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Marianne de Samuel Bodin

mardi 29 octobre 2019



Synopsis:

Emma, jeune romancière acerbe, découvre que les personnages monstrueux qu’elle a créés dans sa série de romans horrifiques sont réellement en train de prendre vie.

Marianne Samuel Bodin Victoire du Bois

Mon avis:

En une bonne dizaine d’années, Samuel Bodin a eu l'occasion de donner sa vision du chevalier noir, d'explorer les tréfonds des prisons les plus dangereuses ou encore de raconter sa version du Débarquement.
Cette fois, l’auteur s’attaque à la sorcellerie et décide de s’établir en terres bretonnes. Il faut dire que la nature sauvage et contrastée de ces côtes françaises sont propices pour développer ce type de folklore.
L’annonce d’un tel projet a de quoi attiser la curiosité des afficionados du milieu. Rare sont les œuvres francophones à voir le jour sans avoir dû passer par un chemin de croix des plus décourageant.
Retrouver Marianne dans le catalogue Netflix, en tant que production originale, montre que la plateforme peut être une alternative face aux problématiques d’exploitation des œuvres de genre français. 
 
L’auteur installe efficacement son récit, ses personnages et son univers en deux épisodes particulièrement éprouvants. On cerne rapidement le caractère d'Emma, son activité professionnelle et sa vie privée.
Le tableau ainsi dressé, le réalisateur a toute la latitude pour développer son univers.
Le rythme est donc tempéré. Les personnages sont étoffés, notamment via des flashbacks. La synergie au sein du groupe se dévoile au gré des interactions. Chaque individu a une place précise et un rôle à jouer. Le caractère respectif de ces membres est, bien que limité, en adéquation avec le ton adopté pour l’œuvre.
En effet, le traitement distinct, entre les instants de terreur et l’enquête pour résoudre le problème, crée une alchimie particulière.

Marianne Samuel Bodin Mireille Herbstmeyer

D’un côté, on retrouve, dans les mécaniques de la peur, la formule développée par James Wann dans Insidious.
L'introduction d’éléments horrifiques se greffe dans une réalité palpable. Elle s'effectue de façon imprévisible car non régi par un schéma préétabli. Elle joue sur un timing précis entre les signes annonciateur d’un dysfonctionnement et son apparition.
Une fois l’élément surnaturel présent, la caméra force le spectateur à vivre la situation au même titre que les protagonistes. Aucune échappatoire n’est possible, la sorcière est maîtresse en ces instants et ne s’en va qu’une fois repu.
La mécanique est plutôt élémentaire mais très efficace dans sa mise en application. L’auteur diversifie les confrontations pour éviter de tomber dans une routine. 
 
À l’exact opposé, les autres situations sont abordées avec un second degré déconcertant. En effet, la juxtaposition d’événements horrifiques à ces moments plus légers, dans leur forme, est de prime abord bancal.
Cette alchimie diffuse une ambiance étrange. On aurait pu s’attendre à une atmosphère morose, tant la trajectoire empruntée s’annonce dramatique. L’auteur en décide autrement, en créant des protagonistes au caractère atypique : la jeune écrivaine et l'inspecteur en tête de liste.
La formule fonctionnera selon la tolérance du spectateur. Il est logique que certains soient réfractaires, car les ruptures de ton ne sont pas négligeables. D’autant plus que le jeu des deux actrices principales n’est pas des plus justes. Fort heureusement, les instants tragiques bénéficient d'un traitement approprié et les personnages sont suffisamment travaillés pour tolérer ce choix artistique.
 
En construisant ainsi son œuvre, Samuel Bodin lui confère une identité qui lui est propre. Le soin apporté à la création d’un univers fantastique en terres bretonnes est une franche réussite. L’environnement est constamment mis au profit du scénario. La réalisation capte la nature sauvage de ces endroits pour renforcer le danger entourant nos protagonistes.
Une bonne découverte donc , qui semble être le début d’une série de productions de genre français sur Netflix, si l’on se base sur l’arrivée prochaine de Mortel. 

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