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The beauty of violence


Synopsis:

Dans les bas-fonds de la vie criminelle de Los Angeles, le quotidien d'un officier de police endeuillé à la suite du meurtre de son coéquipier. Autour de lui, des tueurs à gages, des yakuzas, des cartels mexicains, la mafia russe et des gangs d'adolescents assassins.

Too old to die young Ed Brubaker Nicolas Winding Refn Screenshooter Homme armé

Mon avis:


Netflix n’est pas la seule plateforme à proposer des créations originales stimulantes. Bien que plus discrète dans sa communication, Amazon prime s’est vu doté au fil du temps un catalogue fort intéressant (American Gods, Undone, The boys,…). 
Parmi ces séries, l’une d’elles s’est faite remarquer notamment via la diffusion de deux épisodes lors de la 72éme édition du festival de Cannes. Il s’agit de la dernière création de Nicolas Winding Refn : Too old to die young. 

Sa filmographie l’atteste, le réalisateur danois porte une attention toute particulière à l’esthétisme de ses projets. 
On aurait pu penser que le passage du film à la série passerait par une épuration de sa patte artistique afin de répondre aux impératifs du format. 
Il n’en est rien. 
L’auteur livre ici une fresque urbaine découpée en dix longs-métrages. Cette durée s’explique justement par la volonté de créer une œuvre atmosphérique. De nombreuses séquences sont construits afin d’avoir l’impression d’évoluer au sein d’un tableau. La caméra balaye lentement son panorama nous laissant tout le loisir de scruter l’environnement dépeint. Ces instants calmes sont paradoxaux. Ils contrastent avec l’univers violent dans lequel l’auteur nous plonge. 
Le rythme n’est d’ailleurs pas le seul aspect à être en décalage avec ce monde. 

Too old to die young Ed Brubaker Nicolas Winding Refn Screenshooter femme brune

Le récit est parcouru de personnages atypiques. Par exemple, il est difficile de ne pas penser à Twin Peaks lorsqu’on découvre les agents du poste de police où évolue l’officier Martin Jones. Les autres protagonistes sont soit des fonctionnaires de l’État soit des individus évoluant dans un secteur criminel. Les premiers n’hésitant pas à franchir la ligne pour appliquer la Loi et se débarrasser des seconds.
Cette diversité des points de vue permet de densifier l’intrigue. Le meurtre d’un policier devient l’élément déclencheur d’une succession d’événements bien loin de la simple quête vengeresse attendue. La trajectoire de chacun des personnages est un récit complet à lui seul. 
À ce niveau, l’adoption d’un format long permet de développer suffisamment chaque trame tout en conservant ce rythme lancinant. On prend ainsi le temps de connaître les différents personnages et donc de générer de l'empathie.

De ce fait, l’impact quant au sort tragique qui peut leur être réservé se ressent sur deux niveaux bien distincts. 
Le premier est émotionnel. Bien qu’étant composé d'individus plus ou moins amoraux, nous sommes curieux de connaître jusqu’où leurs actions peuvent les mener. On se retrouve donc frustré lorsque le destin les empêche d’accomplir leur funeste dessein. 
Le second est sensoriel. Comme évoqué, le rythme lent s'accompagne d’un environnement sonore calme. Ainsi, lorsque des échauffourées se déclenchent, le bruit généré est décuplé. Il est un rappel à la réalité. Il participe à l’immersion dans les scènes qui se jouent. Il capte notre attention tout au long de ces séquences.
L’auteur joue ainsi intelligemment entre la forme léchée de son œuvre et le fond brutal qu’il décrit. Cette alchimie permet de happer le spectateur pour lui faire vivre entièrement cette expérience. 

Au final, Too old to die young se trouve être le projet le plus abouti, et ambitieux, du réalisateur. L’esthétisme est travaillé jusqu’à rendre onirique certains passages tandis que le récit est nihiliste à bien des égards. 
Il est évident que cette série ne réconciliera pas Nicolas Winding Refn avec ses détracteurs. Par contre, les autres devraient fortement apprécier ce polar de plus de douze heures !


