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 The smart ass, the old men and the crippled 


Synopsis :

Un shérif, un vieillard un peu déboussolé et un cowboy partent à la recherche d'un groupe tombé aux mains d'une bande de cannibales. 

Bone Tomahawk S. Craig Zahler Screenshooter Skull

Mon avis:

Genre passé en désuétude depuis la fin des années 80, le western continue de hanter nos écrans notamment grâce aux frères Coen.
Sortie discrètement dans nos contrées en 2015, Bone Tomahawk est la première réalisation de l’écrivain S.Craig Zahler.

Ouvrant sur l’exécution et le pillage d’un camp, l’auteur opte pour une immersion d’en un Ouest sauvage et désolé. L’introduction passée, nous sommes amenés à découvrir les habitants d’un bourg. L’environnement calme, en totale opposition avec les événements précédents, va nous permettre de faire connaissance avec les différents protagonistes.
Au fil des situations, nous comprenons les liens régissant les individus entre eux et leur insertion dans ce microcosme social. Un élément frappant est le recours à une touche d’humour se reposant principalement sur le duo formé par le shérif et son adjoint. On développe rapidement de l’empathie pour ces habitants. Ainsi lorsque leur paisible existence vient être perturbée par la venue d’un étranger, nous sommes prêts à les suivre dans leur périple pour réclamer justice.

Un élément frappant dans la construction de cette œuvre réside dans sa gestion du temps. En effet, dans une course contre la montre, il est courant de retranscrire l’urgence des enjeux via une frénésie dans l’enchainement des séquences. Ici, le réalisateur préfère laisser vivre ses situations. Ce choix nous permet d’apprécier l’univers dans lequel évolue ses personnages. Il a pour conséquence aussi de transformer son postulat de départ en épopée intimiste.
Une fois sortie de leur environnement social, les protagonistes dévoilent plus profondément leur nature. Le périple est lent mais n’est pas dénué de péripéties. Chaque étape dans ce voyage est jonchée de rencontres permettant de mieux cerner l’âme de ces hommes. Le fait de suivre des personnes lambda plutôt que les figures archétypales du genre permet de créer une proximité et de nous reconnaitre dans le comportement de ces individus.
Le rythme lancinant n’enlève rien à l’urgence des enjeux. Plus nous avançons dans ces contrés isolées et plus nous ressentons la proximité du danger.

Bone Tomahawk S. Craig Zahler Screenshooter Kurt Russel Matthew Fox
 

Outre ce travail narratif captivant, l’autre élément détonnant est sa représentation de la violence des conflits. Dans la majeure partie de l’œuvre, l’auteur prend une certaine distance pour filmer ces instants. On ressent donc la brutalité de l’affrontement sans pour autant en mesurer entièrement l’impact qu’elle occasionne pour les personnes touchées. Progressivement, nous allons être amenés à suivre de plus près ces rixes jusqu’à un final tétanisant de tension.
L’oppression que l’on ressent lors de cette dernière bataille est autant liée à ses enjeux qu'à sa retranscription du combat. Alors que jusqu’ici nous étions amenés à imaginer les blessures subies, cette conclusion nous présente frontalement les chairs meurtries. Sur cet aspect, l’auteur embrasse le bis italien des années 80 où la rencontre entre des êtres dit civilisés et d’autres primitifs se paie d’un lourd tribut. Ce changement graphique ne dessert aucunement le drame qui se joue.
Au contraire, en plongeant entièrement dans l’horreur de la situation, le réalisateur offre ainsi une conclusion parfaite à son récit. Il met à contribution l’empathie que l’on ressent pour ses personnages tout en nous surprenant dans la retranscription de ces derniers instants.

Depuis la sortie de Bone Tomahawk, S. Craig Zahler a réalisé les excellents Section 99 et Trainé sur le bitume. Son prochain projet sera une collaboration avec Park Chan-wook où il occupera le poste de scénariste. 



Bone Tomahawk de S. Craig Zahler

mardi 17 novembre 2020

Everything gonna be alt-right  

Synopsis : 

Des inconnus se réveillent bâillonnés en pleine nature. Ils découvrent rapidement qu'ils sont les candidats d'une chasse à l'homme grandeur nature orchestrée par de riches Américains qui ne désirent qu'une seule chose : chasser et abattre, par snobisme ou mépris de classe, des citoyens pauvres issus d'états ruraux comme des animaux. Mais cette partie dégénère lorsque l'une des proies, Crystal, décide de lutter pour sa vie en tuant les chasseurs.

The Hunt Craig Zobel Screenshooter Betty Gilpin


Mon avis :

La nouvelle Le Plus dangereux des gibiers de Richard Connell est notamment connu grâce à son adaptation cinématographique Les Chasses du comte Zaroff. The Hunt reprend sa thématique mais avec une approche plus corrosive.

Ouvrant sur une exécution dans un avion, l’auteur nous présente les instigateurs derrière cette compétition sadique. Entre la sécheresse de la mise à mort et la caractérisation des protagonistes nous cernons rapidement la tonalité de l’ensemble.  
La trajectoire des événements adoptée n’est guère surprenante. On retrouve l’ensemble des mécanismes propres au genre entre la proie inversant le rapport de force et le boss final psychotique. L’ensemble est bien rythmé et est ponctué de confrontations efficaces.

L’originalité de l’œuvre réside principalement dans la caractérisation des personnages et leur conviction politique. En effet, bon nombre des films reprenant cette thématique opposent des nantis à des personnes issues de classe populaire. Il est courant que ce rapport de force soit mis en évidence via la différence de milieu social dans lequel évolue les deux parties. Il est moins fréquent que cet aspect soit verbalisé et incorporé dans la dynamique du récit.
Dans The Hunt, la genèse même de cette chasse est justifiée comme un acte militant, un combat idéologique. L’œuvre est entièrement ancrée dans notre époque et met en exergue, souvent de manière caricaturale, les différents maux de la société américaine. Pour facilité notre immersion dans cette compétition, Craig Zobel adopte un second degrés constant et tourne en dérision l’ensemble de ces courants de pensées et les incohérences qui en découlent. Notre capacité d'empathie s’en retrouve parasitée.

