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Falling empire

Synopsis:

Après l'assassinat d'un chef mafieux, des gangs se livrent à une lutte à mort pour le contrôle du Londres Underground.

Gangs of London saison 1 Gareth Evans Matt Flannery Screenshooter

Mon avis:

Mis sur le devant de la scène avec The Raid, Gareth Evans avait pour projet de faire une trilogie à partir de son œuvre de 2011. Six années après le second opus, il parait évident que la conclusion espérée ne verra jamais le jour. L’auteur s’est par la suite éloigné des films d’action pour alimenter le catalogue Netflix avec Le bon apôtre.
C’est donc avec plaisir qu’on le retrouve aux commandes d’une série anglaise sonnant comme un retour vers ses premiers amours. Pour nous narrer le gangstérisme londonien, le réalisateur fait appel à Xavier Gens et Corin Hardy pour mettre en boîte cette saison de neuf épisodes.

L’œuvre se penche sur la gestion d’un empire criminel suite à l’assassinat de son dirigeant. Le premier épisode adopte un format long d’une heure trente afin de nous présenter les différents partenaires du clan Wallace, à la tête de cette organisation. La diversité des domaines d’activités et les spécificités de ces différentes factions justifient la durée de cette introduction. Nous sommes ainsi aptes à comprendre les enjeux initiaux suite à ce meurtre et de faire connaissance avec les différents protagonistes.
La suite des événements densifie progressivement le récit. On passe d’un simple règlement de compte commandité par une bande dissidente à un complot bien plus complexe. Cette évolution est amenée progressivement au gré des investigations de différents individus. Bien plus que les scènes d’actions ponctuant l’œuvre, l’atout principal de la série réside dans sa capacité à investir le monde du grand banditisme londonien en jouant avec les codes sans tomber dans les clichés propres au genre.

Gangs of London saison 1 Gareth Evans Matt Flannery Screenshooter

Là où on aurait pu s’attendre à suivre le récit qu’à travers la vision de la famille Wallace, les auteurs optent pour la multiplicité des points de vue. Ce parti-pris sert autant dans la construction de l’univers que dans la gestion du rythme.
Nous avons une meilleure compréhension du fonctionnement de cet empire, de la façon dont chacun contribue à son essor mais aussi à quel point une telle entreprise peut être fragile. Chaque personnage a le temps d’être développé et de dévoiler son rôle au sein de l’organisation mais aussi les raisons l’ayant amené jusqu’ici. La structure de cette saison est adaptée à ce choix en consacrant certains épisodes à un individu spécifique.
Grâce à ce procédé, la gestion du rythme se retrouve être maitrisé de bout en bout. On alterne constamment entre les investigations sur les commanditaires du meurtre et divers affrontements nerveux.

La capacité de Gareth Evans à développer un univers aussi dense et crédible est une belle surprise. The Raid 2 montrait déjà la volonté de cet auteur à investir en profondeur les milieux criminelles, Gang of London est le murissement de ce procédé.
À cela s’ajoute la création de confrontations variées allant de la longue fusillade entre deux factions interposées à l’affrontement Mano a Mano. On retrouve la mise en scène dynamique longuement éprouvée lors de ses précédentes œuvres. La caméra s’adapte continuellement à la situation captée et suit le mouvement des corps pour mieux retranscrire les impacts des coups.

Si l’on pouvait encore regretter l’absence de conclusion pour sa trilogie indonésienne, le réalisateur nous propose une alternative extrêmement galvanisante avec cette série. Les neufs épisodes s’enchainent à un rythme effréné et se conclut avec brio.


Gangs of London saison 1 de Gareth Evans & Matt Flannery

mercredi 24 juin 2020

Fresh start, bad habits

Synopsis:

Un ancien taulard aspirant à une vie tranquille en est brutalement extrait quand la fille de la femme qui l’héberge est victime d’une agression. 


Bluebird Jérémie Guez  Screenshooter Roland Møller

Mon avis:

Écrivain de profession, Jérémie Guez investi le 7éme art suite à l’achat des droits de son deuxième roman : Balancé dans les cordes. Sortie en 2018 sous le nom de Burn out, cette adaptation est sa porte d'entrée dans le milieu. Il rédige dans un premier temps des scénarios (Lukas, L’intervention, …) et achète ensuite les droits de L’homme de plonge de Dannie M. Martin pour en proposer une transposition cinématographique.  C’est ainsi que nait Bluebird. 

