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Misha, le grand frère



Synopsis:

Benni a neuf ans. Négligée par sa mère, elle est enfermée depuis sa petite enfance dans une violence qu’elle n’arrive plus à contenir. Prise en charge par les services sociaux, elle n’aspire pourtant qu’à être protégée et retrouver l’amour maternel qui lui manque tant. De foyer en foyer, son assistante sociale et Micha, un éducateur, tenteront tout pour calmer ses blessures et l’aider à trouver une place dans le monde.


Benni Nora Fingscheidt Helena Zengel

Mon avis:

Après une poignée de courts-métrages et un documentaire sur une communauté Mennonite, Nora Fingscheidt passe au long-métrage fictionnel avec Benni. 

Adoptant le point de vue de l’enfant, le récit ouvre sur une séance d'auscultation. Nous prenons ainsi directement conscience des conséquences tragiques liées à son comportement.
En commençant ainsi, l’autrice capte instantanément notre attention. Elle montre la fragilité de l’être et fait donc appel à notre empathie. 

Le scénario est construit afin que l’information soit transmise via l’action et non dans l'explicitation. Les diverses confrontations servent à obtenir une vue d’ensemble sur le passé de la jeune fille ainsi que sa situation présente. Dans son entourage, trois personnes se démarquent : l’éducateur Micha, l'assistante sociale Madame Bafané et la mère Bianca. 
Ces trois protagonistes ont des rôles essentiels tant dans la dynamique du récit que dans la description d’un système peinant à gérer ces enfants en difficultés.
Les deux premiers personnages sont les archétypes des individus expérimentés dans leur domaine et dont la rencontre avec cette jeune fille va les ébranler.
La figure maternelle, quant à elle, brille principalement par son absence. Ses rares interventions mettent en exergue son incapacité à gérer la situation. Loin de créer un être méprisable, l’autrice prend le temps d’expliquer les raisons d’un tel comportement. On ne cautionne aucunement ses actes, mais on est amené à comprendre son raisonnement.
Évidemment, le cœur du récit, et surtout sa trajectoire émotionnelle, réside dans la relation liant
Benni à Micha. L’évolution est loin d’être surprenante, mais de par la caractérisation de ces personnes, l'alchimie fonctionne. On est émue par leurs interactions et les épreuves auxquelles ils doivent faire face. 


Benni Nora Fingscheidt Helena Zengel


Outre la création d’une galerie d’individus crédibles et profondément humain, la réalisatrice à la brillante idée d'opter pour un traitement sensoriel pertinent afin de retranscrire, aux mieux, les crises vécues par l'enfant.
En résulte des instants inconfortables où Nora Fingscheidt sature notre ouïe et notre vue. Le choix est payant. On comprend parfaitement tout le processus autour de cette pathologie, autant sur les raisons qui la déclenchent, que la manière dont elle se manifeste. 
De même, le découpage s’adapte intelligemment aux situations. Ainsi, les moments d’accalmie passent par des plans lents, posés. Les instants plus énergiques, eux, se ressentiront aussi dans la réalisation. 

En somme, l’œuvre est une belle réussite. Elle est émouvante sans appuyer sur l’aspect larmoyant du sujet. Elle nous éclaire sur cette situation sociale sans oublier de créer une intrigue autour de sa thématique. Elle élève une trajectoire scénaristique classique par une réalisation ingénieuse. 
Pour son premier long fictif, Nora Fingscheidt passe le cap d’une main de maître !

 

Benni de Nora Fingscheidt

dimanche 22 décembre 2019

Soon the void


Synopsis:

1980. Sorti de prison, et après avoir abandonné sa fille, un ex-boucher décide de remettre les compteurs à zéro et de redémarrer sa vie.


Seul contre tous Gaspar Noé Screenshooter Philippe Nahon

Mon avis:

Premier long métrage du réalisateur, Seul contre tous fut récompensé par le prix de la semaine de la critique lors du 51éme festival de Cannes. Le film a fait le tour de différentes manifestations cinématographiques en laissant derrière lui une forte impression au vue du nombre de prix raflé, huit au total.
Après six ans de dur labeur où il vue les différentes chaines de télévisions lui refuser les fond nécessaire au financement du projet, seul Canal + a fourni une participation, Gaspard Noé voit donc ses efforts récompensés en 1999.
Considéré comme le prolongement de son moyen-métrage Carne, Seul contre tous transpire d’une énergie singulière et peu commune dans le cinéma français.


Avec son pitch de drame social classique, Gaspard Noé aurait pu livrer un film conformiste où l’apparent pessimisme de départ se dissiperait peu à peu afin de se conclure sur un happy-end dégoulinant de bons sentiments écœurants. Forte heureusement, l’auteur n’est pas homme à respecter les conventions établies et cela est évident dès les premières scènes.
Optant pour une économie de dialogues, l’ensemble du récit se positionne du point de vue du boucher et privilégie les monologues de ce protagoniste plutôt que les interactions avec les autres personnages. L’adoption de ce point de vue interne permet de mieux comprendre la psyché de cet homme au bout du rouleau et les dualités qu’il rencontre à différents moments du récit.


Seul contre tous Gaspar Noé Screenshooter Philippe Nahon


Loin de faire de son anti-héro quelqu’un dénué de morale, Gaspard Noé préfère choisir un être d’apparence banal ayant des principes mais dont la descente aux enfers qu’il va vivre va venir les remettre en cause. Tirailler entre sa conscience, son instinct de survie et son honneur, le boucher sombre peu à peu dans un processus de mauvais choix dont rien ne semble pouvoir l’arrêter.
Afin de mieux souligner ce parcours marginal, le réalisateur opte pour un grain d’images conférant un aspect proche du documentaire avec une prédominance des couleurs rouge et orange. Le réalisme est ainsi décuplé et confère au spectateur les rôles de voyeur et de confident. Nombreux sont les moments où le personnage principal déambule ou est plongé dans ses pensées. Heureusement, notre rôle consistant à être à son écoute nous évite de longs moments silencieux. Pour autant, les personnes allergiques aux monologues d’un être aigri et colérique risque de ne pas apprécier les choix narratifs du réalisateur.