Too old to die young d'Ed Brubaker et Nicolas Winding Refn

mardi 28 janvier 2020


Synopsis:

Une femme enceinte est rendue partiellement sourde suite à l'accident de voiture qui tue son mari. Recluse dans une maison isolée, elle reçoit la visite d'une femme qui veut lui arracher son bébé.


Inside Miguel Angel Vivas Femme posant doigt bouche
 

Mon avis:

Sortie en 2007, l’œuvre originelle du duo Bustillo/Maury s’ancrait dans une vague de films français radicaux ayant sévis durant la première décennie du XXIéme siècle. Neuf années plus tard débarque discrètement une relecture américaine de ce thriller hardcore. Le projet est confié à Miguel Angel Vivas, réalisateur de l’efficace Kidnappés et scénariste de la Casa de Papel 

Cette nouvelle version joue un jeu d’équilibre constant entre sa fidélité au matériau de base et sa transposition au sein de la culture américaine. Nous obtenons donc, à peu de choses près, la même galerie de personnages et les mêmes confrontations.  
Pour autant, le résultat est diamétralement différent. 
L’auteur a choisi d’évincer le côté très graphique des rixes ce qui rend d’autant plus crédibles les situations vécues. On passe ainsi d’un huis-clos grand-guignolesque et poisseux à un thriller domestique malheureusement convenu. 
En effet, les excès visuels de l’original permettaient d’accepter certaines facilités scénaristiques. Couplés au lieu unique, À l’intérieur développait un univers hors du temps et s’affranchissait volontairement de toutes cohérences physiques dans les affrontements.  

Inside Miguel Angel Vivas femme enceinte mains ventre

En adoptant ici une approche plus timorée dans les actes violents, l’auteur se doit de construire une intrigue crédible. C’est sur cet aspect que le problème réside. La trajectoire scénaristique reste bien trop prévisible pour réussir à capter notre attention tout du long. 
Le résultat est d’autant plus regrettable que le réalisateur fait preuve d’une mise en scène intelligente. Il y a un beau travail sur la photographie des lieux. La caméra est fluide et s’adapte parfaitement aux situations retranscrites.  

En somme, Inside est un cas d’école passionnant dans sa tentative d’adapter une œuvre de genre européenne pour satisfaire les mœurs américaines. C’est malheureusement via ce prisme uniquement qu’il vaut la peine d’être visionnée.


Inside de Miguel Angel Vivas

samedi 25 janvier 2020

The cop, the kidnapper and the phroggers


Synopsis:

Un inspecteur de police enquête sur un cas de pédophilie qui comporte de nombreuses similitudes avec une précédente affaire.


I see you Adam Randall Helen Hunt

Mon avis: 

Après avoir réalisé IBoy pour le compte de Netflix, Adam Randall poursuit son exploration du genre par le prisme du thriller dans I see you.
 
Ouvrant sur le cheminement aboutissant à la disparition d’un jeune garçon, l'auteur en profite pour installer son univers. Nous découvrons les lieux communs de cette ville typiquement américaine à travers le parcours de l’enfant. On s’immerge ainsi rapidement dans cet environnement. L'introduction est efficace et permet de capter l’attention du spectateur dès lors que cette séquence se clos.
 
Nous basculons ensuite dans le cœur du récit : l’enfant perdu et ses points communs avec des affaires passées. L’évolution de l’enquête nous permet de découvrir l’histoire de la localité ainsi que celle de l'officier en charge.
Le réalisateur
se concentre sur la vie de famille de ce dernier. Leur quotidien est mis en parallèle de l’avancée des recherches. Au fil des discussions au sein de cette cellule dysfonctionnelle, nous apprenons la raison de toutes ces tensions.
Outre ces protagonistes, nous suivons aussi deux adolescents adeptes d’une pratique peu commune.
 