The Hunt Craig Zobel Screenshooter Emma Roberts

En effet pour faciliter l’attachement, il est fréquent d’avoir recours à des valeurs universelles pour présenter les protagonistes. Il permet de se reconnaitre en eux sans avoir à dévoiler leurs convictions profondes sur leur modèle de société idéal.
The Hunt prend à contre-pied ce procédé. Les différentes discussions mettent en avant la vision utopique du Monde de ces personnages. Cette approche a pour conséquence d’être amené à suivre des individus en opposition totale avec nos valeurs. Une position déroutante où l'on peut se retrouver en accord avec une de ces personnes sans pour autant cautionner ses agissements. De plus, en grossissant le trait de ces individus, il nous est d'autant plus difficile de s'en attacher.
Au sein de cette galerie de personnages, seules deux femmes ne sont pas tournées en dérision : “l’héroïne” Crystal et sa Némésis Athena. Elles permettent de garder un point d’ancrage dans notre réalité.
Le fait d’évoluer aux côtés de Crystal et de la voir verbaliser les incohérences des personnes l’entourant renforce autant l’absurdité des comportements qu’elle crédibilise cet univers. Nous nous retrouvons donc dans sa lecture des événements sans pour autant apprécier sa personnalité. En effet, notre jugement à son égard est biaisé par le tableau dressé par les chasseurs. Tout comme le slasher le fait depuis des décennies, l'auteur nous pousse à suivre les actions d'une personne à laquelle nous ne nous reconnaissons pas. La définition de son identité est d'ailleurs parfaitement gérée jusqu'au dénouement final.

En somme, The Hunt est une expérience grisante et surprenante. Avec cette relecture de la chasse à l’homme, le réalisateur offre un divertissement foncièrement détonnant.




The Hunt de Craig Zobel

mercredi 11 novembre 2020

 Cursed

 

Synopsis:

Lorsqu’Edna, la matriarche et veuve de la famille, disparaît, sa fille Kay et sa petite-fille Sam se rendent dans leur maison familiale isolée pour la retrouver. Peu après le retour d’Edna, et alors que son comportement devient de plus en plus instable et troublant, les deux femmes commencent à sentir qu’une présence insidieuse dans la maison. Edna refuse de dire où elle était, mais le sait-elle vraiment…

Relic Natalie Erika James Screenshooter

 

Mon avis:

Tout en poursuivant son exploration des peurs profondes voire indicibles, Natalie Erika James passe au long-métrage avec Relic.
Ouvrant sur une situation intrigante, l’autrice dévoile instantanément l'atmosphère de son univers. Une ellipse s'ensuit nous amenant directement au cœur du récit. Les événements seront ensuite principalement narrés à travers la perception de la fille et petite-fille de l’hôtesse des lieux.  

Adoptant une forme horrifique convenue, la réalisatrice brasse diverses thématiques captivantes.
La première réside évidemment dans les conflits générationnels au sein de la cellule familiale. Chaque protagoniste incarne une époque et un mode de vie. Leurs interactions permettent autant à cerner la situation présente que de comprendre leur passif. Bien que parfois trop explicitée, la vision de chacune sur cette cellule familiale est un atout indéniable au sein de l'intrigue. La situation initiale les pousse à prendre des décisions en accord avec leur philosophie amenant invariablement des confrontations.
Le deuxième sujet est la démence. La perte de notion sur la réalité qui nous entoure est un terreau fertile pour les œuvres fantastiques. Sur ce plan, Natalie Erika James joue intelligemment sur la frontière entre événements résultant d’un accès de folie et manifestation surnaturelle. Dans la première partie du récit, les péripéties ont cette double lecture. Ce refus d'expliciter la nature de la menace permet de créer une tension latente car imprévisible. Il faudra attendre le dernier tiers pour que la réalisatrice embrasse entièrement l’une des deux voies.
Avant de plonger dans les tréfonds de la demeure avec cet ultime acte, l’œuvre déroule les différentes pathologies propres à la maladie de la grand-mère. En résulte l’accentuation du gouffre qui sépare la matriarche à sa descendance. Les échanges sont constamment parasités par le comportement changeant de la maîtresse des lieux.

 

Relic Natalie Erika James Screenshooter


Le dernier axe de lecture est notre rapport à la Mort. Cette entité imprègne depuis longtemps les murs de la demeure et in fine celles et ceux qui y ont logé. Ici la faucheuse se rappelle aux protagonistes à travers l'accumulation des souvenirs de personnes disparues. Plus qu’un lieu vivant, cette maison isolée est un sanctuaire, une stèle commémorative où les cartons accumulés recèlent les vestiges d’un mode de vie en voie d'extinction. La bobine est parcourue de situations poussant à se remémorer un passé totalement révolu. La peur de la Mort se retranscrit aussi dans les rêves poisseux de Kay. Chacune des protagonistes a son propre rapport avec cet aspect de la vie. De part les écarts d'âge, leur vision de ce passage inéluctable se retranscrit dans leur façon d'évoluer au sein de la demeure.

La trame de fond du récit est donc dense et fascinante. Le rythme lent permet d'explorer ces thématiques tout en développant les personnages. De l'empathie naît pour ce trio de femmes au vu des situations vécues. Cette proximité créée sera grandement mise à profit lors du dernier tiers de l’œuvre.
Malheureusement, au moment où la vérité éclate sur la nature de la menace, Natalie Erika décide de clore son film. Certes le plan final est beau et chargé d’émotions. Pour autant, on a la sensation de n’avoir qu’effleurer le cœur du sujet. La tension accumulée culmine sur un enchaînement de situations anxiogène efficace. Pour autant, sur l’aspect narratif, ces derniers événements apportent plus de questions que de réponses sur le mystère entourant cette famille.

