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Violence's therapy

Synopsis:

Bienvenue dans un monde ravagé par les explosions de violence, un monde sans amour. Bienvenue dans le règne de petit Jésus. Dans ce monde, Jung, le héros au cœur brisé, poursuit sa quête: réunifier Maria, son amour perdu, sauvagement décapitée par Petit Jésus. Il pourra compter sur le soutien d'alliés croisés au hasard de sa route sanglante, des rencontres qui lui en apprendront beaucoup sur les autres, mais surtout sur lui même. Il devra aussi malheureusement composer avec ses "crises de violence", une malédiction incontrôlable qui prend source dans son âme meurtrie.

Crisis Jung Gobi Jérémie Périn Screenshooter tête femme ensanglantée

Mon avis:


Après Love, Death & Robots, Netflix poursuit sa production d'animation à destination d’un public adulte avec Crisis Jung. 
Le projet est développé par les studios français Bobbypills et Blackpills, deux sociétés spécialisées dans ce domaine. 
Aux commandes, nous retrouvons Gobi et Jérémie Périn. Le premier est auteur de nombreuses BD telles que Lucha Libre, Tequila ou Zblucops. Le second a notamment réalisé l'adaptation en série de Lastman. 

L’œuvre est découpée en dix épisodes d’environ sept minutes. Un format extrêmement court, parfaitement adapté pour un support mobile. Le choix n'est guère étonnant sachant que Blackpills cible ce type d’écran. La structure est en phase avec sa durée. Passé l’épisode d’introduction, Crisis Jung dévoile l’itération sur laquelle le récit va se baser. 
À chaque chapitre, Jung devra affronter un nouveau sbire de Petit Jésus. Cette confrontation le pousse à se remettre en question pour mieux surmonter son épreuve. Il effectue ainsi la quête initiatique propre à tout héros. 
La trajectoire est linéaire. Elle est centrée uniquement sur ce personnage et ne s’encombre pas d’intrigues annexes. Le récit est ainsi parfaitement adapté à son format. Les individus se définissent dans les péripéties qu’ils vivent. On obtient ainsi une profondeur dans la personnalité de chacun sans avoir à passer par de longues séquences de dialogues. 

Crisis Jung Gobi Jérémie Périn Screenshooter Poing dressé

Par ailleurs, les auteurs assimilent intelligemment les codes de l’heroic-fantasy et du jeu d'aventure. On retrouve la figure de l’être prophétique censée mettre un terme au chaos ambiant. Il est entouré d’un lot d’individus aux compétences complémentaires. Chaque échec lui permet de débloquer une nouvelle aptitude. Les membres des villages ou clan sont interchangeables et ne servent qu’à aiguiller les protagonistes vers leur destination finale. Ces différents archétypes sont détournés par un traitement par l'absurde des événements et des protagonistes. 
En effet, que cela soit dans la résolution des conflits que dans le comportement des personnages, le duo incorpore constamment des éléments parodiant l’univers qu’ils investissent. L'extravagance et le politiquement incorrect sont omniprésents. 

Le résultat est donc une œuvre d’une forme très légère et caricaturale cachant un fond intelligemment travaillé. Une osmose qui fait mouche. On se laisse embarquer dans cette aventure durant une bonne heure sans qu’on ne se lasse des péripéties vécues par Jung.


Crisis Jung de Gobi et Jérémie Périn

lundi 24 février 2020

Melody for a murder

Synopsis:

Dans une paisible clairière, un événement terrible se produit (s’est produit).

In sound, we live forever Joshua Giuliano Screenshooter croix jesus

Mon avis:

Présenté lors de la 9éme édition PIFFF, au sein de la compétition internationale de courts-métrages, In sound, we live forever est le septième projet de Joshua Giuliano. 