 I see you Adam Randall

L’intelligence de l’auteur est d’aborder un sujet complexe via un traitement des plus anodin. On s’installe sur un rythme de croisière où les informations nous sont amenées à travers les interactions entre les individus. Les situations s’enchaînent ainsi pendant la première moitié du récit.
Au fil de la bobine, des éléments disruptifs poussent le spectateur à s’interroger sur les événements qui lui sont présentés. Ces derniers cassent nos aprioris concernant la trajectoire adoptée par l’auteur.

Plus que les twists scénaristiques, l’aspect le plus bluffant réside dans la manière dont est narrée cette histoire. La gestion de l'ellipse est magistrale et permet de fournir une double lecture des évènements.
De ce fait, une fois la vue d’ensemble obtenue, on ne peut s’empêcher de repenser à diverses séquences et la façon dont l’auteur a réussi à nous duper.
La construction de son intrigue compense des parties pris scénaristiques un peu trop frileux.
 
En somme, I see you est de ces œuvres suffisamment conscientes du genre qu’elle investit pour jouer avec les codes. L'exercice est d’autant plus remarquable sachant que l’auteur l'a réalisé en une vingtaine de jours. Une sacrée surprise qui a conquis le jury de la 9éme édition du PIFFF en repartant avec le prix Ciné+ Frisson.
 

 

I see you d'Adam Randall

mercredi 22 janvier 2020



Synopsis:

Jaime, Marta et leur fille, Isabel, se préparent à fêter leur emménagement dans leur nouvelle villa quand brutalement, trois hommes cagoulés font irruption... En une nuit, leur vie va basculer.

Kidnapped Miguel Angel Vivas femme pleure

Mon avis:

De Funny Games à Ghostland en passant par Panic Room, le Home-Invasion est un de ces sous-genres exploités depuis de nombreuses décennies. L'intérêt réside moins dans sa trajectoire scénaristique que dans la capacité de l’auteur à s’approprier cette thématique. 
Les trois œuvres précités sont les parfaits exemples de la diversité d’approche que le sujet offre à l’artiste. 
Pour Kidnapped, Miguel Angel Vivas décide donc d’opter une mise en scène composée exclusivement de plan-séquence. Un pari audacieux qui nécessite une certaine aisance quant à la gestion de l’action au sein du cadre. 
  
Dès les premiers instants, le réalisateur démontre qu’il a conscience de ces enjeux en profitant de la sempiternelle exposition pour faire une topographie de la demeure. De par cette approche scénique, le cœur du récit tarde à être abordé. L’absence de découpage des scènes oblige l’auteur à prendre le temps de mettre en place son univers. 
Il n’est guère nécessaire de s’étendre longuement sur la teneur de l’intrigue tant les enjeux et l’évolution des relations entre les personnages sont convenus. 
L’intérêt de l’œuvre se trouve dans la capacité de l’auteur à construire son récit sans trahir son intention initiale. Force est de constater que sur ce point, l’homme respecte son engagement. Il trouve un axe pour que le plan de chaque situation soit pertinent. La caméra navigue au sein de son environnement et capte chacun des instants endurés par les résidents.

Kidnapped Miguel Angel Vivas homme ceinturant femme
 
Le metteur en scène avait comme objectif de créer une expérience réaliste capable de faire ressentir pour les spectateurs les tourments vécus par la famille. Son utilisation du plan-séquence permet effectivement de rendre palpable la tension se dégageant de chacune des péripéties. De nombreuses fois, les individus tentent de jouer avec le temps soit pour repousser une échéance ou au contraire la précipiter. Le procédé permet d’assister en temps réel à ces moments, de ressentir la détresse qui s’en dégage. 
Miguel Angel Vivas ne nous ménage donc jamais et exploite au maximum le potentiel de son récit afin de créer une atmosphère étouffante et nihiliste. 

En somme, Kidnapped est loin d’être un sommet d’originalité scénaristique. Pour autant, les intentions de l’auteur sont respectées et permettent d’accoucher d’une œuvre sombre et oppressante. Un joli tour de force qui ravira à n’en pas douter les amateurs de films jusqu’au-boutiste. Sur ce point, le final risque d’être expérience particulièrement éprouvante pour certains.


Kidnapped de Miguel Angel Vivas

lundi 20 janvier 2020