L’œuvre reprend un archétype populaire du cinéma d’action : l’être solitaire voyant sa vie paisible voler en éclats suite à une rencontre impromptue. Une base éculée ayant donné lieu à bons nombres d’itérations telle que Léon, Man on fire ou encore The equalizer. Dans ces exemples, l’individu se transforme en ange exterminateur venu appliquer la justice selon son propre code moral.
Sur la thématique, le réalisateur s’inscrit dans cette lignée mais décide de tronquer le spectaculaire pour une expérience plus intimiste.

Nous découvrons tout d’abord comment cet ancien détenu tente de se reconstruire dans un environnement désolé. En parallèle de cette  trajectoire, nous suivons celle de la fille de la tenancière de l’hôtel. Le nombre restreint de protagonistes permet de s’attarder sur ces individus tout en conservant une évolution fluide des événements. Nous sommes ainsi amenés à les scruter en détails, à comprendre leur vécu. Cette proximité permet de créer de l'empathie pour ces personnages qui sera mis à profit par la suite.
Au sein de ce quotidien, nous détectons rapidement les événements annonciateurs d’un drame à venir. Ces moments créent une tension latente en opposition avec la relation naissante entre les deux êtres esseulés.
 

Bluebird Jérémie Guez  Screenshooter Roland Møller Lola Le Lann

Ainsi lorsque l’agression survient, nous attendons le basculement classique de ce type de récit où le protagoniste décide de se faire justice. Cet instant arrivera évidemment mais sa mise en application diffère des traitements habituels. La vendetta n’est pas abordée comme un acte cathartique rétablissant l’ordre mais plutôt comme une rechute de l’individu dans ses mauvais travers. Cette approche est dans la droite lignée de la construction scénaristique optée par l’artiste. Le déferlement de violence est rare mais rend son impact d’autant plus fort qu’on nous présente les séquelles psychologiques qu'il engendre. Une approche de la vendetta pertinent et percutant. 
On obtient ainsi une œuvre où l’humain prévaut sur le spectacle pour mieux nous bouleverser. L’impact émotionnel des péripéties vécues par ces individus s’en retrouve décuplé.

Pour son premier long-métrage, Jérémie Guez capte avec justesse la solitude d’individus vivant en marge en quête d’un équilibre.
Actuellement, l'auteur travaille sur un nouveau projet intitulé The Sound of Philadelphia avec notamment Matthias
Schoenaerts et Joel Kinnaman


Bluebird de Jérémie Guez

mercredi 17 juin 2020

Throwable family

Synopsis:

À la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement.

Vivarium Lorcan Finnegan Screenshooter Imogen Poots

Mon avis:

Seconde réalisation de Lorcan Finnegan, Vivarium s’était fait remarquer en 2019 lors de sa sélection à la Semaine de la critique du Festival de Cannes mais surtout en obtenant le Grand prix nouveau genre lors de L’Étrange Festival.

L’auteur nous propose de suivre un jeune couple cherchant désespérément un foyer. Leur quête va malheureusement les amener à se tourner vers la mauvaise agence immobilière. 
Après une introduction relativement courte, nous nous retrouvons donc dans un étrange quartier résidentiel uniformisé. Cette prison artificielle devient d’autant plus insupportable qu’un nouvel individu se joint à eux.

En peu de temps, nous passons d’un récit d’évasion à une histoire de cohabitation atypique. Cette évolution est déroutante d’autant que l’approche du réalisateur tend à normaliser les aspects paranormaux. Ce procédé est rendu possible grâce à des ellipses nous amenant à différents instants de vie de cette troisième personne. Là où on pouvait s’attendre à une évolution évidente dans les tentatives de fuite, nous nous retrouvons finalement à observer la sédentarité du trio et la cohabitation particulière qui s’opère. 