Niveau casting, Philippe Nahon porte à lui seul le film grâce à sa prestation parfaite de ce boucher torturé. Avec plus d’une centaine de rôle dans le milieu cinématographique, l’acteur est pourtant injustement méconnu. Ainsi, le voir endosser le rôle principal est un choix judicieux et payant. Le fait d’attribuer le reste des personnages à des acteurs peu ou pas connus renforce le réalisme de l’œuvre et permet de rendre d’autant plus crédible l’œuvre.

Maitrisé de bout en bout, on est complètement hypnotisé par les événements se déroulant sous nos yeux. Il nous est impossible de prévoir comment va se comporter le protagoniste ce qui nous met dans une tension constante, craignant qu’à chaque instant la situation vire au drame.
Un parti pris important du réalisateur est sa volonté de miser sur une violence plus psychologique que physique. D’une part pour installer un malaise constant et d’une autre pour décupler l’impact de la violence graphique lorsqu’elle intervient.
Pour autant, l’auteur ne cherche pas à épargner son auditoire bien au contraire, malgré le peu d’hémoglobines déversées, Gaspard Noé n’a de cesse de malmener le spectateur via des effets de mise en scène brut ayant pour but de capter l’attention voire de provoquer son public.


Au final, Seul contre tous était assurément un électron libre au sein d’une industrie cinématographique française trop frileuse pour oser suivre ce genre de voie. Pour autant, le réalisateur continue de suivre sa voix, refusant de se plier aux règles établies et est conforté par les réactions divisées que provoquent chacune de ses œuvres. En résulte une filmographie singulière et puissante.


Seul contre tous de Gaspar Noé

mercredi 11 décembre 2019

Fly across borders

Synopsis:

Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu'il traverse illégalement la frontière. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre qu'il a maintenant le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s'en échappe avec l'aide du Dr Stern qui nourrit le projet d'exploiter son extraordinaire secret. Les deux hommes prennent la fuite en quête d'argent et de sécurité, poursuivis par le directeur du camp. Fasciné par l'incroyable don d'Aryan, Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s'achètent.



La Lune de Jupiter  Kornél Mundruczó

Mon avis:

Initialement conçu comme un film d’anticipation, la dernière œuvre de Kornél Mundruczó se transformera, au grès d'évènements de notre société, en drame contemporain. Trois ans après White God, il revient donc pour la 18eme édition de l'Arras Film Festival afin de nous partager sa dernière création.
Ouvrant sur un saisissant plan-séquence retranscrivant une tentative, pour des migrants, de traverser une frontière, le réalisateur capte instantanément notre attention. On suit ce périple dans son intégralité, créant ainsi une tension à chaque instant et installant d’emblée une atmosphère âpre à son univers.

Au travers de cette scène, la caméra se concentre au fil des minutes sur un jeune homme, Aryan, venant d’être séparé de son père. Les bases sont ainsi posées. Les scènes suivantes introduisent le reste des protagonistes et vont permettre de dessiner plus finement l’intrigue générale de l’œuvre.
On se retrouve à suivre un duo d’antagonistes. D’un côté, le jeune homme apatride mue par des sentiments humanistes (trouver son père et un refuge pour se reconstruire). Le second homme est un docteur, désabusé par son monde, aux motivations purement vénales.
Ce couple imparfait va créer une certaine dynamique de dépendance/répulsion devenant très vite le cœur du récit. Leurs objectifs divergeant vont les mettre face à des situations souvent tragiques et parfois poétiques.
 

La Lune de Jupiter  Kornél Mundruczó


Le fil rouge, ainsi que sa trajectoire narrative est, certes convenu, mais suffisamment rythmé pour qu’on se laisse entraîner dans ses péripéties. D’autant que l’ensemble est superbement réalisé.
En effet, le point fort de La lune de Jupiter est assurément la justesse de sa mise en scène. Outre le recours à des plans-séquences fluide décuplant les émotions retranscrits sur pellicule, Kornél Mundruczó varie les procédés en fonction de la scène et son environnement.

On retrouve, dans cette bobine, des traveling latéraux , du shaky cam ou encore des caméras en vue subjective. Chaque parti-pris est pertinent et permet de nous faire ressentir la tension ainsi que la sensation de danger immédiat vécus par ces personnages.

Seuls les moments de lévitation offrent un répit bienvenu dans ce monde anxiogène. Ces instants donnent la sensation d’assister à un ballet où le temps est suspendu durant la prestation de notre jeune homme. L’auteur laisse ainsi le spectateur reprendre son souffle avant de l’entraîner dans les méandres d’une société malade.
L’ensemble est techniquement impeccable et transforme ce récit en un excellent moment de cinéma. On ressort de la séance légèrement bouleversé par ce rollercoaster cinématographique. La noirceur de ce monde couplé à la faculté de l’auteur à nous impliquer dans chaque action de notre duo crée une alchimie envoûtante. Cette dernière nous confronte à une dualité entre la fascination plastique de la forme et la répulsion de cette vision de notre société comme toile de fond.

Le prochain projet de Kornél Mundruczó serait un thriller horrifique écrit par Max Landis avec Bradley Cooper en tête d’affiche. On espère que l’auteur aura assez de liberté pour mettre à profit son talent. 


La Lune de Jupiter de Kornél Mundruczó

mercredi 4 décembre 2019