Cette nouvelle production tire sa spécificité dans la construction, ou plutôt la reconstitution, des événements en effaçant les personnages de la pellicule. 
L'auteur fait ainsi appel à notre imagination. Nous parcourons le décor et devinons les situations grâce aux objets présents et au sound-design. 
Un parti-pris audacieux habillement utilisé. La justesse dans les mouvements de caméra associés aux effets sonores permette de vivre entièrement les événements. La perception de ces derniers s'en retrouve altérée mais la compréhension dans l'action reste lisible. 
Ce procédé est stimulant. Nous nous laissons embarquer dans ce récit en tentant d'imaginer les protagonistes.
 
In sound, we live forever Joshua Giuliano Screenshooter pickup rouge

De ce fait, il est regrettable que le dernier tiers reparte sur une trajectoire artistique plus convenue. En effet, il aurait été pertinent de laisser en suspens le récit. L'absence d'individus couplée à une réalisation aérienne apporte un lyrisme morbide du plus bel effet. On pourrait associer la narration aveugle au témoignage de la nature face à la scène de crime à laquelle elle a assisté.
Malheureusement, en concluant d'une façon plus traditionnelle, l'auteur dénature entièrement ces intentions initiales et l'atmosphère qu'il a su installer. 
Le format court offre cette possibilité d’expérimenter sans avoir à construire une structure scénaristique complète voire complexe. Il aurait judicieux d’exploiter simplement cet aspect sachant que le scénario peut s'apparenter à une scène d’un slasher lambda. C’est justement le traitement apporté qui permet d’élever l’ensemble et insuffler une identité qui lui est propre. 

Au final, l’œuvre s'apparente à un soufflé que nous observons gonfler avec délice et finissant par retomber. On en ressort grisé par l'expérience tout en gardant un goût amer en sachant qu'il s'en fallait peu pour être une franche réussite.

In sound, we live forever de Joshua Giuliano

mercredi 19 février 2020

Deadly stories

Synopsis:

Sam entre dans une société funèbre, s’enquérir de l’annonce d’emploi affichée à l’extérieur. Elle est accueillie par l’imposant Montgomery Dark, croque-mort de son état. L’entretien d’embauche prend la forme de récits macabres racontés par le taulier, pour le grand plaisir de la candidate.


The mortuary collection Ryan Spindell Screenshooter Femme explorant

Mon avis:

 
Après avoir réalisé une petite dizaine de courts-métrages en une décennie, Ryan Spindell développe son premier long avec The Mortuary Collection. 
L’auteur opte pour un film à sketches. Un choix étonnant puisqu'habituellement ces projets sont affectés à plusieurs metteurs en scène. 
Pour autant, l’approche est pertinente. En pilotant entièrement le fil rouge ainsi que les récits annexes, l'homme s'assure d’une uniformité visuelle sur l’ensemble. Il permet aussi de se confronter aux impératifs propres au format long tout en retrouvant une base déjà éprouvée sur ses courts-métrages. 
En effet, il est courant dans de telle œuvre que les récits soient inégaux. On se retrouve souvent avec des segments plus marquants que d’autres. Lorsqu’il est présent, le fil conducteur est souvent délaissé et ne sert que de levier artificiel justifiant la présence des histoires. 
L’auteur semble avoir conscience de ces enjeux.
Il prend le temps de nous présenter le lieu ainsi que les personnages motivant les contes à venir. Il légitime ainsi le format choisi. La maison funèbre devient le lieu central pour comprendre l'Histoire de la bourgade et ses sombres secrets.


The mortuary collection Ryan Spindell Screenshooter femme face mirroir

Chaque conte macabre se déroule dans une décennie différente. Il dresse ainsi une chronologie morbide de la contrée. Les événements se déroulent dans une ville fictive mais il ne serait guère étonnant que celle-ci se situent dans le Maine. En effet, œuvre de genre oblige, les péripéties sont peuplées de monstres parfois fantastiques et parfois bien humains. Esthétiquement, le rendu des créatures est particulièrement réussi et facilite l'acceptation des situations retranscrites. 
Sur cet aspect, les sketches sont plutôt imaginatifs. Les thématiques sont variées. On se laisse porter par les trajectoires tragiques de ces victimes en devenir. Le fait que certains sorts soient prévisibles n'entachent en rien le plaisir que l’on a à suivre ces péripéties. 
Pour se faire, un second degré est assumé tout au long du film. Ainsi, on s'amuse des situations même si l’on devine certaines évolutions. 
Par ailleurs, le rôle du narrateur est entièrement intégré dans le scénario. De ce fait, certains reproches que l’on peut formuler se trouvent être évoquer par son interlocuteur.
L’écriture est donc intelligente et pertinente en tout point.
 
