l’auditeur peut maintenant se faire sans intermédiaire. 
Fort de ce double constat, il est donc logique de voir débarquer sur une grande chaine une œuvre fictionnelle sur le rap français interprétée par des membres de ce mouvement. 

La série suit le parcours d’un jeune de cité livrant de la drogue en attendant de pouvoir vivre de sa passion : le rap. Un soir, il force le destin et se voit propulser au-devant de la scène. À travers son parcours, nous sommes amenés à découvrir comment se construit et détruit une carrière. 
Pour nous narrer ce récit, Franck Gastambide décide d’allier fiction et réalité. Cette alchimie s’effectue sur deux niveaux.

Validé saison 1 Franck Gastambide Screenshooter Sam's Mastar Sabrina Ouazani

Nous retrouvons cette alliance au sein de la structure narrative. La trajectoire artistique d’Apash correspond parfaitement à l’évolution d’un chanteur en vogue dans le milieu. Les différentes étapes promotionnelles, la communication avec sa fan-base et surtout le potentiel buzz des actions entreprises sont autant d’éléments essentielles dans le maintien d’une carrière musicale de nos jours. Autant que son talent, le chanteur doit façonner son image afin de pouvoir capter l’attention. Le blocage de l’A3 par Sofiane, les clashs entre Booba et divers rappeurs ou encore la promotion discrète mais efficace de PNL démontrent la diversité d’approche qu’un artiste peut opter pour faire parler de lui.
Cette base réaliste s’intègre parfaitement au sein d’une intrigue quelque peu romancée. Les auteurs développent différentes trames s’entrecroisant et permettant de maintenir un rythme constant sur les dix épisodes. On passe ainsi de la naissance d’une relation sentimentale aux périples inhérentes au trafic tout en suivant constamment le parcours professionel du jeune homme. 

L'adhésion à ces différentes histoires nécessite la création de personnages crédibles. Or, là où nous sommes habitués à suivre la performance des acteurs dit professionnels sans a priori, le processus est différent pour des personnes issues d’autres milieux artistiques. 
Comme énoncé précédemment, les rappeurs se construisent une image. De ce fait, il peut être périlleux d'intégrer cette identité au sein d’une trame fictive et ceux d’autant plus lorsque la fiction traite de musique. 
Pour faciliter l’immersion dans cet univers, Franck Gastambide opte encore pour un équilibre entre protagonistes réels et imaginaires. Les deux rappeurs principaux ont donc été renommés mais d’autres artistes jouent eux leur propre rôle. On évince ainsi le passif du duo pour l’adapter au besoin de la série. La conservation de la véritable identité des individus en périphérie permet de crédibiliser le récit et l’univers. 

Validé saison 1 Franck Gastambide Screenshooter Sam's Mastar

Bien évidemment, le visionnage différera en fonction de nos affinités et connaissances sur ce milieu musical. 
D’un point de vue fictionnel, l’œuvre est rythmée et maitrisée. La diversité des personnages permet de densifier son univers et de jouer sur plusieurs tonalités. L’exposition des enjeux est limpide et certaines trajectoires réussissent à nous surprendre. Le format permet d’aller à l’essentiel et maintenir une tension sur l’ensemble de la saison. La conclusion est parfaite et démontre la capacité des auteurs à offrir un récit divertissant sans avoir à l’aseptiser.
 Sur le plan rapologique, il est plaisant de naviguer au sein de lieux emblématiques français notamment les différentes émissions de radio. De même, les références à divers événements de cette culture renforcent la crédibilité de cette histoire. La série convie autant la nouvelle que l’ancienne génération et permet d’obtenir une vision honnête du Rap Game actuelle. 

En somme, Validé est une excellente surprise. La série a le mérite d’aborder son sujet avec intelligence et à nous immerger entièrement dans cet univers. Au vu du climax final, il nous tarde de découvrir la suite des événements.