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A journey to Cocoland

Synopsis:

Dealer raconte 24 heures dans la vie de Dan, un trafiquant de drogue à la petite semaine, qui rêve de raccrocher pour partir en Australie avec sa fille. Quand son plus fidèle client lui demande en pleine Fashion Week un kilo de cocaïne contre une belle petite somme, il va à l'encontre de ses principes et accepte l'offre. Ce qui semblait un dernier coup facile devient vite une descente aux enfers où Dan devra lutter pour garder sa fille et son ex-femme en vie.

Dealer  Jean Luc Herbulot Dan Bronchinson couleur gris/blanc/rouge

Mon avis:

Après s'être fait la main sur quelques courts-métrages, Jean Luc Herbulot change de format pour offrir à son nouveau projet la durée nécessaire à ses ambitions. L'auteur retrouve Dan Bronchinson, avec qui il a déjà collaboré sur Munster Cake, et lui offre le premier rôle.
Diffusé dans divers festivals (BIFF, L'étrange Festival,...), l'œuvre s'est rapidement constitué une aura louant l'énergie brute qui se dégage de la pellicule.
Après de nombreux mois à alimenter ce buzz via les divers retours positifs, Dealer sortira directement en VOD.

L'occasion de vérifier si le film est de ces objets filmiques dont la rage du réalisateur transpire dans chaque plan. 

Dès les premiers instants, l'auteur nous place aux côtés de Dan, notre guide touristique dans Cocoland. Nous découvrons, au travers de ses réflexions, sa situation, sa mentalité et les raisons qui le motivent à faire son business.
On est rapidement happé par cet univers. Cette immersion est fortement facilitée par le magnétisme que dégagent Dan et sa façon de parler. En effet, notre protagoniste s'exprime dans un argo typiquement parisien rappelant l'époque cinématographique des années 60/70 (Les tontons Flingueurs, ...). Cet élément permet de crédibiliser l'environnement en lui associant un langage spécifique et de capter l'attention du spectateur via un phrasé qui fait mouche.
 Dealer  Jean Luc Herbulot Dan Bronchinson malmené
 
D'un rythme frénétique, le récit comble son manque d'originalité par un enchaînement d'événements ne laissant au public aucun répit. L'auteur relance constamment son intrigue via diverses péripéties au point que Dan s'apparente à un François Perrin plongé en plein thriller. L'œuvre fait aussi furieusement penser au premier Pusher de Nicolas Winding Refn dans son évolution narrative.
La comparaison est loin d'être handicapante, car même si on retrouve des éléments similaires dans sa narration, la réalisation est totalement différente. Dealer est électrisant de par l'énergie qu'il s'en dégage alors que l'œuvre danoise est tétanisante de par la crudité du traitement.


Au final, même si le film n'apporte pas de surprises pour le sujet abordé, le traitement visuel et celui apporté aux personnages lui permettent de s'élever. Dealer est à classer aux côtés de Dobermann et Sheitan dans la catégorie "œuvre cathartique pour l'auteur". Un film à voir, à soutenir et un réalisateur à suivre ! 


Dealer de Jean Luc Herbulot

mardi 27 août 2019

A Swedish heaven

Synopsis:


Dani et Christian sont sur le point de se séparer quand la famille de Dani est touchée par une tragédie. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la laisser seule et l’emmène avec lui et ses amis à un festival estival qui n’a lieu qu’une fois tous les 90 ans et se déroule dans un village suédois isolé. Mais ce qui commence comme des vacances insouciantes dans un pays où le soleil ne se couche pas va vite prendre une tournure beaucoup plus sinistre et inquiétante.

Midsommar Ari Aster Florence Pugh


Mon avis:


Après avoir été révélé avec son premier long-métrage, Hérédité, Ari Aster est de retour pour un projet aux antipodes du précédent. La lumière fait place aux ténèbres, mais l’horreur est toujours au rendez-vous.
Les retours dithyrambiques et la promesse d'une expérience éprouvante avaient de quoi attiser notre curiosité. 

Dès les premiers instants, l'auteur nous rappelle que, tout autant que l'aspect narratif, la mise en scène et le montage contribuent à construire une histoire et surtout une ambiance.La scène retraçant la découverte des corps de la famille de Dani en est le parfait exemple. Les situations précédentes jouent autant sur l’interprétation de la jeune femme que celle de son compagnon. L’exploration du funeste habitat sonne donc comme une sentence aussi envoûtante, dans les mouvements de caméra opérés, que morbide, de par situation décrite.
Ainsi, ce découpage impeccable, et implacable, nous permet d'appréhender rapidement les relations au sein du groupe, les motivations de l'excursion en Suède et les personnalités de chacun. De même, la construction, de ce préambule au récit, permet de générer énormément d’empathie envers les différents protagonistes.
De ce fait, on suit aisément la préparation du voyage et sa mise en œuvre avec, pour résultat, une stimulation constante mu par la volonté de découvrir jusqu’où le réalisateur va nous emmener. 