En somme, Ryan Spindell réalise une œuvre maîtrisée de bout en bout. Il réussit à éviter les écueils récurrents à ce type d’entreprise. 
Le passage au format long est donc un franc succès. Il sera intéressant de suivre les futurs projets du metteur en scène afin de voir comment celui-ci s’en sort sur un film composé d’une seule et unique intrigue. 


The mortuary collection de Ryan Spindell

mercredi 12 février 2020

"With me, he’ll be doomed. Without me, I’ll never know."

 

Synopsis:

Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d’une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d’imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l’essentiel.

Adam Maryam Touzani Screenshooter Nisrin Erradi

 Mon avis:

Après avoir tourné sous la caméra de Nabil Ayouch dans Razzia, Maryam Touzani passe à son tour à la réalisation avec Adam. 
Ces deux œuvres partagent une approche similaire résidant sur la focalisation d’un cas social pour mieux analyser les maux de la société. 
Ici, le périple d’une femme enceinte isolée permet de découvrir les conditions de vie de ces personnes marginalisées par la communauté. 

De la nécessité à trouver un travail et un logement en passant par les commérages du voisinage, l’auteure aborde ces problématiques à travers les rapports entretenus avec Samia et Abla. 
Ces deux êtres sont, de par leur parcours, antinomique. L’une est une jeune femme, fraîchement arrivée à Casablanca, en quête de stabilité. L’autre est une résidente de la Médina, s’étant renfermée suite au décès de son mari. La fille de cette dernière est un personnage neutre, permettant de créer ou désamorcer les situations au sein du foyer. 
Nous observons donc comment ces inconnues se lient et se dévoilent. Nous découvrons leur identité, leur passé et leur traumatisme grâce à leurs interactions. Leurs confrontations permettent de les voir évoluer, les poussent à sortir de leur condition sociale et à cesser de fuir leurs problèmes.  
 
Adam Maryam Touzani Screenshooter Lubna Azabal

La majorité du film se déroule au sein du domicile d'Abla. En les confinant en un seul lieu, on peut ainsi observer leur comportement respectif sans être parasité par des éléments externes.
La situation politique, ou économique, du pays nous est inconnus. Cette abstraction permet de nous focaliser sur la sphère intime, que composent ces trois femmes, et obtenir ainsi un microcosme. Il en résulte une atmosphère particulière et variable, fortement influencée par les humeurs de chacune. 
La mise en scène participe à créer ce climat. La mise en scène est la plus discrète possible pour renforcer le réalisme des instants capturés. La caméra souvent proche des personnages permet de mieux vivre les évènements et ressentir les émotions traversant les protagonistes. 
De même, les scènes de vie telles que le repas, le ménage ou les loisirs nous facilitent l'immersion dans cet environnement tout en crédibilisant les personnages. La réalisatrice leur donne ainsi de la profondeur et une sensibilité qui leur est propre.

Ces mécanismes réussissent à nous faire ressentir de l'empathie vis-à-vis du parcours de chacune. Les sentiments éprouvés sont palpables et nous impactent tout autant. De par les caractères des deux femmes, il est impossible d'imaginer le dénouement de ces situations. On se retrouve donc à observer attentivement leurs réactions pour mieux anticiper la suite des événements. 

Adam est donc une œuvre simple dans sa forme qui recèle une finesse d’écriture juste et percutante. Chaque instant nous ébranle pendant des instants de tristesse que de joie. On en ressort bouleversé par la trajectoire de ces femmes. Un récit fort qui résonnera auprès de beaucoup grâce aux thématiques abordées.


Adam de Maryam Touzani

mardi 4 février 2020