Au final, Relic est pertinent dans son analyse des conflits générationnelles au sein de la cellule familiale et à quel point la Mort réunit autant qu’il nous sépare. Par contre, en temps qu’œuvre de genre, elle est une expérience particulièrement frustrante tant la fin est abrupte et nous laisse sur la fin.




Relic de Natalie Erika James

jeudi 22 octobre 2020

 Sell fear, earn blood

Synopsis: 

Une bande de gentil fous montent une entreprise : contre salaire, ils proposent de créer vos pires peurs. Mais un client va leur demander d'aller trop loin...

Fear inc Vincent Masciale Screenshooter

Mon avis:

Après avoir réalisé de nombreux courts-métrages, Vincent Masciale offre une version longue à l’un de ses projets avec Fear Inc.
L'auteur nous place aux côtés d’un homme en quête de grands frissons. Ses connaissances dans le genre horrifique font de lui un être désabusé par le manque d'audace des entreprises d’épouvante. Son quotidien va changer lorsqu’il découvre la société éponyme au titre.
 
Passée une introduction nous offrant un avant-goût des tensions à venir, le réalisateur nous présente ses quatre protagonistes. Joe se démarque du lot de par sa personnalité et sa soif d'effroi. Il est directement présenté comme l’individu central au sein de l’intrigue. L’ensemble des événements est provoqué par ses agissements. De même, toutes les scènes sont vécues à travers son point de vu.
 
La première partie permet de comprendre la dynamique entre les personnages. Il annonce aussi la tonalité de l’œuvre.
En effet, le récit opte pour une approche méta du genre horrifique permettant d’injecter une dose d’humour. Le choix est pertinent. Il permet de nous faciliter l'acceptation des situations. Joe porte notre voix pour exprimer nos remarques autant sur les agissements de ses comparses que sur les mises à mort extrêmement référencées. Une proximité est ainsi créée entre cet individu et le spectateur. Nous nous amusons des situations autant que cet homme.
 

 
Outre cet axe scénaristique, Vincent Masciale  a l’intelligence d'entretenir l’ambiguïté sur les motivations réelles des assaillants. Les interactions entre les personnages permettent d’entretenir ce mystère. Le réalisateur crée ses twists uniquement sur cet élément. Une facilité qui a le mérite de rythmer l’œuvre. Chaque changement de direction apporte une redéfinition des enjeux. Bien que l’auteur abuse de cet artifice, la maîtrise de son sujet nous permet d’apprécier pleinement l'ensemble.
Nous nous amusons à suivre les péripéties vécues et surtout les réactions du personnage central.
 
Au final, Fear Inc. est une production honnête remplissant pleinement son rôle de divertissement horrifique. On ressent de l'empathie pour ce drôle de quatuor. Les meurtres sont généreux en hémoglobine sans faire dans la surenchère. Le scénario est épuré pour aller à l'essentiel. Pour les amateurs du genre, le plaisir est assuré.  
 
 


Fear inc de Vincent Masciale

lundi 5 octobre 2020

 She's a witch !

Synopsis:

Comme partout ailleurs, Lily, élève de terminale, et son cercle d’amis évoluent constamment dans un univers de textos, selfies, tchats et autres « posts » sur les réseaux sociaux. Quand un hacker se met à publier des détails personnels et compromettants sur les habitants de leur petite ville, celle-ci sombre rapidement dans la folie pure.

Assassination Nation Sam Levinson Screenshooter

Mon avis:

Sortie discrètement dans les salles françaises, Assassination Nation est la deuxième réalisation de Sam Levinson. Malgré un retour critique positif, notamment lors de sa projection dans divers festivals, l’œuvre est un échec commercial.
L’auteur nous place aux côtés d’un groupe d’étudiantes habitant dans la tristement célèbre ville de Salem. La localité va subir les affres d’un hacker déterminé à révéler aux grands jours la vie intime des concitoyens. La quête du responsable de ces actes va mettre les habitants dans un état de psychose extrême.

En prenant ce socle scénaristique, le réalisateur propose une relecture moderne de la chasse aux sorcières afin de mettre en exergue les maux de notre société. Chaque strate de la communauté se retrouve face à son identité mise à nu et doit ainsi affronter le regard d’autrui.
On aurait pu s'attendre à ce que ces événements amorcent une prise de conscience sur l’hypocrisie ambiante au sein de la communauté. Il en résultera finalement le renforcement de la pensée unique, conservatisme et égocentrique.
En parallèle de ce fil rouge, nous suivons le quotidien de notre quatuor. Chacune d’elle fait face à des problématiques propres à leur âge et notre époque. Elles n'aspirent qu’à vivre selon leurs envies. Elles se confronteront aux dogmes établis autant au sein des confréries étudiantes que dans notre société. Le paternalisme, la masculinité toxique, l’éducation sexuelle à travers la pornographie, le rejet de la différence sont autant d’obstacles rencontrés au sein de leur parcours.

L’auteur réussi à développer ces sujets tout au long du récit sans desservir la dynamique de son œuvre. Au contraire, ces problèmes sont le moteur même de l’histoire. Elles sont présentes à travers la galerie des personnages et leurs comportements. Loin de tomber dans de longs monologues moralisateurs, Sam Levinson privilégie l’échange et l’action pour mettre en exergue ces agissements néfastes et leurs conséquences.

Assassination Nation Sam Levinson Screenshooter
 

Outre ses qualités scénaristiques, le metteur en scène opte pour une réalisation dynamique afin de mieux capter l’énergie se dégageant de ses protagonistes.
Le choix des couleurs, des lumières permet de créer une atmosphère en fonction des situations décrites. Lorsque le groupe est réuni, l'ambiance cosy décuple le côté intimiste des liens qui les unissent. L'impact de la confrontation avec le Monde en dehors de leur microcosme s'en retrouve décuplé.  
De même, la variété de la mise en scène permet de maintenir l’attention du spectateur autant qu’à s’adapter aux événements vécus. La réalisation est constamment au service de l’émotion. Sur ce point, l’introduction sous forme de compilations des événements à venir est un choix périlleux mais captivant.