Le film peut se scinder en deux parties.
Dans un premier temps, le récit encha
îne les moments clé. Suite au trajet, nous découvrons le nouvel environnement. Les situations sont parfois ponctuées de micro-incidents permettant de développer les protagonistes. On apprend, en même temps que le groupe, le fonctionnement de la communauté, leur mode de vie, leur philosophie, …S’ensuit le moment de bascule : la falaise, le cérémonial et l’horreur.Le second temps a pour but de donner une vue d’ensemble sur les fragments d’informations récoltés ci et là, au gré des interactions entre les autochtones et les touristes. On comprend le rôle de chacun et on anticipe, trop, facilement la trajectoire des victimes potentielles. 

Midsommar Ari Aster rune sanglante


Le problème de Midsommar réside dans sa seconde moitié.
En effet, là où on s’attend à des prises de positions radicales, en provenance du groupe, motivées par un instinct de survie, on assiste, ici, à une passivité, quasi générale, de ces individus. Ari Aster justifie ses choix, principalement, en les reposant sur des enjeux d’universitaires. Certes, l’auteur peut se permettre d’opérer ainsi de par la construction de sa première moitié. Pour autant, il est difficile de croire à ses partis-pris.Les êtres deviennent beaucoup trop spectateurs des évènements qui suivent, comme résigné à leur sort, sans avoir essayé, un tant soit peu, de s’en extraire.
Pire, en éludant certaines situations, principalement la mise à mort des membres du groupe, l’œuvre loupe des instants essentiels pour conforter l'empathie ressentie envers les divers protagonistes. En les occultant, on se désintéresse de leur sort, on les relègue en tant que simples sujets de discussions pour les interactions futures.Nous perdons aussi une partie des connaissances sur la communauté. Leur vie étant cadencée par divers rituels, ceux relatifs à la Mort sont tout autant nécessaire. Ils auraient été intéressants de comprendre le sens de leur mort bien au-delà de l'explication expéditive finale. 

En somme, le dernier effort d’Ari Aster est formellement irréprochable. Par contre, son évolution narrative douteuse empêche à l’ensemble d’offrir l’expérience éprouvante tant promise. Midsommar est donc un voyage à effectuer et qui, en fonction de vos bagages sensitifs, vous ferons vivre une simple randonnée champêtre ou une excursion, par temps caniculaire, dans des paysages escarpés.


Midsommar d'Ari Aster

mercredi 21 août 2019

Family therapy

Synopsis: 


Lorsque Yoo-Seok réapparait, avec la mémoire altérée, dix-neuf après avoir été enlevé, Jin-Seok, son petit frère, essaye de découvrir ce qui lui est arrivé et de comprendre ce qu'il est devenu.

Forgotten Jin-Seok


Mon avis: 

Avec des œuvres telles que Memories of murder, Old boy, The chaser ou encore J’ai rencontré le Diable, le cinéma sud-coréen s’est forgé une réputation de maître dans le domaine du thriller. 
En osant abordé, et traité, des thématiques de manières frontales, et jusqu’au boutiste, cette terre asiatique a su se démarquer du lot et trouver un public en quête de pellicules autant cérébrales que viscérales.
Le contre-coup est que, de par cette réputation, chaque nouvelle sortie, provenant de ce territoire, s'associe à une certaine attente au vu de ses modèles précités.
C’est dans ce contexte que sort Forgotten, distribué à l’international par Netflix.

Passé une introduction, nous présentant la sphère familiale, nous suivons le train de vie de cette dernière à travers la vision du frère cadet. On s’immisce ainsi facilement dans leur quotidien.
Une fois les différentes informations assimilées, l’auteur introduit par petites touches des éléments disruptifs.

Forgotten Jin-Seok Yoo-Seok filature


Difficile de s’épancher sur la trame narrative, au risque d'en dévoiler trop sur ses retournements de situation.
Le jeu de faux-semblants fonctionne à merveille. Il permet de redéfinir les relations, initialement établi, et met à mal l'empathie ressentie pour certains personnages une fois que la vérité éclate.
En agissant ainsi, l’auteur nous malmène dans nos convictions. Il construit, dans un premier temps, un environnement qu’il va soigneusement déconstruire par la suite. Il est donc difficile d'anticiper l’enchainement des événements, car nos croyances initiales sont rapidement détruites.
Ce procédé a pour but de mettre à l’aise le spectateur pour ensuite l’entraîner au cœur du récit tout en captant constamment son attention. 
La gestion du rythme est d’ailleurs un élément majeur pour que l’auteur ne perde pas son audience. Ainsi, son évolution narrative passe par l’introduction de nouvelles informations afin de relancer l’intrigue ou prendre un nouveau virage scénaristique.
De ce fait, on navigue entre différentes thématiques, sans que cela paraisse incongru. La présence d’éléments flirtant avec le fantastique est d’ailleurs facilitée par l’adoption d’un point de vue unique.
En se focalisant sur le jeune frère, l’auteur peut se permettre une liberté de traitement dans son sujet. Elle est justifiée à chaque fois par l’interprétation, plus ou moins erronée, du narrateur. 