Vivarium Lorcan Finnegan Screenshooter Senan Jennings
Ce basculement narratif implique un changement de point de vue. Nous sommes amené à nous décentrer du couple malgré les péripéties qu’ils vivent pour mieux observer l’intrus. Un procédé difficile à effectuer d’autant que la caméra continue de se concentrer sur le duo et leur attitude face aux situations vécues. 
Nous nous retrouvons donc en équilibre constant entre ces deux trajectoires distinctes. Outre cette structure scénaristique, l’absence d’informations sur l’environnement et sur les motivations des geôliers rend l’expérience atypique. Nous évoluons au sein d’un milieu dont les codes nous sont inconnus et sans possibilité d’y comprendre le sens. Un choix périlleux opéré par l’auteur car il requiert au spectateur d’investir un univers inconnu et qui le restera. Pour autant, étant donné que nous sommes dans la même situation que le couple, cette approche se trouve être pertinente car plus immersive.

Pour le public acceptant cette observation d’une vie familiale particulièrement dysfonctionnelle, l’œuvre leur restera en tête pendant un moment. Le manque d’informations nous pousse à nous questionner sur l’objectif de l’œuvre. On pourrait la résumer à un simple épisode de La Quatrième Dimension en version longue mais se serait occulter les liens tissés entre les individus. On comprend que la sphère familiale est le cœur du sujet mais il nous sera demandé d’en trouver le sens de cette aventure. Une expérience cinématographique où la simplicité de la forme cache donc un fond bien plus dense.


Vivarium de Lorcan Finnegan

mardi 2 juin 2020

FastFood Club


Synopsis:

Un soir d'Halloween, Deion Elliot assiste au meurtre de son frère, tué par un homme armé d'un crochet suite à une blague ayant mal tournée.
Plusieurs années plus tard, Deion est maintenant le meilleur joueur de football américain de son lycée. Un jour, alors qu'il se retrouve en retenue avec plusieurs élèves, le jeune garçon commence à recevoir des menaces en rapport avec le meurtre de son frère.
Un tueur semble avoir pris pour cible le jeune homme et ses camarades de retenue. Le groupe va devoir survivre aux attaques de ce psychopathe tout en essayant de découvrir son identité. 



Scream Resurrection saison 3 Jill Blotevogel Dan Dworkin Jay Beattie Screenshooter Giorgia Whigham

Mon avis:

Après un premier revival avec Scream 4 en 2011, la franchise poursuit sa quête d’un nouveau souffle via le format télévisuel. En 2015 et 2016, MTV diffuse donc une nouvelle itération en deux saisons. Loin d’être convaincante, cette proposition aura le mérite de s’éloigner de la trajectoire scénaristique des films tout en reprenant intelligemment certains codes de la franchise.

Suite à une longue période de gestation, Ghostface est de retour pour une troisième saison mais en investissant un nouveau terrain de jeu. Le changement d’environnement est appréciable. Jusqu’alors habitué à arpenter les rues de quartiers résidentiels aisés, notre tueur choisit de se mêler à une population plus populaire. Une délocalisation intéressante qui peut être perçue comme une volonté d’étoffer la mythologie de cette saga.
Comme lors des précédents opus, nous suivons les déboires de jeunes pourchassés par le célèbre tueur. On retrouve certains mécanismes devenus classiques tels que la recherche de l’identité du tueur impliquant des suspicions au sein du groupe ou la résurgence du passif de certains protagonistes.
L’aspect méta est toujours présente. Les échanges sont ponctués de références aux œuvres d’antan. De même, lorsque les protagonistes analysent leur situation, celle-ci est constamment mise en parallèle à des schémas propres au genre horrifique. 

Scream Resurrection saison 3 Jill Blotevogel Dan Dworkin Jay Beattie Screenshooter Keke Palmer