En somme, Assassination Nation est une œuvre mouvante. Elle se présente dans un premier temps comme un teenage movie dramatique pour se transformer lentement en thriller anxiogène. Le hacker est le Corbeau d’antan. En mettant à nu la communauté, il devient l’ennemi à abattre pour protéger la quiétude hypocrite de la ville.
Ce glissement de genre nous amène vers un final cathartique marqué par un home-invasion en plan-séquence magistral. L'incursion dans ce microcosme est autant éprouvante que jouissive. L’auteur met en évidence les fractures de notre société et l’affrontement qui se joue entre la pensée réactionnaire et patriarcale face à celles et ceux qui en subissent les oppressions.
Le long-métrage est forcément clivant tant par son parti-pris que par son approche. Il est une belle ébauche des thématiques qui seront plus longuement développées dans son projet suivant : Euphoria.




Assassination Nation de Sam Levinson

mercredi 30 septembre 2020

 Painful watching 


Synopsis:

Sean et David Carter enquêtent sur un tueur en série qui terrorise la ville. Rejoints dans leurs recherches par la détective Christine Egerton, ils ne tardent pas à se douter qu’une telle violence ne peut pas être le fruit de notre monde.


Mon avis:

Parmi les boogeyman émergeant dans les années 80, Pinhead est l’un des seuls à être une adaptation d’une œuvre littéraire. Cette particularité ne l’empêchera malheureusement pas de suivre la même trajectoire que Freddy Krueger ou Michael Myers. En une dizaine d’itérations, Hellraiser aura connu les mêmes déboires que l’ensemble des sagas horrifiques de son époque avec une qualité en constant déclin.
Scénariste de l’indigeste Hellraiser : Revelations, Gary J. Tunnicliffe passe cette fois-ci derrière la caméra pour nous livrer une nouvelle proposition de l’Enfer de Clive Barker.

Débutant sur le jugement d’un homme, l’auteur capte instantanément notre attention. L’atmosphère est oppressante. Les nouveaux serviteurs du Maitre sont certes bien différents des cénobites mais on le mérite de nous interpeller. L’ouverture est pleine de promesses. Elle nous laisse espérer une immersion dans ce palais de justice atypique et ses rouages.
Malheureusement, l’espoir d'un renouveau de la saga sera de courte de durée. Le metteur en scène nous place par la suite aux côtés d’un trio d’enquêteurs poursuivant un tueur en série. La trame autour de notre boogeyman est ainsi relégué en second plan. La cohabitation entre les deux récits est bancale.
L’auteur recycle le genre policier façon Seven, le brio en moins. Pinhead est réduit en un simple spectateur durant les trois quart de la bobine. Nous observons ainsi les tribulations des personnages sans grand intérêt. L'ensemble suit un chemin balisé depuis longtemps. Nous ne sommes donc guère surpris mais plutôt lassé par la trajectoire adoptée.
Seules les scènes se déroulant dans l'antichambre de l'Enfer retiennent notre attention de par leur esthétisme. Elles sont de simples sursauts d'attention au sein de cette trame soporifique. 
 
 
Judgment suit malheureusement la trajectoire des précédents opus. Notre antagoniste est réduit à faire de la figuration afin de justifier l’exploitation de la licence. Le récit manque d’originalité et ne fait qu'empruntent des ressorts scénaristiques à d'autres genres. Les acteurs sont peu convaincants. On ressent le manque de budget dans l’ensemble des plans en extérieur.
En somme, seule l’arrivée de nouveaux serviteurs du Maître et les quelques meurtres sanglants éveillent notre intérêt. Un satisfaction bien maigre face à l'ineptie du récit.
L'exploration d'une nouvelle facette de l'univers d'Hellraiser était une approche audacieuse et stimulante. Il aurait été passionnant de s'immerger entièrement dans ces nouveaux lieux et explorer en parallèle la lutte face aux factions des Cieux. La démarche aurait été risquée mais aurait eu le mérite d'explorer de nouveaux horizons au lieu de recycler de vielles formules comme c'est le cas avec ce dernier opus. 

À défaut d'être récupéré par Clive Barker, il semblerait que les droits d'exploitation soit tombé entre les mains de Jason Blum. Une série confié à David Gordon Green serait en préparation.

 

 

Hellraiser : Judgment de Gary J. Tunnicliffe

mercredi 9 septembre 2020

 🎶 Put a bullet in your head 🎶 

Synopsis:

Petit génie de la mécanique, Lino est réputé pour ses voitures-bélier. Jusqu'au jour où il se fait arrêter pour un braquage qui tourne mal. Repéré par le chef d'une unité de flics de choc, il se voit proposer un marché pour éviter la prison.

Balle perdue Guillaume Pierret Screenshooter

 

Mon avis:

Après avoir réalisé quelques courts-métrages ainsi qu’une poignée d’épisodes pour le Golden Moustache et le Golden Show, Guillaume Pierret passe au format long avec Balle perdue.
L’auteur s'entoure d’un casting solide entre habitué du genre et acteurs sortant de leur zone de confort.
 
D’une durée relativement courte, l’auteur dresse une intrigue épurée permettant de se concentrer sur le cœur de l'intrigue. On retrouve une structure scénaristique proche de certaines œuvres de Fred Cavayé telles que Mea culpa ou À bout portant.
Le réalisateur opte pour des unités de lieu et de temps réduites afin de retranscrire la tension inhérente au récit. Le rythme est ainsi maintenu pied au plancher du début à la fin. On ressent d’autant plus efficacement l’urgence des situations vécues par Lino. Les brefs moments d'accalmie permettent de développer le passif des personnages et leurs motivations respectives.
 
Balle perdue Guillaume Pierret Screenshooter
 
L'immersion dans cet univers est donc immédiate. Les protagonistes ont un caractère bien trempé servant efficacement le récit. Pour les habitués du genre, nous nous retrouvons rapidement en terrain connu. L'ensemble répond au cahier des charges entre courses-poursuites effrénées et confrontations tendues. Malgré sa trajectoire classique dans ce genre de récit, l'auteur nous réserve quelques surprises durant le parcours.

