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Chanson Douce de Lucie Borleteau

mercredi 1 janvier 2020

Parasite

Synopsis:

Paul et Myriam ont deux enfants en bas âge. Ils engagent Louise, une nounou expérimentée, pour que Myriam puisse reprendre le travail. Louise se montre dévouée, consciencieuse, volontaire, au point que sa présence occupe une place centrale dans la famille. Mais très vite les réactions de Louise deviennent inquiétantes.

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Mon avis:


Deuxième long-métrage de Lucie Borleteau, Chanson Douce est une adaptation du roman éponyme de Leïla Slimani.

Le concept de l’individu socialement normal, mais profondément instable, est une thématique pour le moins éculé. Il a donné naissance à des personnages emblématiques tels que Norman Bates ou Mark Lewis. Plus que la trajectoire scénaristique, l’aspect le plus marquant de ces œuvres réside dans la personnalité de l'antagoniste.
La réalisatrice inscrit son personnage dans cette mouvance.

Nous commençons par découvrir l'environnement familial du jeune couple incarné par Leïla Bekhti et Antoine Reinartz. On appréhende rapidement leur univers, leurs aspirations et leur rythme de vie respectif. Une fois que ces informations sont assimilées, l’autrice nous présente la nourrice incarnée par Karin Viard.
L’évolution narrative est classique. Dans un premier temps, l’arrivée de cette personne est providentielle puis, petit à petit, des éléments disruptifs sont introduits. Ces changements sont progressifs, insidieux et permettent de densifier la personnalité de Louise.
En plus des aspects scénaristiques, Lucie Borleteau profite de la prestation incroyable de Karin Viard pour jouer sur le non-dit. L'attitude de cette femme véhicule autant de malaisance que les propos qu’elle tient. La caméra capte parfaitement ces instants et permet d’avoir une double lecture des événements. On comprend autant le point de vue du couple que celui de l’employée.

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Tout comme les autres antagonistes précités, il est important de comprendre la vision de cette personne, pas nécessairement pour générer de l'empathie, mais plutôt pour éviter un manichéisme primaire.
Au fil de la bobine,
l’œuvre se penche donc sur l’environnement de cette femme. Nous n'en connaissons pas plus sur son passif, mais nous découvrons son monde, son quotidien, en dehors de son métier. Ces séquences, loin de dédouaner les actes de cette personne, permettent de comprendre sa situation, d'imaginer comment elle a pu en arriver là. Elle humanise donc cette dame et évite d’en faire un monstre dénué de sentiments. On devine ainsi les motivations qui l'anime sans pour autant les cautionner.

Pour que ce travail d’écriture puisse être crédible, il fallait une actrice à même d'incarner la complexité de ce personnage. La prestation de Karin Viard est, en cela, incroyable. Elle réussit à dévoiler les différentes facettes de ce protagoniste sans qu’à aucun moment tout cela ne tourne au ridicule. Elle arrive à créer une tension latente autant par sa présence que par son absence. On appréhende une explosion de folie lorsqu’elle est en contact avec d’autres personnes et on redoute son apparition lorsqu’elle n’est pas présente à l’écran.
Le reste du casting est tout autant talentueux. Le couple, formé par Leïla Bekhti et Antoine Reinartz, est crédible. Les deux enfants interagissent naturellement dans leur environnement. Les situations décrites sont donc d’autant plus réalistes et décuplent l'empathie ressentie.

En somme, le deuxième long de Lucie Borleteau est une belle réussite. On est embarqué jusqu’aux derniers instants dans un drame familial où la folie revêt un vernis terriblement commun, ce qui le rend d’autant plus glaçant.

 

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