En somme, Forgotten est de très bonne facture. Le film déroule une intrigue complexe, composée de personnages troubles. L’œuvre répond donc parfaitement à nos attentes. Il ne lui manque qu’une réalisation moins conventionnelle pour prétendre concurrencer les modèles du genre.
 

Forgotten de Jang Hang-Jun

mercredi 14 août 2019

Druid’s potion need fresh blood !

Synopsis:

Un tueur déguisé en druide a tué un jeune à la réputation sulfureuse "Kit" après l'avoirs suivi jusqu'à son immeuble.
Un an plus tard, le tueur semble de retour le jour de la fête du solstice et s'en prend aux habitants de la résidence.

Slasher saison 3 homme cornes

Mon avis: 

American Horror Story a démontré qu'une série peut être une anthologie, autour d’une thématique plus ou moins précise, et réussir à trouver son public.
Son succès a créé de nombreux émules. Le plus réussi d’entre eux est assurément Channel Zéro ! Dans le peloton, on peut retenir le très bon American Crime  Story ( Ryan Murphy encore), le divertissant Room 104 ou encore…Slasher. 


Après une première saison insipide, énième ersatz de Scream, diffusé par Chiller TV, cette série tombe dans les filets de Netflix.
La deuxième saison réussissait à rectifier le coche en offrant un jeu de massacre tendu, se déroulant en montagne. Le concept pioche ci et là dans des œuvres existantes, telles que Souviens-toi l’été dernier, et noie cela dans un bon bain de sang frais.  

Slasher saison 3 Druide fête

Après cette virée en altitude, la troisième saison retourne en milieu urbain. Sa spécificité est de resserrer sa temporalité sur une seule journée.
Aaron Martin contourne cette contrainte chronologique en ayant recours à des flashbacks. Loin d’être artificiel, ce procédé apporte de nombreux atouts à l’ensemble. 


Dans un premier temps, il permet de comprendre les personnages. Le cœur du récit prend place un an après un évènement tragique. On voit ainsi l’évolution et les incidences que cela a eu sur leur vie.
Tous résidents d’un même immeuble, on en apprend plus sur les relations qu’ils entretiennent.
Ces retours-arrières apportent donc de la profondeur sur ces futures victimes. On s’intéresse d’autant plus à leur trajectoire et nous ressentons ainsi de l'empathie vis-à-vis du destin funeste qui les attend.
Dans un second temps, en apprenant lentement à connaître le passif de chacun, nous sommes amenés à nous interroger sur l’identité du tueur et ses motivations.
Chaque nouvelle information nous pousse à revoir notre jugement. Loin de nous perdre en multipliant les pistes, ce procédé nous stimule et nous implique dans la résolution de l’enquête.À chaque épisode, un suspect décède. De ce fait, l’auteur peut recentrer son étau sur le passé des survivants et donc du potentiel tueur. 

Outre une structure narrative bien pensée, la saison fonctionne sur deux tonalités bien distinctes.
Chaque protagoniste est le produit d’une mentalité ou situation de notre époque : le raciste aigri déversant sa haine virtuellement, la famille de réfugiés de confession musulmane, l'homme homosexuel, l'adolescente libidineuse,

Cette caractérisation stéréotypée est assumée et permet, dans un premier temps, de prendre ses repères dans cette ville. De plus, loin d’être un gimmick pour rendre l’œuvre plus risible, légère, ces traits de caractère sont des moteurs dans les confrontations opposant les résidents. Leur nature antagonique donne ainsi lieu à des débats d’idéaux et, parfois, des alliances inattendues. Au fil des épisodes, le second degré émanant des personnages s'efface au profit d’une approche plus sombre et réaliste.
Ce procédé permet d'aborder les maux de notre société moderne, notamment notre rapport avec la virtualité, et plus spécifiquement Internet. L’auteur nous montre, ainsi, qu’un acte sur la toile est tout autant préjudiciable qu’un effectué dans la vie réel. Slasher oblige, ses conséquences se terminent généralement dans des effusions d’hémoglobines. 

Slasher saison 3 immeuble homme voisins femme

D’ailleurs, là où certaines œuvres du genre sont frileuses en termes de bodycount, en plus d’avoir un scénario bancal, cette saison se montre autant généreuse qu'imaginative dans ses exécutions.
Les mises à mort sont brutales, les corps sont meurtris au plus profond de leur chair et le modus operandi change constamment. 


Entre sa narration enlacée, ses personnages, parfois exaspérant, mais bien défini, et son approche frontale du genre, cette troisième saison est assurément la plus aboutie de la série.
Évidemment, contrairement à Channel Zéro qui propose une vision peu commune de l'horreur, Slasher reste en terrain connu et ne devrait intéresser que les amateurs du genre ou un public friand de meurtres qui tâchent. Elle n’a pas la prétention d’être originale, mais s'assume plutôt comme un divertissement généreux dans ses outrances.
En attendant une éventuelle saison 4, on pourra toujours se rabattre sur la neuvième saison d'AHS intitulé 1984 et qui semble flirter avec les œuvres d’antan, Vendredi 13 en tête.


Slasher saison 3 d'Aaron Martin

mardi 6 août 2019