De primes abords, la réappropriation des codes est donc respectée. Malheureusement, cette capacité n’est viable qu’en théorie car la mise en pratique est désastreuse.
L’aspect méta de l’œuvre est à géométrie variable. Elle occulte totalement les événements précédemment narrés dans les films Scream. De ce fait, l’inclusion de Ghostface sans l’aura qu'a ce masque perd de sa valeur. Les deux premières saisons pouvaient se permettre un tel processus car le design du masque était revisité. Il est difficilement concevable de procéder de la même façon ici alors qu’on en retrouve sa forme originelle.
Outre cette incohérence, l’un des plus gros freins à l’intrigue réside dans l’incapacité des auteurs à nous intéresser aux déboires vécus par le groupe. Comme indiqué par l’un des protagonistes, la constitution de cette équipe ressemble à celle de Breakfast Club en version 2.0. La différence entre les deux œuvres réside dans la mise à profit des stéréotypes initiaux au sein du récit. Dans le film de 1985, les clichés étaient dépassés pour mieux capter la personnalité de chacun. Dans cette série, le rôle attribué à chacun n’évolue pas. Les révélations sur le passif de certains élèves peinent à changer ce constat. On se retrouve donc à observer d’un œil distrait les tribulations de ces adolescents pour le moins insupportables.
Le naufrage est tel qu'on navigue entre mépris pour la fiasco qui se joue sous nos yeux et jubilation quant l'un d'eux se fait massacrer.

Il n’y a donc pas grand-chose à sauver dans cette dernière saison. Il nous est impossible de générer de l’empathie pour ces victimes inconsistantes. L’éventail de possibilité s’offrant à ce nouvel environnement ne se résume finalement qu’à une accumulation de clichés et de parti-pris insipides. 
Les aficionados pourront se réconforter en suivant la mise en chantier annoncée d’un nouvel opus sur grand écran réalisé par le duo derrière Wedding Nightmare.



Scream Resurrection saison 3 de Jill Blotevogel, Dan Dworkin & Jay Beattie

mardi 26 mai 2020

Those who seek revenge...

Synopsis:

Un homme attend huit ans pour se venger d'un crime que tout le monde a oublié.


Tarde para la ira Raúl Arévalo Screenshooter Antonio de la Torre

Mon avis:

Avant de passer derrière la caméra avec Tarde para la ira, Raúl Arévalo a principalement œuvré pour le 7éme art en tant qu’acteur sous l’objectif de divers réalisateurs tels que Pedro Almodovar, Alberto Rodríguez ou encore Àlex de la Iglesia. 

Ouvrant sur un braquage filmé en plan-séquence, l’auteur capte instantanément notre attention. Nous sommes ensuite projetés quelques années plus tard au côté de José. Nous suivons son quotidien entre ses habitudes dans un petit bar et sa présence au chevet de son père. 
L'absence d’exposition claire des enjeux et des individus impliqués nous poussent à se concentrer sur les informations dévoilées au cours des conversations. Chacune d’elle nous permet de situer chaque protagoniste au sein de cette vendetta planifiée. 
Structurée explicitement en trois actes, l’œuvre nous amène lentement jusqu’à la fameuse vengeance. Cette construction nous aide à nous familiariser avec l’ensemble des protagonistes. On se forge ainsi une opinion qui sera ensuite mise à rude épreuve. 
En effet, en nous positionnant tout du long aux côtés d’un être meurtri, nous générons de l’empathie pour celui-ci. Ces sentiments développés se basent évidemment sur notre appel à la compassion pour un individu ayant vécu un drame. On accepte ainsi aisément son application de la loi du Talion. 

Tarde para la ira Raúl Arévalo Screenshooter Antonio de la Torre Ruth Díaz

La thématique est donc des plus convenues. L’intérêt du film réside surtout dans la capacité de l’auteur à s’éloigner des sentiers battus pour proposer une œuvre dénuée de manichéisme et n’hésitant à capitaliser sur nos aprioris et notre empathie pour nous questionner sur les agissements du protagoniste.
 Bien loin des actionners où la victime se transforme en bras armé de la justice, Raúl Arévalo propose un récit plus intimiste sous forme de voyage introspectif infernal. Cette évolution narrative est d’autant plus prenante qu’elle s’effectue avec lenteur. L’auteur nous laisse le temps de scruter ses personnages. Il nous pousse à analyser leurs comportements et réactions afin de déceler comment le cours de l’histoire les affectent. 
Ce rythme s’accorde parfaitement avec son sujet. Nous suivons le point d’orgue d’une vengeance longuement murie. Il est nécessaire de faire ressentir le poids du temps sur cette entreprise. On imagine ainsi aisément les étapes antérieures au récit.
En sus, ce processus permet de créer une tension latente prenant son origine dans la retenue comportementale des individus. L’explosion de leur fureur en devient tétanisante. 

