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Framed de Marc Martínez Jordán

lundi 3 juin 2019

PerilScope


Synopsis:
Alex organise une soirée d’adieu avec ses amis avant de partir à Berlin. Mais les festivités sont interrompues lorsque trois individus masqués pénètrent dans la maison et les contraignent à participer à des jeux mortels retransmis en direct par l’application « Framed ». L’événement devient viral et n’a qu’un seul objectif : atteindre une maximum d’audience.

Framed police masque selfie


Mon avis: 

Quatrième projet de Marc Martínez Jordán, Framed est son premier long-métrage.
Au vu de son parcours, forgé au grès de projets dans le domaine de l’horreur, il n’est pas étonnant que l’homme aborde ce thriller par le biais de l'ultra-violence. On retrouve d’ailleurs la figure du boogeyman, à travers l'un des intrus, ici réduit au rôle de rabatteur. L’auteur ne nous épargne aucun des sévices subit par le groupe d’amis. Chaque châtiment nous est présenté frontalement. Ainsi, de par sa forme, l’œuvre garde cette identité horrifique en versant dans le gore.

Pour autant, Framed se distingue particulièrement par ses choix scénaristiques et tonals. En effet, dès ses premiers instants, le second degré est très présent, autant dans la caractérisation des protagonistes que dans les situations. Les personnages sont bien définis et avec des convictions variées rendant leurs interactions riches. L’auteur peut ainsi dérouler en toile de fond son analyse de la virtualité et ses médiums.
En effet, bien que l’œuvre remplit son cahier des charges sur le plan du divertissement, elle n’en n’oublie pas pour autant de s’ancrer dans une réalité contemporaine plus que crédible et nous interroge ainsi sur notre relation avec l'Internet. Pour cela, chaque personnage incarne une opinion plus ou moins tranchée sur ce sujet, allant du rejet, pour préserver son anonymat, à l'addiction, pour générer du buzz.
On fait ainsi face à des problématiques telles que l'effacement de la réalité au profit de la viralité ou du vécu par procuration aux travers des écrans. Il en résulte une distanciation sur les évènements visualisés et une perte d’empathie au profit d’une euphorie sur les interactions virtuelles que cela suscite.

Framed homme mur affiche

L’intelligence de l’auteur est de dérouler ces réflexions via une confrontation constante entre les personnages. D’un côté, il y a le groupe d'amis, aux avis divergents et acteurs passifs de ce système. De l’autre, il y a le trio d’intrus, fruits de la viralité et acteurs de premiers plans sur les évènements diffusés sur la toile.
Outre la confrontation classique entre proies et bourreaux, il y a aussi ce rappel à la réalité. Lorsque nous sommes impliqués entièrement et physiquement dans une situation, il n’est plus possible d’y échapper. Aucun écran ou application ne permettra de nous en évader.

Dans l'ensemble, donc, l’œuvre réussit autant à divertir qu’à nous interroger sur notre rapport avec nos nouvelles technologies. Il est, cependant, regrettable que le montage ne soit pas à la hauteur des émotions que l’auteur veut nous faire ressentir. En effet, les scènes sont trop découpées, nous empêchant de s’imprégner de l'atmosphère dégagée par l’enchaînement des péripéties.
Framed reste une très bonne surprise, réussissant à transcender son statut d’home invasion hardcore pour devenir un miroir sur nos dérives technologiques. En attendant de découvrir quel sera la thématique de son prochain long, Marc Martínez Jordán sortira Your last day on earth, un court-métrage pour le moins intriguant.


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