Guillaume Pierret réalise donc une œuvre bien rythmé et ne nous laissant aucun répit.
Pour autant, le plaisir
procuré par Balle perdue est éphémère. Une fois la bobine terminée, la prise de recul nous pousse à constater que le film d'action français se retrouve constamment cantonné à un format précis. Bien qu'efficace dans le genre qu'il investit, le long-métrage suit un chemin balisé depuis de nombreuses années. Ce type de production française est certes rare dans le catalogue Netflix. En observant les propositions passées par divers réalisateurs français, nous retrouvons des codes déjà utilisés par Eric Valette, Julien Seri ou encore Florent-Emilio Siri. 
 
Nous nous retrouvons finalement avec un sentiment partagé. 
D'un côté, il est indéniable que le réalisateur a démontré ses capacités à proposer un film d'action efficace dans la lignée des productions étrangères dont le public est friand. Il nous tarde de découvrir ses futurs projets et d'observer la trajectoire artistique que l'auteur prendra.
D'un autre côté, au sein du paysage cinématographique français, il est un rappel écrasant quant à la difficulté de l’industrie à produire mais surtout diffuser des œuvres peu conventionnelles. Netflix est certes une alternative aux studios de cinéma et permet à certains projets de voir le jour. Pour autant, il semble imposer un certain format aux œuvres qu'Il finance.


Balle perdue de Guillaume Pierret

mercredi 2 septembre 2020

 The first of them

Synopsis:

Au fin fond de la campagne anglaise, une base militaire héberge et retient prisonniers un groupe d’enfants peu ordinaires. Lorsque la base est attaquée, Mélanie, la plus surdouée d’entre eux, réussit à s’échapper en compagnie de son professeur, de deux soldats et d’une biologiste. Dans une Angleterre dévastée, Mélanie doit découvrir qui elle est vraiment.

 

Mon avis:

The Last Girl est le deuxième long de Colm McCarthy. Sa genèse est pour le moins atypique. L’œuvre est adaptée d'une nouvelle dont l'auteur en a ensuite tiré simultanément le scénario du film et un roman. De primes abords, la thématique est loin d'être innovante. Le post-apo zombiesque se retrouve très souvent à remplir les catalogues de plateformes SVOD dans l'indifférence le plus total. Rare sont les productions se démarquant du lot, le dernier apportant un soupçon d'originalité est sûrement Warm Bodies. Pour autant, même avec les recettes les plus éculées, nous pouvons voir naître des films originaux. Tout est une question de savoir-faire.

Dès les premiers instants, l'auteur nous place aux côtés de Mélanie, une jeune fille transpirant l'innocence et la bienveillance. Nous découvrons son quotidien partagé entre son isolement dans une cellule sommairement meublée et une salle de "cours" lui permettant de retrouver ses comparses.
L'absence d'éléments préliminaires accentue la violence entre l'attitude de Mélanie et le traitement qu'elle subit. On découvre rapidement la raison pour laquelle les soldats adoptent un tel comportement envers ces enfants. Une fois la présentation des protagonistes effectuée, le récit sort de son milieu confiné pour nous faire prendre l'air et ainsi lancer le cœur de son intrigue.

Nous sommes rapidement happés par ce voyage. La raison réside dans le choix du personnage central. L'être le plus dangereux est aussi celui envers lequel on éprouve le plus d'empathie. L'auteur crée ainsi une dualité captivante. De plus, de par son préambule volontairement inconfortable, nous sommes naturellement enclin à prendre parti pour l'opprimée. Quand bien même cette dernière représente originellement une menace bien plus grande.
Colm McCarthy joue de cette dualité en incorporant divers éléments empêchant ainsi de se retrouver avec des personnages manichéens. Il nous est difficile de haïr pleinement l'un d'eux. Leur passif respectif nous permet d'entrevoir leur part humanité et les nobles intentions sous-jacentes. À l'inverse, même si le caractère de Mélanie la rend terriblement attachante, elle reste un être imprévisible mue par un instinct de survie primale.

 

Il est évident que ces différentes émotions ressenties ne seraient possibles sans une performance d'acteurs des plus juste. La révélation de cette œuvre est assurément Sennia Nanua. Débutant sa carrière en 2015 via le court-métrage Beverley, The Last Girl est son premier long. Pour autant, son aisance devant la caméra ne laisse en rien deviner sa courte d'expériences dans ce milieu.
Outre les qualités susmentionnées, un autre élément nous stimule lors du visionnage. En effet, tout au long du récit, il est difficile de ne pas penser à l'univers vidéoludique de The Last of Us. L'analogie entre ces deux œuvres, réside principalement dans la description du monde post-apocalyptique ainsi que la nature végétale de la menace planétaire. Cet élément permet de dépoussiérer la mythologie entourant le Zombie. Ces choix permettent de crédibiliser le récit et facilitent ainsi notre immersion dans ce futur pessimiste.

Il est difficile de trouver des défauts à l’œuvre. Il y a certes une baisse du régime en cours de route, mais cela s'explique par un premier acte mouvementé et la volonté de ralentir la cadence afin d'étoffer ses personnages. De plus, l'auteur fait preuve d'une maîtrise sur tous les plans : le récit est bien ficelé, les personnages bien définis et la B.O est hypnotisante.

En somme, The Last Girl est une agréable surprise, touchante et imprévisible. On se laisse porter dans ce road trip nihiliste qui n’a de cesse de sortir des chemins balisés du genre. Le final confirmera ce constat en offrant une conclusion aussi inattendue que pertinente. On espère que les prochains projets de Colm McCarthy seront tout autant stimulant. 

 

The last girl de Colm McCarthy

mardi 25 août 2020

 Illegal business

Synopsis:

Père de famille et marié, Luca Di Angelo mène une vie tranquille et confortable de trafiquant de cigarettes à Naples jusqu'à ce que son frère Micky soit assassiné sous ses yeux. Il s'avère qu'un nouveau venu, le Marseillais, a l'intention de vendre de la drogue en ville. Implacable et sadique, il est prêt à tout pour y parvenir même à éliminer ses concurrents. L'affrontement est inévitable. 