Au final, cette première réalisation de Raúl Arévalo se trouve être une franche réussite. Nous sommes embarqués sur un sentier sanglant ne laissant ni les protagonistes ni les spectateurs indemnes. On ne peut qu'espérer que l'auteur reviendra derrière la caméra.


Tarde para la ira de Raúl Arévalo

mercredi 20 mai 2020

Youth ill-being


Synopsis:

Après un séjour dans un centre de désintoxication, Rue Bennett fait son retour au lycée. Le jour de la rentrée, elle fait la rencontre de Jules, une jeune adolescente trans, avec qui elle commence à tisser des liens très forts.
Les deux jeunes femmes, ainsi que leurs camarades de classes et amis, évoluent dans un univers où la jeunesse n'a presque plus de tabou : les relations amoureuses se défont aussi vite qu'elle se font, les réseaux sociaux sont omniprésents, les névroses et secrets de chacun sont exposés aux yeux de tous et la drogue est facile d'accès.

Euphoria saison 1 Sam Levinson Screenshooter Zendaya  

Mon avis:

Après une carrière discrète en tant qu’acteur, Sam Levinson décide de passer derrière la caméra. Il officie dans un premier temps en tant que scénariste sur Wizard of lies en 2017 puis réalise son premier long l'année suivante : Assassination Nation. À défaut de faire l’unanimité, l’œuvre se fait remarquer lors de son passage dans divers festivals ainsi qu’à sa sortie en salle. 
En 2019, il adapte une série israélienne pour HBO s’intitulant Euphoria. 

L’œuvre nous place aux côtés de Rue. Sa récente sortie d’un centre de désintoxication est une porte d’entrée nous permettant de découvrir son univers et son entourage.
Tel un être omniscient, la jeune femme nous narre tout au long des huit épisodes le destin croisé de plusieurs élèves de son lycée. Les différentes trajectoires nous permettent d'obtenir une compréhension complète des intrigues abordées. L’œuvre est structurée de sorte à se focaliser sur un protagoniste par épisode. Nous pouvons ainsi observer comment ce dernier s’inclut dans cette fresque. 
Ce procédé est pertinent sur deux points.
Il nous permet de se familiariser avec l’ensemble des individus récurrents. Nous générons ainsi de l’empathie ou de l’aversion pour eux. Leurs interactions et l’impact émotionnel provoqué s’en retrouvent décuplés. Il est fréquent de se retrouver dans des situations anxiogènes tant la tension est palpable et le dénouement imprévisible. 
De par cette pluralité des personnalités et des vécus, l’auteur peut aisément développer ses thématiques tout en conservant une cohérence vis-à-vis de son récit. Ce processus évite de noyer le propos dans un ensemble et permet surtout de construire son discours à partir de ces différents sujets. L’approche est payante. Les idées servent autant à poser un constat sur notre réalité que d'être le moteur des intrigues.

Euphoria saison 1 Sam Levinson Screenshooter Algee Smith

La structure de cette série peut s’apparenter au processus de création d’un tableau. Sam Levinson choisit comme toile une ville américaine lambda afin de rendre l’environnement le plus universel possible. Il divise son support en plusieurs actes, chacun se focalisant sur un être. Il opte pour des couleurs vivantes afin de sublimer son propos tragique. On obtient ainsi un contraste criant entre cette forme et le fond. La somme de ces choix artistique nous offre une vue d’ensemble sur les causes du mal-être de toute une jeune génération. 

Au final, Euphoria est une expérience immersive facilitée par une BO pertinente et une patte visuelle agréable. On ne peut s’empêcher de penser à Skins dans sa captation d'un groupe de jeunes et sa construction scénaristique. La comparaison s’arrête ici tant la forme est diamétralement différente. On peut d’ailleurs mesurer la maitrise de Sam Levinson par son audace à conclure cette première saison sur un clip musical tout en conservant une cohérence avec les événements précédents.

Euphoria saison 1 de Sam Levinson

mercredi 13 mai 2020