 

La guerre des gangs Lucio Fulci Screenshooter


Mon avis:

Avant d’obtenir ses gallons dans l’univers horrifique, Lucio Fulci œuvrait depuis nombre d’années pour la renommée du cinéma italien. Du western à la comédie en passant par le film d’aventure, le futur maitre de l'horreur s’est frotté à divers genres cinématographiques sans réussir à rencontrer le succès escompté.
Il faudra attendre la sortie de L’enfer des zombies en 1979, vingt années après ses débuts derrière la caméra, pour qu’il se fasse connaître auprès de la scène internationale.
À défaut de jouir d’une liberté financière lui permettant de réaliser des projets qui lui sont cher, l’homme se voit donc contraint d’accepter une commande pour un genre en perte de vitesse : le poliziotteschi. Puisant ses racines dans des œuvres américaines telles que L’inspecteur Harry, The french connection ou Serpico, le néo-polar italien se caractérise par sa description d’une société où la police est corrompue et où les milieux mafieux ont pris le pouvoir.

C’est donc lors du chant du cygne de ce genre que Lucio Fulci est sollicité pour nous narrer les péripéties d’un contrebandier devant faire face à l’arrivée d’un trafiquant de drogues. En partant de cette trame convenue, le réalisateur réussit à créer une histoire rythmée alternant courses-poursuites, règlements de comptes sanglants tout en prenant soin de construire un récit solide.

Assez académique dans sa réalisation, La guerre des gangs tire son épingle du jeu en créant une galerie de personnages consistant et dont leurs relations forment un aspect central de l’intrigue. On se laisse rapidement embarquer dans cet affrontement où deux milieux aux mœurs divergentes vont se déchirer.
D’un côté, la contrebande est présentée comme une organisation certes illégale mais permettant de faire vivre de nombreuses familles et ainsi les éloigner de la misère. Une entreprise louable où Luca est l’incarnation même de ce mal nécessaire inoffensif.
De l’autre côté, le marché de la drogue est présentée comme une filiale s’imposant dans la violence et ne semant que la mort autour d’elle. Elle est la source des problèmes occasionnés aux contrebandiers.
La rencontre entre ces deux univers ne pourra que causer des dommages collatéraux.

La guerre des gangs Lucio Fulci Screenshooter


Tout au long de la bobine, l'auteur sème des éléments permettant de mettre en évidence l’opposition entre ces deux activités. On peut reprocher au réalisateur de faire des contrebandiers des hommes trop bons sous tout rapport, cela n’entache en rien le plaisir que l’on a à suivre Luca dans ses tourments.
Un autre aspect marquant réside dans la retranscription de la violence de ces milieux. Durant le tournage, Lucio Fulci souhaitait se concentrer sur ce point et cela est flagrant. Les meurtres sont particulièrement violents et sanglants. Certes cette approche est une caractéristique propre au genre cinématographique abordé mais on a l'impression dans le cas présent que le réalisateur se permet toutes les transgressions. Certaines scènes pourraient se retrouver dans des œuvres horrifiques et plus particulièrement des Slasher tant l’hémoglobine coule à foison. Entre fusillades sanglantes, visage déchiqueté à la mitrailleuse et torture au chalumeau, l’œuvre n’est clairement pas conseillé aux âmes sensibles.

En somme, sans pour autant être une œuvre majeure, La guerre des gangs est un petit bijou violent remplissant ses objectifs tout en offrant un bon moment de cinéma. Une œuvre méconnue de l'auteur italien annonçant sur quelques aspects ses futurs méfaits dans le genre horrifique.

 


La guerre des gangs de Lucio Fulci

mercredi 19 août 2020

Flesh mask

Synopsis:

Durant Halloween, un groupe d'amis croise une maison hantée "extrême", qui va les confronter à leurs peurs les plus sombres.

Haunt Scott Beck  Bryan Woods Screenshooter

Mon avis:

Deuxième réalisation de Scott Beck et Bryan Woods, l’œuvre s'est particulièrement fait remarquer aux États-Unis via sa diffusion sur la plateforme Shudder.
Sur le papier, il est difficile de comprendre l’engouement du public tant l’œuvre a tous les aspects d’un slasher lambda.

La première partie confirme ce ressenti. Nous découvrons les différents protagonistes et leur environnement. Les relations présentaient sont convenues sans pour autant être caricaturaux.  Nous obtenons ainsi un aperçu des personnalités respectives.
Nous arrivons rapidement à notre destination finale et ce d’une manière pour le moins incongrue. On sent l'utilisation de ressorts scénaristiques au détriment d'une évolution naturelle des actions. La suite des événements ne réservera pas de grande surprise. Du moins jusqu’à ce que les cadavres commencent à s’accumuler.

En effet, une fois passée la première moitié de la bobine. Les auteurs amorcent un jeu de massacre particulièrement graphique et ponctué de moment de tensions efficaces. La variété des pièces du lieu permet de diversifier les confrontations. Il en est de même de par la pluralité des bourreaux. Chacun d’eux, bien qu'inconnus, à une identité visuelle et un modus operandi qui leur sont propres. Les mises à mort sont frontales. Les blessures provoquées nous sont présentées sans s'y attarder. Cette approche permet de décupler l'impact des coups sans tomber dans une complaisance face aux actes perpétrés.
Comme tout slasher respectant son cahier des charges, Haunt a sa final girl. Cette dernière est rapidement identifiable. Son passif est développé aux cours des événements. II permet de mettre en parallèle la situation actuelle avec le traumatisme de son enfance. Ces éléments sont bien exploités et mis à profit lors de son final via une situation anxiogène où une pièce se transforme en escape game malsain.
Le rythme monte donc de manière crescendo et culmine via une succession de confrontations particulièrement sanglantes. De par sa durée d’une heure trente, les auteurs évitent ainsi une quelconque baisse de régime et décide d'aller à l'essentiel.

Haunt Scott Beck  Bryan Woods Screenshooter Katie Stevens

Outre sa trajectoire scénaristique basique mais efficace, un autre élément lui permet de se démarquer du lot. Il réside dans l’identité des bourreaux.  Le duo a conscience de l’impact qu’aura cette révélation et en joue tout au long de l’œuvre. La découverte n'en est que plus délectable. Elle apporte une dimension d’autant plus sadique dans le jeu établi. Sans avoir à expliciter le passif de ces êtres, nous sommes amené à deviner les atrocités perpétraient pouvant expliquer ce résultat.

En somme, Haunt s'adresse principalement aux aficionados du genre. Il est demandé au public d’accepter une première partie très linéaire pour être ensuite récompensé par le second segment. L'oeuvre offre ainsi sans prétention aucune un divertissement honnête ne cherchant ni à complexifier inutilement sa trame ni à édulcorer les actes perpétrés.
En attendant de retrouver le duo pour un nouveaux projet en tant que réalisateur, nous pourrons découvrir une nouvelle proposition d'horreur avec leur scénario de Sans un bruit 2. 



Haunt de Scott Beck & Bryan Woods

mardi 28 juillet 2020


Silent Terror

Synopsis:

Cecilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d'enfance et sa fille adolescente.
Mais quand l'homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s'il est réellement mort.

Insible Man Leigh Whannell Screenshooter  Elisabeth Moss

Mon avis:

Après s’être fait remarquer avec l'efficace Upgrade, Leigh Whannell propose une relecture du roman d'H.G. Wells pour le compte de BlumHouse.

Ouvrant sur une évasion silencieusement tendue, l’auteur défini efficacement la situation dans laquelle se trouve notre protagoniste. Une courte ellipse nous permet de retrouver Cecilia dans son nouvel environnement. Nous assistons dans un premier temps à sa tentative de reconstruction d’un semblant de vie malgré les traumatismes subits. Nous avons ainsi le temps de comprendre comment cette femme s’est retrouvée dans cette relation toxique et les liens l’unissant à son entourage.
Une fois cette base assimilée, le réalisateur injecte lentement une présence menaçante dans ce nouveau quotidien. Cette dernière est suggérée via les mouvements de caméra ainsi que par la réaction de notre personnage principal. Les péripéties vont permettre de comprendre la nature du danger tout en plongeant Cecilia dans une spirale infernale où personne n’en réchappera indemne.

Là où nous avons l'habitude de suivre l'Homme Invisible dans ses tourments tout au long de l’histoire, l’entité se retrouve ici être la menace indicible du personnage principal. Cette inversion de point de vue donne une autre dimension à cette créature. Habituellement, de l’empathie se développe pour l’Homme pour ensuite être mis à mal lorsqu’il commet des actes répréhensibles.
Dans le cas présent, nous ne connaissons cet être qu’à travers la perception de l’héroïne. Il est immédiatement catégorisé comme méprisable et toxique. L’ensemble des événements ne feront que confirmer cette impression initiale.
L’auteur transforme ainsi l'habituelle descente aux enfers d’un scientifique trop ambitieux en un thriller féminin faisant parfaitement écho à une partie des maux de notre société contemporaine.

Insible Man Leigh Whannell Screenshooter  Elisabeth Moss

Cet axe de développement est pertinent et permet de dépoussiérer la mythologie. Malheureusement, l'exécution accumule certains partis pris empêchant d’apprécier pleinement ce potentiel.
En effet, le choix d’adopter un rythme lent est bénéfique dans un premier temps puisqu’il permet de connaître notre protagoniste et son passif. Il devient un handicap lorsque l’auteur rentre dans le vif du sujet. Une fois la menace présente, on aurait pu espérer une accélération de tempo afin d’augmenter la tension des situations. Il n’en est rien. L’auteur opte pour un rythme de croisière où quelques confrontations viendront troubler le calme ambiant.
De ce fait, bien que l’approche sur le sujet soit originale, nous avons tout le temps d’analyser la trajectoire scénaristique de l’œuvre. Or, cette dernière est pour le moins prévisible. Les mécanismes sont convenus et le déroulement des événements n'est guère surprenant.
Seule la quête quant à la nature de la menace permet de tenir en haleine le spectateur, ce qui est bien mince. À cela s'ajoute quelques incohérences notamment sur le dernier acte. Loin d'offrir une conclusion au récit, le final amène énormément de questions quant à la version des faits présentée par rapport à la réalité de ces événements.

En somme, Invisible Man offre une relecture intéressante de la mythologie mais le recours à des mécanismes conventionnelles nous empêche de nous investir pleinement dans cette proposition. Nous nous retrouvons donc avec un résultat frustrant où la forme ne parvient pas à être à la hauteur du fond. En tant que thriller technologique, on préférera Upgrade du même auteur. Pour une adaptation moderne de l'Homme Invisible, Hollow Man reste bien plus intéressant car maitrisé de bout en bout.
Pour son prochain projet, Leigh Whannell se concentre sur un autre monstre d'Universal : Le loup-garou. On ne peut qu’espérer que le tire sera corriger pour cette nouvelle itération.

Invisible Man de Leigh Whannell

mercredi 22 juillet 2020

Falling empire

Synopsis:

Après l'assassinat d'un chef mafieux, des gangs se livrent à une lutte à mort pour le contrôle du Londres Underground.

Gangs of London saison 1 Gareth Evans Matt Flannery Screenshooter

Mon avis:

Mis sur le devant de la scène avec The Raid, Gareth Evans avait pour projet de faire une trilogie à partir de son œuvre de 2011. Six années après le second opus, il parait évident que la conclusion espérée ne verra jamais le jour. L’auteur s’est par la suite éloigné des films d’action pour alimenter le catalogue Netflix avec Le bon apôtre.
C’est donc avec plaisir qu’on le retrouve aux commandes d’une série anglaise sonnant comme un retour vers ses premiers amours. Pour nous narrer le gangstérisme londonien, le réalisateur fait appel à Xavier Gens et Corin Hardy pour mettre en boîte cette saison de neuf épisodes.

L’œuvre se penche sur la gestion d’un empire criminel suite à l’assassinat de son dirigeant. Le premier épisode adopte un format long d’une heure trente afin de nous présenter les différents partenaires du clan Wallace, à la tête de cette organisation. La diversité des domaines d’activités et les spécificités de ces différentes factions justifient la durée de cette introduction. Nous sommes ainsi aptes à comprendre les enjeux initiaux suite à ce meurtre et de faire connaissance avec les différents protagonistes.
La suite des événements densifie progressivement le récit. On passe d’un simple règlement de compte commandité par une bande dissidente à un complot bien plus complexe. Cette évolution est amenée progressivement au gré des investigations de différents individus. Bien plus que les scènes d’actions ponctuant l’œuvre, l’atout principal de la série réside dans sa capacité à investir le monde du grand banditisme londonien en jouant avec les codes sans tomber dans les clichés propres au genre.

Gangs of London saison 1 Gareth Evans Matt Flannery Screenshooter

Là où on aurait pu s’attendre à suivre le récit qu’à travers la vision de la famille Wallace, les auteurs optent pour la multiplicité des points de vue. Ce parti-pris sert autant dans la construction de l’univers que dans la gestion du rythme.
Nous avons une meilleure compréhension du fonctionnement de cet empire, de la façon dont chacun contribue à son essor mais aussi à quel point une telle entreprise peut être fragile. Chaque personnage a le temps d’être développé et de dévoiler son rôle au sein de l’organisation mais aussi les raisons l’ayant amené jusqu’ici. La structure de cette saison est adaptée à ce choix en consacrant certains épisodes à un individu spécifique.
Grâce à ce procédé, la gestion du rythme se retrouve être maitrisé de bout en bout. On alterne constamment entre les investigations sur les commanditaires du meurtre et divers affrontements nerveux.

La capacité de Gareth Evans à développer un univers aussi dense et crédible est une belle surprise. The Raid 2 montrait déjà la volonté de cet auteur à investir en profondeur les milieux criminelles, Gang of London est le murissement de ce procédé.
À cela s’ajoute la création de confrontations variées allant de la longue fusillade entre deux factions interposées à l’affrontement Mano a Mano. On retrouve la mise en scène dynamique longuement éprouvée lors de ses précédentes œuvres. La caméra s’adapte continuellement à la situation captée et suit le mouvement des corps pour mieux retranscrire les impacts des coups.

Si l’on pouvait encore regretter l’absence de conclusion pour sa trilogie indonésienne, le réalisateur nous propose une alternative extrêmement galvanisante avec cette série. Les neufs épisodes s’enchainent à un rythme effréné et se conclut avec brio.


Gangs of London saison 1 de Gareth Evans & Matt Flannery

mercredi 24 juin 2020

Fresh start, bad habits

Synopsis:

Un ancien taulard aspirant à une vie tranquille en est brutalement extrait quand la fille de la femme qui l’héberge est victime d’une agression. 


Bluebird Jérémie Guez  Screenshooter Roland Møller

Mon avis:

Écrivain de profession, Jérémie Guez investi le 7éme art suite à l’achat des droits de son deuxième roman : Balancé dans les cordes. Sortie en 2018 sous le nom de Burn out, cette adaptation est sa porte d'entrée dans le milieu. Il rédige dans un premier temps des scénarios (Lukas, L’intervention, …) et achète ensuite les droits de L’homme de plonge de Dannie M. Martin pour en proposer une transposition cinématographique.  C’est ainsi que nait Bluebird. 

L’œuvre reprend un archétype populaire du cinéma d’action : l’être solitaire voyant sa vie paisible voler en éclats suite à une rencontre impromptue. Une base éculée ayant donné lieu à bons nombres d’itérations telle que Léon, Man on fire ou encore The equalizer. Dans ces exemples, l’individu se transforme en ange exterminateur venu appliquer la justice selon son propre code moral.
Sur la thématique, le réalisateur s’inscrit dans cette lignée mais décide de tronquer le spectaculaire pour une expérience plus intimiste.

Nous découvrons tout d’abord comment cet ancien détenu tente de se reconstruire dans un environnement désolé. En parallèle de cette  trajectoire, nous suivons celle de la fille de la tenancière de l’hôtel. Le nombre restreint de protagonistes permet de s’attarder sur ces individus tout en conservant une évolution fluide des événements. Nous sommes ainsi amenés à les scruter en détails, à comprendre leur vécu. Cette proximité permet de créer de l'empathie pour ces personnages qui sera mis à profit par la suite.
Au sein de ce quotidien, nous détectons rapidement les événements annonciateurs d’un drame à venir. Ces moments créent une tension latente en opposition avec la relation naissante entre les deux êtres esseulés.
 

Bluebird Jérémie Guez  Screenshooter Roland Møller Lola Le Lann

Ainsi lorsque l’agression survient, nous attendons le basculement classique de ce type de récit où le protagoniste décide de se faire justice. Cet instant arrivera évidemment mais sa mise en application diffère des traitements habituels. La vendetta n’est pas abordée comme un acte cathartique rétablissant l’ordre mais plutôt comme une rechute de l’individu dans ses mauvais travers. Cette approche est dans la droite lignée de la construction scénaristique optée par l’artiste. Le déferlement de violence est rare mais rend son impact d’autant plus fort qu’on nous présente les séquelles psychologiques qu'il engendre. Une approche de la vendetta pertinent et percutant. 
On obtient ainsi une œuvre où l’humain prévaut sur le spectacle pour mieux nous bouleverser. L’impact émotionnel des péripéties vécues par ces individus s’en retrouve décuplé.

Pour son premier long-métrage, Jérémie Guez capte avec justesse la solitude d’individus vivant en marge en quête d’un équilibre.
Actuellement, l'auteur travaille sur un nouveau projet intitulé The Sound of Philadelphia avec notamment Matthias
Schoenaerts et Joel Kinnaman


Bluebird de Jérémie Guez

mercredi 17 juin 2020